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TRENTIÈME LEÇON

MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE (SUITE)

Médicaments (suite) : indications et emploi thérapeutique des acides. Matières salines : chlorure de sodium; sulfate de soude.

Messieurs,

A l'aide des documents que je vous ai présentés dans notre dernière leçon, nous allons pouvoir formuler les indications des acides.

Parmi les auteurs contemporains, un des plus chauds partisans de l'acide chlorhydrique est Talma (d'Utrecht). Il le donne dans la gastrite chronique, à dose assez élevée, dans le but d'arrêter les fermentations; dans le cancer, où il aurait obtenu des résultais très favorables, et dans l'ulcère. Talma admet que dans ce dernier cas il produit des effets remarquables en enrayant les fermentations anormales qui seraient la cause de l'ulcère.

Par contre, dans la dyspepsie dite nerveuse, ce médecin n'a pu faire supporter l'acide chlorhydrique et il attribue cette particularité à un état hyperesthésique delà muqueuse. Dans un travail récent, fait avec Suylmg, il a noté, chez les névropathes et chez les hystériques, une hyperesthésie spéciale pour l'acide chlorhydrique, état qui se rencontrerait alors même que la sécrétion de cet acide n'est pas exagérée. Les malades

Indications des acides.

Mode d'emploi.

Acide chlorhydrique.

ressentent alors après l'ingestion de l'acide chlorhydrique des douleurs assez vives, quand bien môme on emploie des solutions très diluées, ne renfermant que 0,45 p. 100 d'acide chlorhydrique.

J'ai observé cette hyperesthésie pour les acides chez des apeptiques ou des hypopeptiques, aussi bien pour l'acide lactique et les aliments qui en contiennent, tels que le képhir, que pour l'acide chlorhydrique. Ces sujets n'étaient d'ailleurs nullement nerveux.

On emploie assez fréquemment aujourd'hui l'acide chlorhydrique, surtout en Allemagne. Ewald, avec les idées qu'il professe sur la sécrétion chlorhydrique, veut qu'on le fasse prendre pour remplacer l'acide chlorhydrique de sécrétion lorsque ce dernier est insuffisant. Il le prescrit à hautes doses, notamment dans la gastrite chronique et le cancer.

Au contraire, Boas s'est rattaché à l'emploi des petites doses. Il emploie l'acide chlorhydrique dans l'insuffisance chimique, quelle qu'en soit la cause. Comme eupeptique, il le fait prendre aux repas ou peu après. Comme désinfectant, il le prescrit en dehors des repas ; enfin, comme stimulant, il l'administre aussi en dehors des repas, en même temps que de l'eau salée. Boas regarde l'acide chlorhydrique comme contreindiqué lorsque la sécrétion stomacale est augmentée.

Riegel n'en admet l'emploi que dans l'hypochlorhydrie.

En France, un petit nombre seulement de médecins contemporains ont préconisé les acides.

M. Bouchard a insisté particulièrement sur l'action antiputride de l'acide chlorhydrique qu'il fait prendre sous forme de limonade en dehors des repas, dans le but de réaliser l'antisepsie générale de l'estomac et du

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tube digestif. M. G. Sée ne lui accorde qu'une médiocre valeur.

D'après mes observations, l'acide chlorhydrique peut être prescrit dans l'hypopepsie avec sécrétion chlorurée faible et production insuffisante d'acide chlorhydrique actif et par suite de produits chloro-organiques. 11 est surtout utile lorsqu'il y a retard des digestions et fermentations anormales.

11 est d'une utilité faible ou nulle dans l'hypopepsie intense et dans l'apepsie et il est contre-indiqué dans les diverses formes de Thyperpepsie, surtout dans l'hyperchlorhydrie. D'ailleurs beaucoup d'autres médicaments ont une action plus marquée.

Je fais prendre cet acide. toujours à petites doses et de préférence une demi-heure après le repas. La dose suffisante me paraît être celle-ci :

Eau distillée 200 grammes.

Acide chlorhydrique 2 —

Une cuillerée à bouche dans un quart de verre d'eau sucrée tiède ou non, 2 ou trois fois par jour; on donne ainsi de 30 à 45 centigrammes d'acide chlorhydrique par jour.

On peut prescrire sans danger l'acide chlorhydrique aux cancéreux, quand il n'y a pas d'obstacle à l'évacuation stomacale.

Les autres acides ne sont plus guère employés dans la dyspepsie. Rosenbach préconise cependant l'acide lactique et l'acide citrique, à la dose de V à X gouttes dans une grande quantité d'eau.

L'acide lactique est un médicament puissant. J'ai Acide lactique, cherché à démontrer qu'il a été décrié à tort et qu'on peut en obtenir d'excellents résultats.

