TRENTE ET UNIÈME LEÇON
MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE (SUITE)
Médicaments (suite) : Matières salines (suite): sulfate de soude (fin); phosphate de soude ; amers divers : condurango, noix vomique et strychnine; oxygène.
Messieurs,
Vous vous souvenez que, dans la dernière leçon, nous avons commencé l'étude des matières salines. Je vous ai exposé les effets du chlorure de sodium, puis j'ai commencé à vous décrire ceux du sulfate de soude. Je vous ai montré que ces derniers variaient suivant la dose administrée et qu'ils étaient favorables dans l'hyperpepsie.
Il me reste encore, pour terminer ce que j'ai à vous Emploi du dire sur ce médicament, à vous parler de son em- sulfate de
i • m r . . soude.
ploi thérapeutique. Je prescris le sulfate de soude aux hyperpeptiques le matin à jeun, à la dose de 4 à 6 grammes dissous clans un quart de verre d'eau tiède. Cette petite quantité amène les premiers jours une ou deux exonérations, puis généralement la tendance à la constipation apparaît. Il est rare que les selles soient plus nombreuses ou que la diarrhée persiste plus longtemps. La cure doit durer trois à quatre semaines; il ne faut pas la prolonger davantage, car elle pourrait à la longue amener une altération de la muqueuse stomacale. Je vous ai déjà dit, en effet, que les malades qui
abusent des eaux purgatives ou des cures d'eaux sulfatées comme celles de Carlsbad et de Marienbad, devenaient hypopeptiques et même apepliques.
Dans certains cas, pour rendre la médication plus active, je fais prendre le sulfate de soude dans de l'eau de Vichy tiédie au bain-marie. Les résultats thérapeutiques restent les mêmes dans leur ensemble, mais l'action sur C est plus marquée et chez les malades atteints d'hyperpepsie chloro-organique on voit cette valeur diminuer cinq fois sur sept.
Enfin, vous retiendrez que le sulfate de soude, seul ou associé à l'eau de Vichy, exerce souvent un effet très notable sur la nutrition générale, qu'il a pour propriété de diminuer les déperditions d'azote et qu'il est particulièrement indiqué chez les azoturiques.
Exemple: M. R... hyperpepsie chloro-organique avec azoturie.
Avant le traitement :
Liquide assez abondant, épais; — filtre lentement; résidus abondants; — peptones en quantité moyenne ; — traces de syntonine ; — pas de réaction des acides anormaux.
Après le traitement:
Liquide assez abondant, filtre assez facilement; — peptones assez abondantes; — pas de syntonine; — pas de réaction caractéristique des acides anormaux.
Disparition de l'azoturie.
J'attirerai actuellement votre attention sur un médicament qui me paraît assez important, je veux parler
du phosphate de soude ou phosphate bisodique. 11 n'est guère indiqué dans les traités de pharmacologie que comme purgatif. Cependant Rutherford l'a rangé parmi les excitants de la sécrétion biliaire et Bôcker lui attribue un effet marqué sur la nutrition, effet qui aurait pour conséquence de diminuer toutes les déperditions, et entre autres, l'excrétion du chlorure de sodium.
D'après mes observations, il doit être considéré comme un médicament gastrique d'une notable valeur.
Son action varie suivant les doses. Les petites doses sontde 1 à 2 grammes, les fortes doses, de 4 à 6 grammes. On l'administre au moment des repas.
Les petites doses déterminent chez tous les gastropathes, qu'ils soient hypo ou hyperpeptiques, une excitation notable du processus stomacal, marquée par une augmentation de la chlorurie, T, et de la chlorhydrie (H + C).
Elles ne conviennent donc qu'aux hypopeptiques. Chez ces malades elles amènent toujours un accroissement de C et de (H + C), quelquefois d'H. Dans certains cas H peut apparaître quand il est nul, mais les effets restent faibles dans l'hypopepsie très intense et négatifs dans l'apepsie.
