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DIX-SEPTIÈME LEÇON

MÉDICATION RECONSTITUANTE (suITE)

Agents médicamenteux (suite) : bicarbonate de soude (fin);

bases terreuses.

Messieurs,

Le bicarbonate de soude, dont nous avons commencé l'étude dans la précédente leçon, agit sur le tube digestif et sur les glandes qui y sont annexées, en particulier sur le foie.

A dose faible et moyenne il excite la sécrétion du suc gastrique et augmente l'appétit. On admet aussi qu'il diminue la sécrétion de la bile tout en rendant ce liquide plus fluide; qu'il favorise la peptonisation et excite la sécrétion du suc pancréatique. Nous insisterons plus tard, à propos de la médication antidyspeptique, sur ces divers faits. Actuellement nous devons nous occuper plus spécialement de l'action du bicarbonate de soude sur la nutrition générale. Sur ce point important de l'histoire physiologique de ce médicament on a émis des opinions contradictoires.

Pour quelques auteurs la nutrition serait accélérée, d'après d'autres elle serait, au contraire, ralentie.

Martin-Damourette et Hyades ont trouvé, dans leurs expériences, une augmentation de l'urée, une diminution très sensible de l'acide urique et une élévation du

chiffre des globules rouges. En se servant du bicarbonate de soude et du bicarbonate de potasse à la dose de 5 à 6 grammes, Baghoss Constant et Rabuteau ont observé, au contraire, une diminution de l'urée et ce résultat a depuis été confirmé par Ritter. Cependant J. Mayer a constaté sur des chiens une augmentation dans l'excrétion de l'azote, et une diminution du poids du corps. D'après lui l'action sur le sang serait nulle; elle se réduirait à une augmentation de la rutilence.

D'autre part, tandis que Baghoss Constant et Rabuteau ont trouvé une diminution de la température, Kronecker a noté chez le chien une élévation thermique.

Ces études sont donc insuffisantes. Les observations faites sur des malades ne peuvent pas y suppléer, car les résultats qu'on obtient dans ces conditions ne sont pas comparables entre eux : ils dépendent d'un trop grand nombre de facteurs variables.

D'ailleurs la plupart des recherches cliniques ont été exécutées à l'aide des eaux minérales prises sur place et il ne faut pas oublier que les eaux représentent des individualités spéciales; que souvent même dans les stations comme Vicliy on dispose de sources pouvant avoir des propriétés sensiblement différentes les unes des autres.

Dans ces dernières années, mon collègue, M. Bouchard, a rangé parmi les maladies par ralentissement de la nutrition la goutte et le diabète sucré.

Les médecins de stations, et entre autres ceux de Vichy, qui traitent avec succès un grand nombre degoutteux et de diabétiques, en ont conclu que leurs eaux relèvent la nutrition. Cependant pour M. Le-

corché l'action des eaux acalines serait toute différente.

D'après lui l'augmentation de l'urée observée pendant la cure serait la conséquence de la diurèse et de l'augmentation d'appétit. Au fond les alcalins auraient pour effet certain de diminuer le mouvement nutritif et ils ne seraient bien supportés que par les malades encore vigoureux, présentant une suractivité nutritive, au moins partielle (désassimilation exagérée des albuminoïdes, hyperglycémie). La médication alcaline appliquée aux malades affaiblis, chez lesquels la nutrition est déprimée serait, au contraire, dangereuse.

Vous savez d'ailleurs que l'administration de l'eau de Vichy à une dose exagérée est loin d'être inoffensive. Sous le nom de cachexie alcaline Trousseau en a décrit les effets sous des traits un peu sombres. Toujours est-il que les eaux alcalines, données d'une manière trop généreuse et aux malades déjà débilités par leur affection, fatiguent et augmentent l'anémie symptomatique.

Le bicarbonate de soude seul peut être cependant administré à très haute dose sans qu'il en résulte une diminution de la nutrition. Au contraire, Vulpian et M. Gharcot, qui en ont donné jusqu'à 30 grammes par jour dans le rhumatisme chronique, ont observé une augmentation du poids des malades. J'ai été témoin de faits analogues et je mets sous vos yeux le tableau de deux de mes observations dans lesquelles l'analyse des urines a été pratiquée régulièrement.

1° Rhumatisme chronique. — 10 grammes, puis 20 grammes de bicarbonate de soude chaque jour. La médication est continuée pendant trois mois et demi presque sans interruption. Le malade mange à son appétit.