Je ne le regarde pas comme cloué d'une grande

efficacité dans la médication de la dyspepsie stomacale; mais il est certainement capable d'exercer des effets remarquables dans la dyspepsie intestinale avec diarrhée.

Les effets gastriques observés chez les malades sont analogues à ceux qui ont été mis en évidence par les expériences précédemment rapportées. Ils se traduisent par une augmentation de la sécrétion gastrique, sans qu'il y ait cependant excitation de la sécrétion chlorurée.

Le processus digestif devient plus intense, de sorte qu'on constate une augmentation d'H, de C et d'A. Lorsque l'acide chlorhydrique fait défaut, l'acide lactique, pas plus que l'acide chlorhydrique, ne le fait réapparaître et, cependant, la peptonisation est améliorée, l'acidité totale (A) augmentée. L'acide lactique est moins actif chez les hypopeptiques et les apeptiques que le képhir, et ce n'est certes pas à lui seul qu'on doit rapporter les puissants effets du lait fermenté. Le képhir, médicament-aliment, est certainement supérieur à l'acide lactique dans la dyspepsie stomacale, mais il lui est inférieur dans la dyspepsie intestinale, notamment dans la diarrhée, à moins que ce dernier phénomène ne soit la conséquence de l'affection gastrique.

On donnera donc la préférence à l'acide, lorsqu'il existera une maladie de l'intestin. Chez l'enfant, et je commence par lui, parce que c'est dans le traitement des diarrhées infantiles que j'ai eu tout d'abord l'occasion de me rendre compte des bons effets de l'acide lactique, je le prescris à la dose de 1 à 5 grammes suivant l'âge de l'enfant et la gravité du cas.

Chezl'adulte,j'enfaisprendrel0,15et20grammespar

jour dans une quantité suffisante de véhicule, conve-

MÉDICATION A NTI DYSPEPTIQUE. 423

nablement sucré. J'ai mémo dépassé ces doses, mais sans en retirer un avantage sérieux.

L'acide lactique donne de bons résultats dans la diarrhée verte, dans l'entérite chronique de nos climats, assez souvent aussi dans la diarrhée des tuberculeux, dans la fièvre typhoïde, dans le choléra nostras, dans le choléra infantile, et je n'hésiterais pas à le préconiser si nous étions aux prises avec une nouvelle épidémie de choléra.

Voici les solutions que l'on peut formuler : pour les nourrissons :

j2au 160 grammes.

Sirop de sucre 40 —

Acide lactique 2 à 4 —

Depuis 6 jusqu'à 20 cuillerées à café ou plus encore,

suivant la gravité des cas, en dehors des tetées.

Pour les adultes :

Eau 800 grammes.

Sirop de sucre 200 —

Acide lactique I0à20 —

par demi-verres.

J'arrive à l'examen du mode d'emploi desjicides forts. AcilJcs forts- Les médecins anglais prescrivent souvent, comme stomachique, tonique et altérant, l'acide nitro-muriatique :

Acide nitrique pur 3 volumes.

— chlorhydrique 4 —

Eau distillée 25 —

On en fait prendre Y à XX gouttes, dans un peu d'eau ou de bière.

L'acide sulfurique dilué est pour^ces médecins, avec l'eau régale, le remède de l'atonie gastro-intestinale:

Acide sulfurique pur 4 volumes.

Eau distillée 30 —

V à XX gouttes.

L'acide phosphorique dilué aurait les mêmes propriétés à un moindre degré, mais il agirait plus sûrement dans la diarrhée et diminuerait l'élimination des phosphates par l'urine.

En France, il n'y a guère que M. Coutaret, qui à l'exemple des Anglais emploie les acides forts ou plutôt une préparation faite avec ces acides, mais de composition complexe. Il regarde le catarrhe gastrique comme une maladie diathésique dans laquelle les acides seraient les seuls médicaments efficaces. Il préconise un mélange obtenu de la manière suivante.

On prend :

Acide sulfurique chimiquement pur. 28 grammes.

— nitrique chimiquement pur. . 8 — Alcool de vin à 60° Cartier 180 —

On ajoute les acides à l'alcool, dans de la glace, avec une extrême lenteur et on met le mélange dans un flacon non bouché pendant quinze jours, puis après avoir bouché le flacon on laisse vieillir la préparation pendant dix mois avant de s'en servir.

Il se forme de l'acide sulfovinique et une petite quantité d'éther nitrique. C'est ce mélange que l'auteur appelle acide sulfonitrique rabelisé vieux.