Les fortes doses produisent, contrairement aux petites, des effets sédatifs, qui se traduisent par la diminution de la chlorurie, T, delà chlorhydrie (H + C), dans tous les cas d'H, quelquefois d'H et de C et conséquemment d'A. Elles sont donc indiquées dans l'hyperpepsie chlorhydrique.
Quelle que soit la dose administrée, le phosphate bisodique ne semble pas avoir d'action bien sensible sur l'abondance de la sécrétion. Une fois seulement il
'<■ Hayem. — IV. oo
a considérablement diminué celle-ci chez un hypopeptique très sécrétant.
Ces éludes sur les matières salines, quoique encore incomplètes, montrent que ces agents sont au nombre des plus intéressants. Avant de m'occuper d'autres médicaments, je crois devoir rappeler que M. Leven a le premier attiré l'attention sur la valeur de ces matières dans la thérapeutique des maladies de l'estomac. Dès l'année 1879 il a insisté sur l'hypersécrétion stomacale, et, la croyant de nature purement aqueuse, la considérant comme une simple hydropisie, il a recherché les moyens propres à enrayer l'exosmose. Il a été ainsi conduit à réduire presque entièrement la médication antidyspeptique à l'emploi du régime et de quelques agents salins.
Il prescrit indistinctement le chlorure de sodium, le sulfate de soude, l'iodure de potassium, le bromure de potassium, le phosphate de chaux, le phosphate de soude, à la dose faible de 20 à 30 centigrammes avant le repas. Il y aurait lieu d'étudier les effets de pareilles doses. Disons, toutefois, qu'il est peu probable que le choix de la substance soit indifférent. Amers. Messieurs, on donne le nom d'amers à des principes végétaux qui exercent une action sur le goût en procurant une sensation d'amertume et que l'on considère généralement comme des stomachiques. Certains de ces amers contiennent des acides ou des glycosides peu toxiques, mais d'autres, et je vous citerai notamment la noix vomique, renferment des alcaloïdes très puissants.
Dans cette classe, à côté de la noix vomique, pourraient prendre rang des corps très divers, tels que la quinine, l'alocs, la rhubarbe, etc.
Occupons-nous d'abord des amers non toxiques. Les
Gentiane.
Mënyanlhc.
Centaurée.
MÉDICATION ANTIDYSI'Kl'TIQUE.
principaux sonl la gentiane,' le ményante, la grande absinthe, la petite centaurée, le quassia-amara, le pissenlit, le chardon bénit, l'écorce de cascarille, le houblon, la racine de Colombo, le condurango, etc.
Ce sont presque tous de très anciens médicaments ; leur étude chimique est cependant restée incomplète.
La racine de gentiane [gentiana luteaj&pour principe actifla gentio-picrine C20H30O12 ; elle contient encore de l'acide gentianique, du sucre et une huile éthérée.
Le ményanthe [menyanthes trifoliata) renferme un glycoside amorphe C30HV6Ou (?) qui se dédouble sous l'action des acides en ményanthol et glycose.
La petite centaurée {erythrœa centaur'nim) contient un principe actif qui n'a pas été isolé.
Le chardon bénit (enicus benedictus), qui donne la eni- chardon bénit, cine CuHt805 (?), est un peu caustique et riche en sels minéraux alcalins.
Le quassia-amara, dont le bois et l'extrait sont d'un grand usage, fournit un principe actif cristallisable, la quassineC12Hia02, soluble dans l'alcool, insoluble dans l'eau.
La racine de Colombo, de la famille des ménispermées, contient deux principes cristallisables , la colombine C21HS!07 (?) et un alcaloïde, la berbérine CâoHnAzO'\ La colombine est un amer simple. La berbérine forme des sels d'une belle couleur jaune d'or, très soluble dans l'eau; ses effets sont comparables à ceux de la rhubarbe (Falck, Wibmer). A la dose de 1 à 2 grammes elle tue le lapin en produisant une irritation gastreintestinale avec paralysie.
Le lichen d'Islande (cetraria Islandica), en décoction avec vingt fois son poids d'eau, forme une gelée amère d'où l'on peut retirer la cétrarine Cl8H,0OR, principe
Quassiaamara.
