DIXIÈME LEÇON
MÉDICATION DE LA DOULEUR (FIN) Mise en œuvre de la médicalion (fin).
Messieurs,
Entrons dans le détail de la mise en œuvre de la médication de la douleur.
L'intensité de la douleur est un caractère de la plus haute importance. Notre conduite ne sera évidemment pas la même en face d'une douleur atroce, excessive, qu'en présence d'une douleur tolérable ou légère. Douienratroce. La doulcur excessive, arrachant des cris, puis faisant tomber par épuisement nerveux dans une sorte d'état hpothymique, est heureusement rare. Elle commande une intervention rapide et efficace, car il ne faut pas ignorer qu'on peut succomber à la douleur. Le fait a été, hélas! trop l3ien établiparles abominables pratiques de la question. On peut l'observer en cas de douleur d'origine pathologique. J'ai recueilli deux observations de mort dans le collapsus par cohque hépatique (avec vérification par l'autopsie) et une observation de mort en quelques heures dans un cas de colique néphrétique avec anurie.
Dans l'angine de poitrine, l'intensité de la douleur est telle qu'elle doit être considérée comme le principal
facteur de la terminaison mortelle, au moins dans certains cas.
Notre choix doit porter en semblables circonstances sur les agents à action prompte, immédiatement absorbés, capables d'influencer les extrémités des nerfs sensibles ou mieux encore les centres perceptifs.
Le type des moyens de ce genre est représenté par le chloroforme dont on se sert pour éviter la douleur aux opérés et aux accouchées. Cependant l'anesthé sie générale est rarement utilisée en cas de douleur pathologique à cause des dangers qu'elle fait courir à des malades qui sont déjà prédisposés à la syncope par le fait de l'état d'excitabilité des nerfs sensibles. Elle est notamment contre-indiquée dans la médication de la plus forte désaffections douloureuses, l'angine de poitrine, en raison des troubles dans la circulation et dans les contractions du cœur (altération des coronaires, palpitations, arythmie).
Il est préférable d'intervenir en pareille circonstance à l'aide d'un médicament à action rapide, le nitrite d'amyle, dont les inhalations produisent surtout' des effets vaso-moteurs. Mais c'est là un cas particulier sur lequel nous aurons à revenir à propos de la médication antispasmodique.
Puisque je vous cite Vangor pectoris, laissez-moi vous rappeler les procédés d'électrisation préconisés contre les accès de cette terrible maladie.
Duchenne pratiquait la faradisation révulsive, énergique, de la région pectorale ; il appHquait même le pinceau sec sur le mamelon, ce qui est extrêmement douloureux. On peut également produire une excitation réflexe avec le courant de pile en se servant, comme je vous l'ai dit, d'une électrode sèche, de préférence
négative, promenée sur la région pectorale, tandis qu'une large électrode posilive est appliquée sur un point indifférent, la colonne vertébrale par exemple.
Divers électrolhérapeutes ont encore préconisé la galvanisation du grand sympathique ou bien celle du pneumogastrique. Malheureusement ces divers procédés doivent être mis en usage pendant l'accès et le plus près possible de son début, circonstance qui en rend l'apphcation pratique à peu près impossible.
Dès la première atteinte d'angine de poitrine on pourrait facilement se pourvoir des instruments nécessaires à la galvanisation ou à la faradisation. Encore faudrait-il, au moment des crises, pouvoir compter sur l'intervention immédiate d'une personne capable de se servir des appareils électriques. Ces conditions sont bien rarement réalisables. Douleur in- Si l'auesthésie générale ne peut être employée ni tense. d^ns l'angine de poitrine, ni dans les crises viscéralgiques à tendance syncopale, elle est parfaitement indiquée au moment des paroxysmes des névralgies périphériques très douloureuses, telles que le tic douloureux de la face, les viscéralgies des neurasthéniques. 11 paraît d'ailleurs y avoir dans ces cas un état d'excitabilité anormale du centre perceptif, c'est-à-dire une indication nette à l'emploi des modificateurs des centres nerveux.
On se servira de préférence du chloroforme et on en administrera seulement de petites doses, de manière à obtenir une anesthésie incomplète. En renouvelant fréquemment ces doses, il est facile de maintenir les malades pendant plusieurs heures dans un état de bienêtre jusqu'à la fin de la crise.
Plus rarement on aura recours aux procédés d'anes-
Ihésie mixte, soit par le chloral et la morphine, soit par la morphine et le chloroforme.
Dans un grand nombre de cas, les injections hypodermiques de morphine suffisent. Il faut même considérer comme une règle ne comportant guère d'exceptions de pratiquer une injection de ce genre dès qu'on est appelé auprès d'une personne en proie à de vives souffrances. On pourra toujours, pendant que se développeront les effets de la morphine, lui venir en aide par d'autres moyens.