Il en fait la dilution suivante :

Acide sulfonitrique rabelisé vieux. 40 grammes. Eau distillée 500 —

qu'il prescrit à la dose d'une cuillerée à bouche dans un peu d'eau après le repas ; on peut doubler la dose au besoin.

J'ai essayé récemment ce médicament que j'ai fait préparer très exactement par le procédé de l'auteur. Il n'a pas un goût acide très marqué et est bien

MÉUICAT10N ANTI DYSPEPTIQUE.

accepté par les malades; mais jusqu'à présent je n'en ai tiré aucun bénéfice.

Voici, comme exemple, les résultats obtenus dans

l'un de ces essais :

Gastrite éthylique, neurasthénie et hypochondrie. Analyse du suc stomacal extrait au bout d'une heure :

Liquide moyennement abondant (45 ce.) filtrant assez facilement, muqueux, mal émulsionné; peptones moyennement abondantes; réaction acétique faible. Après usage de la solution de M. Coutaret pendant un mois, nouvel examen :

Liquide assez abondant (60 ce), filtrant assez facilement, assez mal émulsionné ; peptones peu abondantes, pas de réaction caractéristique des acides gras.

11 ne s'agissait pas cependant d'une atrophie glandulaire avancée, car après cinq semaines de cure képhirique, l'analyse stomacale a donné le résultat suivant :

Liquide moyennement abondant (30 ce), filtrant assez facilement, assez bien émulsionné, peptones peu abondantes, pas de réaction caractéristique des acides gras.

On peut dire, jusqu'à plus ample informé, que les prescriptions relatives aux acides minéraux forts ne s'appuient que sur le plus pur empirisme.

Le groupe des matières salines nous fournit des Matière médicaments très actifs et, parmi eux, beaucoup de salines.

corps existant dans les eaux minérales naturelles les plus réputées dans le traitement des gastropathies. Chlorure de Le chlorure de sodium (NaCl) est un des plus importants. On a d'abord attribué au sel une action favorable en s'appuyant sur les expériences faites par le procédé des digestions artificielles. Puis divers observateurs prouvèrent qu'au contraire le chlorure de sodium gêne la digestion des albuminoïdes (Pfeiffer, Herzen, etc.).

Cette étude a été reprise récemment.

Reichmann a observé chez l'homme que le lavage de l'estomac avec des solutions de chlorure de sodium diminue la sécrétion et l'acidité du suc gastrique, et cela aussi bien lorsqu'on emploie des solutions fortes de 5 à 10 p. 100, que des solutions faibles de 1 à 2 p. 100. Pour cet auteur, il y aurait transsudalion alcaline à travers les vaisseaux.

D'après Girard, les petites doses sont sans influence, mais les fortes doses déterminent un catarrhe neutralisant le suc gastrique. Les injections rectales de 5 à 7 grammes de chlorure de sodium provoqueraient une sécrétion de suc gastrique riche en acide et en pepsine. Mais le suc gastrique sécrété dans ces conditions serait épaissi et la sécrétion se ferait lentement. L'auteur pense que ces particularités sont dues à la concentration des liquides provoquée par la diarrhée consécutive aux injections salées.

Wolff, en étudiant l'action du sel chez des malades, a noté une diminution de l'acidité stomacale et de la peptonisation. Dans certains cas, il a observé une suppression de l'acide chlorhydrique. Wolff en conclut que le chlorure de sodium est indiqué dans le cas d'augmentation de la sécrétion et de l'activité gastriques.

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D'autre part, Cohn a montré que la suppression du chlorure de sodium de l'alimentation fait disparaître l'acide chlorhydrique du suc stomacal. Lorsqu'il venait alors à donner du chlorure de sodium en excès, la sécrétion chlorhydrique reparaissait.

Cependant Boas en se servant des eaux salines faibles (Kissingen, etc.) a été conduit à admettre que l'usage répété de petites doses de chlorure de sodium augmente la sécrétion des glandes gastriques.

En somme, vous le voyez, nous trouvons sur ce point, comme sur tant d'autres, des données contradictoires et insuffisantes, ce qui s'explique par l'imperfection des moyens d'étude utilisés.

Je ne puis vous fournir encore sur le chlorure de sodium qu'un petit nombre de renseignements ; mais vous allez voir que ces renseignements ne sont pas dépourvus d'intérêt.

Au point de vue physiologique, voici ce que j'ai observé chez le chien en comparant les chiffres obtenus vec le repas de viande et d'eau et le même repas additionné de 5 grammes de sel.

Au bout d'une heure :

Sans sel. Avec sel.

Au bout de deux heures :

Sans sel. Avec sel.