Colombu.
cristallin, acide (acide cétrarique), soluble dans l'eau alcalinisée, très instable, un autre acide et deux matières amylacées dont l'une seulement se colore en bleu par l'iode ; la non colorable est la lichénine.
Les cônes de houblon [humulus lupulus) donnent une poudre jaune, le lupulin, très aromatique, très amère, très altérable à la lumière. L'odeur du houblon est due à une huile éthérée; sa saveur est liée à la présence d'un acide amer ayant pour formule C32H:,0O7.
L'écorce du condurango (gonolobus Condurango), plante de l'Equateur, de la famille des asclépiadées a été étudiée pour la première fois, en 1885, par Vulpius qui y constata la présence d'un glycoside ayant à peu près les propriétés de la vincétoxine (du vincetoxicum). Robert donne à ce glycoside le nom de tondur angine.
La préparation de Merck (de Darmstadt) est une poudre légèrement jaunâtre, amorphe, d'une saveur amère et un peu aromatique, soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, le chloroforme.
L'étude physiologique des amers peut être exposée rapidement. Tous sont doués de propriétés identiques. Ils possèdent une action antifermentescible d'intensité variable, suspendent plus ou moins complètement l'action de la levûre, mais aux doses où ils sont administrés ordinairement aux malades, cette propriété ne peut guère entrer en ligne de compte.
On admetempiriquement qu'ils déterminent une excitation des fonctions stomacales. La sensation d'amertume, en agissant sur les nerfs du goût, amène une augmentation de la sécrétion salivaire propre à modérer la soif, même pendant les chaleurs de l'été. La même sensation entraînerait également, par voie réflexe,
une excitation particulière de l'estomac qui se traduirait par une augmentation de l'appétit.
A jeun, les doses assez fortes occasionnent, dans l'estomac, une sensation douloureuse accompagnée de régurgitation acide, et, chez certains malades, de nausées et même de vomissements. De plus, elles excitent les mouvements de l'estomac et des intestins, et exercent parfois une action favorable sur les diarrhées consécutives aux mauvaises digestions.
On a tenté, dans ces dernières années, d'étudier Conduran d'une façon plus scientifique l'action des amers sur la digestion stomacale. Jaworski, Reichmann, Tscheltzow, Tawizki, Marcone ont étudié diverses espèces d'amers. Giannini et Buffalini, Kàmpfe, Tscheltzow, etc., ont fait porter leurs recherches sur le condurango et sur la condurangine, mais les résultats obtenus par ces différents auteurs sont contradictoires. Aussi, me contenterai-je de vous résumer l'étude qui offre le plus de garanties et qui a été faite dans mon laboratoire par un médecin russe, M. C. Wagner, à l'aide du procédé de M. Winter.
M. Wagner s'est servi de l'extrait, aqueux de condurango. Il Ta administré à des malades de mon service ou d'autres services hospitaliers, et a examiné, d'une part, son influence immédiate sur la digestion et, de l'autre, les effets obtenus après une cure plus ou moins prolongée. Voici les résultats auxquels il est arrivé : Administré avec les aliments, l'extrait aqueux du condurango produit une amélioration légère de la digestion, qui s'accuse par une augmentation de la chlorurie, T, d'H et de (H+C).
Mais employé à titre curatif, pendant une période de plusieurs semaines, il reste sans effet dans l'hypo-
pepsie et dans l'apepsie; autrement dit, il n'amène pas de modification durable ni d'amélioration dans l'état des malades.
Il semble donc que les amers soient contre-indiqués chez les hyperpeptiques; qu'on peut les essayer dans l'hypopepsie, mais que, jusqu'à présent, ils doivent être considérés comme de valeur douteuse. Je crois, pour ma part, que l'usage abusif peut en être nuisible, même chez les hypopeptiques.
Strychnine. Pour compléter cette étude, laissez-moi vous dire encore quelques mots sur l'emploi de la strychnine. Nous avons déjà pris connaissance de ce médicament à propos de la médication hypercinétique ; je ne parlerai ici que de son intervention dans la médication de la dyspepsie.