Les modifications des urines sont les suivantes : légère diurèse, urée, tantôt augmentée, tantôt diminuée; mais en moyenne pour les trois mois et demi, augmentation sensible. Le poids du corps s'est élevé de 57 à 64 kilogrammes; il a donc subi une augmentation de 7 kilogrammes.

T Goutte articulaire subaiguë. — 10 à 30 grammes de bicarbonate de soude (à dose progressive). Médication continuée pendant un mois. Diurèse sensible, diminution légère de l'urée (moyenne des chiffres), augmentation des chlorures. Le poids du corps n'a augmenté que d'un kilogramme; mais vers la fin du traitement l'appétit avait un peu diminué.

Dans les deux cas la numération des éléments du sang n'a donné que des résultats négatifs.

En somme, le bicarbonate de soude exerce une influence évidente sur la nutrition; mais ses effets physiologiques ne sont pas encore déterminés d'une manière suffisamment précise. Il serait peut-être inexact de le considérer comme un reconstituant direct; mais ce n'est pas, non plus, un dépresseur du mouvement nutritif puisqu'il peut être supporté même à haute dose et pendant longtemps sans abaisser l'excrétion azotée.

'Les eaux minérales alcalines ne doivent pas être confondues avec l'emploi du sel en nature. Elles produisent des effets thérapeutiques beaucoup plus accusés et plus complexes. Dans certains cas elles peuvent agir comme reconstituantes; mais ce genre d'action paraît se rattacher plutôt à leurs effets sur l'appareil digestif qu'à une modification directe des échanges qu'elles tendent probablement à modérer.

On a exagéré le danger de leur emploi, mais ce

danger est réel chez les malades affaiblis par une longue maladie à forme atonique.

Bases terreuses.

Rôle des phosphates

dans l'organisme.

Nous allons maintenant nous occuper des matières salines, désignées habituellement sous le nom de bases terreuses. Ce sont des sels de chaux et de magnésie. Comme une bonne partie de ces sels existent à l'état de phosphate, nous aurons à compléter cette étude par celle du phosphore. Tous ces corps ne seront d'ailleurs envisagés par nous qu'à titre de reconstituants.

Dans l'organisme, outre les phosphates terreux, on trouve encore des carbonates, des fluorures et de très minimes quantités de sulfates, d'urates et d'oxalates.

Toute matière vivante renferme de l'eau, dans la proportion d'environ trois quarts, une matière protéique et des principes minéraux phosphorés. Les phosphates présentent donc, au point de vue physiologique, un grand intérêt. Gn les retrouve dans tous les tissus et dans tous les liquides de l'économie et partout où existent des corps albuminoïdes.

Le phosphate de chaux existe dans toutes les parties du squelette.

Les os renferment 57 p. 100 de phosphate et 8 p. 100 de carbonate de chaux.

Les dents contiennent de 60 à 80 p. 1 00 de phosphate.

D'après Heintz, il s'agirait de phosphate tricalcique (PhO'f Ca-', d'après von Recklinghausen et Wildt, de phosphate neutre.

Liebig admet que parmi les sels apportés au sang les phosphates terreux sont les seuls qui soient fixés, par les muscles.

La distribution des différents phosphates daiis l'économie serait représentée, selon M. Jolly, par le tableau suivant :

Le phosphate de potasse prédominerait dans le système nerveux.

— de soude -- dans le sérum du sang.

— de fer — dans les globules rouges.

— de magnésie — dans les muscles.

— de chaux — dans les os.

Le carbonate de chaux est déposé dans les os, dans les dents, dans les cheveux et dans les otolithes de l'oreille interne.

La magnésie (phosphate) accompagne à peu près partout le phosphate de chaux. Son rôle paraît être purement structural.

L'importance des phosphates dans la nutrition des éléments anatomiques est bien mise en évidence par ce fait que ces sels abondent dans les tissus jeunes ou en voie de développement.

On en trouve, en effet, en grande quantité dans les œufs, dans les graines, dans les bourgeons. Leur proportion donne en quelque sorte la mesure de l'activité nutritive des cellules. Les expériences bien connues de Richemond, de M. Georges Ville sur les graminées, celles de M. Pasteur sur la levûre de bière, ont montré d'ailleurs l'influence considérable qu'exerce le phosphate de chaux sur le développement des végétaux. Chez les animaux le besoin de phosphates et de ch aux se fait sentir particulièrement pendant l'enfance, au moment du développement du corps et surtout du squelette.