Ainsi donc, au bout d'une heure, nous voyons un arrêt presque complet de la digestion, qui se traduit par une grande diminution de A et de C. H est nul, tandis qu'après le repas sans sel H a une certaine va-

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leur. Mais au bout de deux heures la différence tend à s'effacer; C devient même supérieur avec le repas salé, mais reste néanmoins un peu plus faible que la somme (H+C).

On en peut conclure que chez le chien, à l'état physiologique, le chlorure de sodium, ajouté en assez forte proportion à un repas, détermine un simple retard, un trouble évolutif du processus stomacal.

L'action des petites doses souvent renouvelées a été mise en évidence par un de mes élèves, qui a bien voulu se soumettre pendant six semaines à un régime très salé, sans doser cependant les quantités de sel ingérées.

Voici le résultat de l'analyse du suc avant le régime salé :

Au bout de six semaines de régime salé, l'analyse du suc gastrique laite dans les mêmes conditions a donné les chiffres suivants :

Le régime salé a donc déterminé chez ce jeune homme, dont l'état gastrique n'était d'ailleurs pas normal, une forte excitation stomacale. T a subi une augmentation considérable; cependant F est resté faible, ce qui indique très probablement que la digestion est restée ralentie. On remarquera l'augmentation énorme de la chlorurie (T), de la chlorhydrie (H et C) et de l'acidité totale, A. Enfin, notez aussi l'élévation d'à qui a coïncidé avec l'apparition d'une réaction acétique nette.

On voit ainsi quelle part l'usage de mets trop salés peut prendre à la production de l'hyperpepsie corn-

pliquée de fermentation et de ralentissement de la digestion.

Chez divers malades légèrement hyperpeptiques, j'ai oblcnu avec des doses de 2 grammes par jour les mêmes résultats que chez mon élève. Mais dans l'hypopepsie intense et dans l'apepsie, les résultats ont été nuls.

Le sel paraît donc contre-indiqué dans toutes les formes de l'hyperpepsie. Au contraire, employé à petites doses, il peut être suivi d'effets utiles dans l'hypopepsie encore peu avancée. Nous reviendrons sur ce point lorsque nous nous occuperons des eaux minérales.

Les autres matières salines n'ont guère été étudiées par les auteurs. Quelques-unes me paraissent être cependant extrêmement importantes. Je me bornerai à attirer votre attention sur le sulfate de soude et sur le phosphate neutre de soude.

Le sulfate de soude, dont nous ferons l'histoire avec sulfate de les purgatifs salins, produit des effets gastriques très soude, prononcés, et il est probable qu'il joue un grand rôle dans l'action des eaux de Carlsbad.

Je n'ai pas encore eu le temps d'en faire l'étude hysiologique, mais je l'ai essayé sur un grand nombre de malades.

Les effets pharmacothérapiques qu'on en obtient dépendent de la dose employée. Je regarde comme de fortes doses celles de 4 à 6 grammes et comme de faibles doses celles de 2 à 4 grammes. Le sulfate est administré le matin à jeun dans un peu d'eau.

Les doses d'au moins 4 grammes chez les hyperpeptiques de divers types déterminent presque constamment une diminution de Tel presque toujours, dans cinq cassursix, une diminution d'il. C est le plus sou-

vent augmenté, par suite la somme (H + C) est peu influencée. L'acidité totale (A) est presque invariablement diminuée. Le rapport a est souvent augmenté, ce qui est dû à la persistance ou à l'augmentation ou même à l'apparition de la réaction acétique. F est irrégulièrement influencé. Le liquide retiré par la sonde au bout d'une heure est généralement moins abondant.

Les petites doses (2 gr.) ou même celles de 2 à 4 grammes ont un effet différent; elles augmentent l'hyperpepsie; bien que leur action soit nulle ou peu prononcée dans l'hypopepsie.

Le sulfate de soude ne doit donc être employé qu'à fortes doses et seulement en cas d'hyperpepsie. Chez les hypopeptiques, il peut avoir des effets désastreux. Aussi les eaux qui contiennent du sulfate de soucie sont-elles de beaucoup les plus dangereuses pour certains malades qui y sont envoyés sans raison, sans examen chimique préalable du suc gastrique.

Souvent, en interrogeant des malades atteints d'hypopepsie intense ou d'apepsie, j'ai noté l'abus des purgatifs salins et des cures aux eaux de Carlsbad.

Voici un exemple des effets favorables du sulfate de soude dans l'hyperpepsie :

Liquide peu abondant, épais; peptones moyennement abondantes, syntonine ; pas de réaction des acides organiques. Après la cure sulfatée, on trouva :

Liquide plus abondant, filtrant facilement, peptones moyennement abondantes, syntonine; pas de réaction de£ acides organiques.

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