La strychnine est le plus puissant des amers, puisque, d'après Buchheim et Engel, on peut encore en apprécier l'amertume dans une solution faite à 1/48000. Elle serait indiquée dans la dyspepsie atonique et agirait en augmentant les mouvements de l'estomac et de l'intestin.
D'après Kôhler, Buchheim, Binz, etc., elle occasionne une sensation de chaleur dans l'estomac, augmente l'appétit et améliore les digestions. Wolff l'a étudiée sur 8 personnes : 4 fois il a constaté une augmentation de l'acidité générale et 2 fois l'apparition de l'HCl libre qui faisait défaut.
Gamper 6 fois sur 7, chez 5 individus bien portants et 2 malades, a vu augmenter la quantité du suc gastrique et l'acidité totale. Dans le cas négatif il s'agissait d'un malade atteint de catarrhe muqueux. L'HCl libre, qu'il dosait par le procédé de Sjôquist modifié par v. Jaksch, devenait plus abondant, mais
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restait nul lorsque au préalable il faisait défaut. Enfin le pouvoir digestif du suc gastrique était accru.
M. C. Wagner a repris également cette étude à l'aide du procédé de M. Winter. Il a administré de la teinture de noix vomique à quatre malades dont deux n'avaient encore fait usage d'aucun amer et dont les deux autres avaient pris, mais sans résultat, du condurango. Il a examiné le suc gastrique de ces malades avant et après une cure de plusieurs semaines, et a pu se convaincre de l'action favorable de la médication sur la quantité et la qualité du suc gastrique clans l'hypopepsie ; de son impuissance dans l'apepsie. Dans un cas d'hyperpepsie, l'évacuation stomacale a été bâtée à tel point qu'au bout d'une heure l'estomac était vide.
J 'ai poursuivi de mon côté l'étude de la noix vomique et celle de la strychnine sur 4 hyperpeptiques et sur 5 hypopeptiques que j'ai pu suivre pendant longtemps.
Dans les diverses formes d'hyperpepsie ces agents déterminent une excitation stomacale, qui se traduit par une augmentation de T (3 fois sur 4); d'H (3 fois sur 4), de C (1 fois sur 4), de (H + C) (4 fois sur 4), d'A (4 fois sur. 4), tandis que la valeur a reste la même ou diminue. L'abondance du liquide varie. Chez le malade de Wagner, dont l'estomac à la suite du traitement se trouvait vide au bout d'une heure, le type ancien n'a pas tardé à se reproduire et à partir de cette rechute l'estomac est devenu atonique. L'excitation motrice suscitée par la strychnine s'est donc plus tard transformée en un effet inverse, c'est-à-dire en un affaiblissement de la motilité stomacale.
Chez les hypopetiques, l'action excitante s'est également manifestée, utilement celle fois. T a augmenté 5 fois sur .*> ; II a augmenté 4 fois et est resté le
même 1 fois; trois fois il s'est élevé de 0 à une quantité faible, mais sensible. — C a augmenté 3 fois, a diminué 1 fois et n'a pas changé 1 fois. — (H + C) a augmenté 3 fois, a diminué 1 fois et est resté une fois égal à lui-même. — A s'est accru 4 fois sur 5, et a diminué 3 fois sur 5. L'abondance du liquide a été variable.
D'une manière générale, la strychnine a paru, chez les divers malades, agir comme antifermentescible ; cependant chez deux hyperpeptiques, la réaction acétique est devenue plus accusée après la cure.
Le sulfate de strychnine, à la dose de 2 à 5 milligrammes par jour, a produit les mêmes effets que la noix vomique ; il a peut-être été un peu plus actif.
Ex. M. B. Dyspepsie ancienne avec dilatation :
Liquide peu abondant (20 ce), spumeux, sans résidus; peptones assez abondantes; pas de réaction des acides anormaux.
Après un mois de traitement par le sulfate de strychnine à la dose de 2 à 5 milligrammes par jour :
Liquide peu abondant (25 ce), mal émulsionné, légèrement verdâtre, filtrant difficilement; peptones assez abondantes; réaction acétique. Persistance de la dilatation.