Les bases terreuses et les phosphates sont fournis en quantité suffisante par l'alimentation normale, que le régime soit végétal ou animal.

G. IIayem.— Thér. II.

Le phosphate de chaux se trouve dans la proportion moyenne de 1 p. 100. Le phosphate de magnésie est en moindre proportion, mais il est moins nécessaire. Moleschott a dressé un tableau montrant la richesse des aliments en phosphates. Ce tableau peut être utile à consulter dans quelques cas.

On y voit que la chaux abonde particulièrement dans le fromage et dans les figues. L'eau potable ellemême en fournit sous forme de carbonate (CaCO^).

Dans certaines conditions la quantité de bases terreuses et de phosphates fournie à l'organisme peut être insuffisante. Ainsi, pour les enfants élevés au sein ou au biberon l'insuffisance de l'apport en phosphates peut tenir soit aux mauvaises qualités du lait, soit à l'existence de divers troubles digestifs.

Les adolescents et les adultes peuvent être soumis à une alimentation défectueuse et faire usage d'eau de mauvaise qualité.

On s'est vivement préoccupé des effets qui peuvent résulter aux divers âges et spécialement dans l'enfance de la pénurie des bases terreuses et on a institué d'assez nombreuses expériences dans le but de résoudre cet intéressant problème.

Ces expériences ont consisté à soumettre différents animaux en voie de développement à une alimentation plus ou moins complètement dépourvue de chaux.

Dans ces conditions Chaussât a vu survenir chez des pigeons de la diarrhée et une fragilité anomale des os. M. Dusard a constaté qu'un pigeon n'absorbant que Oe',039 de chaux en élimine cependant Oe',098. Les expériences de Roloff exécutées sur des vaches ont montré qu'une alimentation consistant en foin pauvre en chaux et en acide phosphorique fait naître le rachi-

tisme et que cet état disparaît lorsqu'au contraire le foin alimentaire est riche en ces principes.

M. Bouley fils a fait des observations analogues. Les résultats obtenus par M. A. Milne-Edwards sur des pigeons nourris avec des aliments pauvres en calcaires sont à peu près confirmatifs des précédents. Au bout de cinq mois il est survenu de la diarrhée et à ce moment les os ont été trouvés d'un tiers moins volumineux que ceux des témoins, mais ces os ne présentaient pas de modifications structurales.

C'est à Weiske qu'on doit les expériences les plus nombreuses et les plus importantes. Elles ont porté sur des animaux jeunes et sur des adultes.

D'après Weiske la privation de chaux ferait périr les animaux tout comme la diète absolue. Les os présenteraient un simple arrêt de développement avec diminution de volume, ce qui les rendrait fragiles ; mais ils ne subiraient aucun changement de structure.

L'acide phosphorique éliminé en plus grande quantité qu'il n'est absorbé serait fourni par les parties molles. Les résultats des expériences seraient les mêmes chez les animaux jeunes : il y aurait arrêt dans le développement du squelette, sans altération dans la constitution anatomique des os.

On pouvait donc conclure de toute cette série d'expériences que le rachitisme est une maladie sin generis, sans rapport évident avec la pauvreté de l'alimentation calcaire ou phosphatée lorsque la question a été reprise plus récemment encore par divers observateurs, notamment par Erwin Voit.

En opérant sur de jeunes chiens, auxquels il fournissait une nourriture abondante, mais dépourvue de sels

calcaires, il a fait naître le rachitisme et cela d'autant plus vite que ces sels faisaient plus complètement défaut ou que la croissance des animaux était plus rapide. Mais il faut ajouter que pour E. Voit le rachitisme consisterait exclusivement dans la diminution des sels calcaires dans les os qui, à part cette particularité, resteraient normaux. La maladie aurait pour origine soit l'insuffisance de ces sels dans l'alimentation, soit divers troubles digestifs empêchant l'absorption des sels ingérés, et en première ligne, parmi ces troubles, la diarrhée chronique.

On voit que la question est complexe ; elle est encore à l'étude et nous y reviendrons bientôt à propos du phosphore.

Chez l'adulte l'insuffisance de la chaux n'a guère été incriminée que par C. Amsler (de Wildegg). Cet auteur attribue au défaut de chaux dans certaines eaux du canton d'Argovie le développement du goitre et du crétinisme dans cette région.