En cas de coliques hépatiques ou néphrétiques, on combine utilement l'usage de la morphine avec celui des grands bains prolongés et des apphcations calmantes locales. Depuis quelques années, effrayés par les progrès de la morphinomanie, les médecins ont tenté de remplacer la morphine par les calmants nouveaux, utilisables hypodermiquement. La cocaïne, l'antipyrine, ont été surtout essayées dans ce louable but. Elles se sont montrées très inférieures à la morphine en cas de douleur violente. Le précieux alcaloïde de l'opium trouve ici son indication formelle.
Dans quelques cas rares, en raison d'une idiosyncrasie inexplicable, la morphine échoue. Je connais même une malade atteinte de lithiase biliaire qui présente cette singulière particularité d'être prise d'une crise douloureuse chaque fois qu'elle prend une préparation quelconque d'opium. Les accès douloureux sont calmés chez elle par la faradisation de la région épigastrique, les deux électrodes étant placées sur le creux de l'estomac ou bien une dans le dos et l'autre sur l'épigastre.
Examinons actuellement les indications à remplir en cas de douleurs très fortes encore, mais plus tolé-
rables, telles que la plupart des douleurs névralgiques.
Le nombre des moyens préconisés est ici tellement grand qu'on n'a, pour ainsi dire, que l'embarras du choix. Rien de plus heureux, car on se heurte assez souvent à des résistances imprévues, difficiles à surmonter. Les agents ou les moyens qui ont réussi chez certains malades échouent au moment où. l'on se croit en droit de compter sur eux; on est obhgé de s'adresser à d'autres, auxquels on n'avait pas tout d'abord songé. En outre, tel médicament, après s'-être montré utile pendant un certain temps ou à une certaine époque de l'évolution de l'affeôtion douloureuse, peut, par accoutumance de l'organisme, devenir infidèle ou inaclif; force est encore de le remplacer par un autre. Ne nous plaignons donc pas de l'abondance de nos moyens d'action.
Ne croyez pas que le mieux est d'agir par tâtonneindications ments. Il y a lieu, en efîet, de tenir compte maintenant tirées du sicge. autrcs circonstances séméiologiques dont je vous parlais tout à l'heure : siège des douleurs, marche et âge de l'affection.
Une des douleurs les plus violentes et les plus intolérables est celle de la névralgie faciale. En passant rapidement en revue les divers moyens utilisables en pareil cas, nous aurons une idée de la médication générale des douleurs névralgiques.
Névralgie fa- Tous Ics agents et procédés capables d'agir sur le claie. phénomène douleur ont été tour cà tour préconisés ou essayés : procédés de révulsion, injections souscutanées diverses à effet local ou à la fois local et général, administration des calmants per os, électrisation, opérations chirurgicales.
ff
Les procédés de révulsion, tels que l'emploi du froid, les applications vésicantes, les pointes de feu, etc., sont en général moins utiles que dans les névralgies des membres ou du tronc.
Les injections sous-cutanées de morphine ou d'un mélange de morphine et d'atropine produisent des effets insuffisants ou trop fugitifs. Elles sont rapidement suivies d'un état fâcheux d'accoutumance.
A une certaine époque, à la suite de R. Bartholow(1874), on a fondé des espérances sur l'emploi des injections de chloroforme pur, pratiquées dans le voisinage du nerf malade. Ces injections ont été faites à dosequi a varié de quelques gouttes à 1 gramme. Elles ont été suivies pendant plusieurs minutes de vives douleurs, puis d'engourdissement et d'anesthésie et ont laissé à leur suite des indurations sous-cutanées plus ou moins persistantes. Un certain nombre de succès ont été obtenus par M. Besnier, Stedman, Doe, M. Duran, M. H. Fournier. Les doses utilisées par ces médecins n'ont pas dépassé 4 grammes ; l'absorption du chloroforme n'a déterminé que des phénomènes locaux. Douloureuse et infidèle, la méthode n'a pas tardé à être abandonnée. Les injections d'antipyrine essayées plus récemment se sont montrées très rarement efficaces.
Au contraire l'éiectrisation compte de nombreux succès. La galvanisation des points douloureux par le procédé précédemment décrit est ici la méthode de choix.
Mais la névralgie du trijumeau est particulièrement justiciable de la médication interne. L'administration des médicaments per os peut d'ailleurs être combinée avec l'emploi des moyens externes.
Les plus recomraandables parmi les médicaments
proprement dits sont, quant à présent, la quinine, l'aconitine et l'acétanilide.