La strychnine a produit une certaine excitation sans améliorer l'état de la malade. Il en est souvent ainsi. Cependant certains individus se trouvent soulagés par cette excitation; mais seulement d'une manière passagère. Aussi suis-je d'avis qu'il faut être très réservé
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dans l'emploi de la strychnine aussi bien que des amers. Ces médicaments excitants, peut-être même irritants, sont peu faits pour améliorer l'état organopathique dont dépendent les troubles de la digestion.
C'est Linné qui le premier a utilisé la noix vomique.
Depuis on a préconisé un grand nombre de préparations parmi lesquelles je vous signalerai :
L'extrait aqueux, qui se donne avant les repas, à la dose de 20 à 50 centigrammes (Legrand);
Les gouttes de Baumé (Codex) :
Fève de Saint-Ignace râpée o00
Carbonate de potasse 5
Suie 1
Alcool à 60° ^000
Faire macérer en vase clos pendant dix jours en agitant de temps en temps, passez avec expression, filtrez.
Dose : I à X gouttes dans une tasse de tisane amère;
La poudre de Trastour qui se prend en paquets contenant chacun 5 centigrammes de noix vomique. En cas de constipation, de coprostase, on l'associe à l'aloès et à la rhubarbe ;
La teinture, qui s'administre à la dose de XXV jusqu'à XLV à L gouttes;
Le sulfate de strychnine dont on peut faire prendre de 5 milligrammes à 1 centigramme;
Le nitrate de strychnine que Wolfî donne jusqu'à la dose de 15 milligrammes, dose trop forte. Mieux vaut ne pas dépasser 1 centigramme.
Pour compléter cet exposé je désire vous entretenir encore d'un certain nombre de médicaments qui ne se rattachent qu'indirectement à la médication antidyspeptique, mais qui jouent cependant un certain rôle dans cette médication.
il~ LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.
L'oxygène, d'une grande importance physiologique, est d'un emploi restreint en thérapeutique. Son étude générale appartient à la physiologie.
11 suffit de rappeler ici quelques faits importants.
Priestley, en 1775, découvre l'action de l'oxygène sur le sang. Il reconnaît que l'air commun privé « d'air pur, déphlogistiqué, ou air vital » par le sang perd La propriété d'entretenir la combustion et la respiration.
Les recherches modernes démontrent que c'est l'hémoglobine qui fixe l'oxygène.
A Lavoisier revient l'honneur d'avoir établi que ce gaz est l'agent des combustions productrices de la chaleur animale. Depuis, un grand nombre de recherches ont été faites sur les combustions respiratoires, particulièrement par Regnault et Reiset, Pfliiger, etc.
Ce qu'il nous importe de savoir, c'est la manière dont s'opère la régulation de l'absorption, puisque, en thérapeutique, on emploie l'oxygène en inhalations dans l'idée d'en introduire une plus forte proportion dans le sang. L'absorption est commandée par la combustion, c'est-à-dire parla dépense en oxygène; elle augmente par exemple après le travail musculaire, elle diminue pendant la digestion. Elle est indépendante de la quantité du sang; aussi Finkler a-t-il pu montrer que les saignées ne la font pas varier. De même, elle n'est pas davantage en rapport avec la rapidité de la circulation.
Ce sont les cellules elles-mêmes qui règlent l'intensité de la dépense en oxygène. La dépense faite par les tissus ne dépend ni de la richesse du sang en oxygène, ni de la tension artérielle, ni de la rapidité de la
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circulation; elle esl également indépendante de l'activité du cœur et du mode de la respiration.
On pourrait croire, d'après ces faits de physiologie générale, à l'inutilité de l'oxygène comme agent thérapeutique. Cependant les inhalations d'oxygène ont certainement une valeur.
En 1865 Kollmann a constaté, dans des expériences faites sur lui-même à l'aide d'inhalations, la diminution de l'excrétion de l'acide urique.