L'utilité des phosphates se trouve établie à l'aide d'un autre genre de preuves. Je fais allusion aux cas pathologiques dans lesquels on en observe une élimination exagérée.

L'homme adulte bien portant perd en moyenne par les urines 2s%50 d'acide phosphorique dont les 2/3 sont à l'état de phosphates alcalins (de soude surtout).

Cette perte d'acide phosphorique est d'autant plus intéressante au point de vue physiologique qu'elle est dans un rapport constant, à l'état normal, avec l'élimination de l'urée (Yvon, Tanret, BreteL).

L'acide phosphorique excrété ne provient pas seulement de l'alimentation; son élimination persiste pendant l'état de jeûne et elle est le résultat, comme celle

de l'urée, de la désassimilation des matières albuminoïdes.

Un certain nombre de recherches paraissent établir que les phosphates proviennent surtout de la désassimilation des tissus nerveux. Couerbe et Vauquelin avaient déjà trouvé une corrélation entre la proportion des phosphates de l'urine et le travail cérébral, lorsque Byasson établit que les jours de fatigue cérébrale les phosphates urinaires augmentent d'un quart. Moleschotta pu dire : « Sans phosphore, point de pensée. »

On peut en conclure que les travaux de l'esprit exigent une plus grande consommation alimentaire de phosphates et que, d'autre part, les maladies cérébrales peuvent provoquer une élimination exagérée de ce corps. Cependant, nous savons actuellement que l'augmentation dans l'excrétion des phosphates s'observe non seulement dans les maladies du système nerveux, mais encore dans un bon nombre d'autres états morbides, parmi lesquels il faut citer surtout la phtisie et certaines formes de diabète.

On a encore noté la phosphaturie dans les maladies des os et des articulations, mais tandis que G. Bird la regarde comme constante dans le rachitisme et dans l'ostéomalacie, Baginsky et Seemann ont noté, au contraire, une diminution de l'excrétion phosphatée dans ces maladies.

Pour M. Yvon la phosphaturie n'est bien constituée que dans les cas où le rapport entre l'urée et les phosphates est anormal, mais nous devons faire remarquer, au point de vue de la médication reconstituante, que dans les conditions où l'urée et les phosphates sont augmentés dans la même proportion, la désassimilation n'en est pas moins bien caractérisée.

Dans les éludes faites sur la pliosphaturie on s'est peu préoccupé de la nature des phosphates éliminés. On a dosé seulement l'acide phosphorique. Il est probable cependant que la nature des phosphates varie suivant les divers cas morbides. Cette question est encore si imparfaitement élucidée que Schetelig a pu soutenir récemment que l'augmentation pathologique de l'élimination calcaire dans les maladies chroniques n'est ni démontrée, ni même probable. D'après cet observateur, le rôle de l'acide phosphorique dans l'organisme et l'élimination de ce corps par l'urine seraient uniquement sous la dépendance des phénomènes digestifs et notamment de l'absorption intestinale.

Effets des Quoi qu'il en soit de ces incertitudes regrettables, terreuses, nous dcvous maintenant aborder les questions de pratique thérapeutique et examiner tout d'abord si l'administration des sels de chaux est suivie d'une absorption notable.

Malgré d'assez nombreuses expériences poursuivies sur l'homme et sur les animaux, cette question n'est pas encore élucidée dans tous ses détails.

On a reconnu que les sels de chaux sont difficilement absorbés et assimilés. Leur ingestion est suivie d'une augmentation propqrtionnelle de la chaux dans les fèces et dans l'urine; il ne reste pas une quantité notable de chaux dans l'organisme.

Ce sont les bases terreuses contenues dans les aliments qui représenteraient les formes se prêtant le mieux à l'absorption. De là l'importance qu'on doit attacher à l'emploi des aliments riches en phosphates, tels que les fèveroles, le son. A cet égard les paysans sont mieux nourris que les citadins.

Cependant, d'après Schetelig, le carbonate de chaux ingéré en faible quantité à la Ibis et additionné d'une forte proportion d'eau est presque toujours rapidement absorbé dans l'estomac. Comme médicament il recommande l'eau de chaux très faible.

Peut-être y aurait-il un certain avantage à prescrire en même temps des phosphates alcalins lorsqu'on veut obtenir la fixation de phosphate de chaux dans l'économie?

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