Eckardt, dans des essais pratiqués sur un albuminurique, a noté la diminution de l'acide urique et la disparition de l'albuminurie en quatre jours. Depuis les inhalations d'oxygène ont été prescrites dans l'albuminurie.
Plus tard, E. Ritter a admis que ces inhalations ont une influence sur les oxydations intra-organiques; les produits incomplètement . oxydés seraient remplacés par des produits plus oxydés, l'acidité des urines augmenterait.
Demarquay en a constaté l'innocuité et signalé les effets excitants.
Gubler a noté après les inhalations une sorte d'ivresse fugace, un ralentissement des mouvements respiratoires et du pouls. Un sujet qui ne pouvait rester plus de 45 secondes sans reprendre haleine, put à la suite d'inhalations d'oxygène, arrêter sa respiration pendant 110 secondes.
L'influence de l'oxygène sur la physiologie de la digestion ne nous est connue que par la proposition suivante, avancée par M. Ch. Richet :
L'oxygène joue un rôle actif dans le processus digestif; la sécrétion du suc acide est un phénomène d'oxydation qui se produit sous l'influence de l'oxygène
cédé par le sang; l'intervention de l'oxygène a njême une part dans les phénomènes de la peptonisation.
Ces vues n'ont pas été vérifiées, mais elles n'ont pas, non plus, été infirmées.
Après avoir constaté les effets des inhalations d'oxygène dans la dyspepsie chlorotique, j'ai fait faire, en 1880, par un de mes élèves, M. Aune, des expériences qu'il a entreprises sur lui-même.
Il a pu absorber 100 litres de gaz et plus par jour sans en ressentir aucun inconvénient. Les seules modifications qu'il ait constatées sont un accroissement de l'appétit; une sensation légère d'ivresse et des fourmillements des extrémités se produisant d'une façon irrégulière après une inhalation de 50 litres en une seule fois; une tendance peu marquée à l'élévation de la température et à l'accélération du pouls; une augmentation du nombre des globules rouges ; un faible accroissement de la richesse globulaire. Le nombre des globules blancs n'a pas varié et les urines n'ont subi aucune modification. M. Aune s'était astreint à un régime toujours le même pendant la durée des expériences.
Au point de vue pharmacothérapique, le phénomène le plus important, qu'ait relevé M. Aune, est l'excitation de l'appétit. C'est là un fait qui a été vérifié par Albrecht.
En administrant l'oxygène dans la dyspepsie chlorotique, j'ai encore constaté, sans en pouvoir du reste donner l'explication, que les inhalations de ce gaz ont une action suspensive manifeste sur le phénomène vomissement, action que j'ai depuis retrouvée dans maintes circonstances, mais non d'une manière constante.
Aussi me semblc-t-il que les indications les plus
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nettes des inhalations se rattachent à la diminution de l'appétit et à l'existence de vomissements. Je fais respirer 30 à 00 litres de gaz par jour, en deux ou trois fois, un quart d'heure avant les repas.
Récemment, on a introduit dans le commerce une eau gazeuse chargée d'oxygène à laquelle on a attribué des qualités eupeptiques. Elle n'a élé l'objet d'aucune étude.
Un autre médicament dont je me suis déjà antérieurement occupé à propos de l'anémie, le fer, mérite de vous être signalé de nouveau.
Ses effets gastriques sont très importants à connaître, étant donnée la coexistence si fréquente de la dyspepsie et de l'anémie. D'ailleurs, pour beaucoup d'auteurs le fer doit être considéré comme eupeptique, et c'est par ses qualités antidyspeptiques qu'il agirait favorablement sur la chlorose. C'est là une opinion absolument contraire à la vérité. Il faut considérer le fer comme un médicament de digestion difficile, mal toléré par un bon nombre de chlorot.iques dyspeptiques, et capable, quand il est mal administré, d'aggraver la dyspepsie ou de la faire naître. Je répéterai même que c'est la dyspepsie existante qui, dans les chloroses en apparence rebelles, fait échouer le traitement par le fer. Il y a donc un intérêt très grand à connaître l'action du fer sur la digestion à l'état physiologique et à l'état pathologique.