La quinine réussit surtout dans les formes périodiques, c'est-à-dire lorsque les paroxysmes se montrent à des intervalles réguliers. Elle peut être associée à d'autres nervins et entre autres à l'aconitine.
L'usage de ce dernier médicament est aujourd'hui presque exclusivement limité au traitement de cette névralgie. 11 s'est montré souvent remarquablement efficace dans la forme grave que Trousseau a décrite sous le nom de névralgie épileptiforme. Cependant Gubler en a fait en quelque sorte le spécifique de la forme dite congestive. Il faut accorder la préférence, parmi les préparations d'aconit ou d'aconitine, au nitrate d'aconitine de Duquesnel qui doit, vous le savez, être prescrit à dose progressive par quarts de milligramme.
On a également obtenu quelques bons résultats avec d'autres médicaments, parmi lesquels je dois citer la gelsémine, les préparations de zinc, le sulfate de cuivre ammoniacal, le phosphore, le chlorure d'ammonium, le tonga.
Nous aurons l'occasion de revenir sur les sels de zinc à propos des antispasmodiques. Le valérianate préconisé par Louis-Lucien Bonaparte dans la névralgie faciale a été prescrite en pilules : O^^OS par pilule
1 à 2 par jour. M. Luton donne la préférence au
cyanure de zinc (même dose).
C'est à M. Féréol qu'on doit l'introduction dans le traitement de la névralgie faciale du sulfate de cuivre ammoniacal. Il le fait prendre dans une potion à la dose de à Oe^lS, qu'il augmente progressivement jus-
qu'à celle de ou même 0^^,50. Le médicament a
déterminé seulement quelques troubles digestifs peu importants. M. Féréol a publié six observations à l'appui de cette pratique ; mais je ne sache pas que son exemple ait été depuis imité.
Le phosphore a été préconisé par les médecins anglais et employé par eux à dose élevée. On pourrait le faire prendre, par exemple, sous la forme d'huile de Méhu. Mais rappelez-vous que c'est un médicament dangereux, difficile à manier (cours de 1888) et que jusqu'à présent la pratique de nos confrères d'outre- Manche ne s'appuie pas sur un nombre suffisant d'observalions.
Le chlorure d'ammonium a été essayé par David Young et par Greene.
Quant au tonga (poison des naturels des îles Fidji), avec lequel on fabrique en Angleterre un extrait alcoolique, il n'a guère été signalé comme agent utile dans la névralgie trifaciale que par Sidney Ringer et William Murrel.
Ces derniers agents (cuivre, phosphore, etc.) ne représentent, en somme, que des moyens empiriques. Ils ont été presque absolument abandonnés depuis que la liste des nervins s'est enrichie récemment d'une manière si remarquable.
Parmi les nouvelles acquisitions de ce genre, l'acétanilide paraît être, dans l'espèce, le médicament le plus utile. Je l'ai vu, pour ma part, produire de Irès bons résultats dans des cas où beaucoup d'autres moyens avaient échoué. Malheureusement ces résultats ont été souvent temporaires. L'exalgine paraît posséder des propriétés antinévralgiques analogues.
Les autres névralgies (celles des membres et du tronc), les viscéralgies, et d'une manière générale
G. Hayem. — III. .
loLiles les affections douloureuses d'intensité moyenne, peuvent être combattues par de très nombreux procédés. Pour mettre un certain ordre dans notre énumération nous distinguerons les applications locales ou topiques, la méthode endermique et la méthode hypodermique, la méthode médicamenteuse (emploi interne des médicaments), l'électrisation. Chemin faisant j'attirerai votre attention sur les indications de chacune de ces méthodes.
Les procédés locaux comprennent d'abord tous les moyens révulsifs.
Il y a quelques années on employait le plus souvent les vésicatoires, les pointes de feu, les caustiques. Aujourd'hui on donne généralement la préférence à la révulsion produite par le froid. Vous vous souvenez certainement que M. Debove est parvenu à l'aide du chlorure de mélliyle à rendre pratique et remarquablement active la réfrigération locale. Son procédé modifié par M. Bailly (stypage, voir cours de 1888) s'est rapidement vulgarisé. Il a été appliqué un grand nombre de fois au traitement de la sciatique, de la pleurodynie, de la névralgie intercostale, des douleurs viscérales, nerveuses ou même symptomatiques. Très souvent, il a produit non seulement un effet calmant, mais encore et à lui seul la guérison définitive.
Ainsi employé le chlorure de méthyle agit sans aucun doute par révulsion ; mais son action est peut-être plus complexe encore. Il n'est pas impossible qu'il y ait pénétration du médicament à travers la peau jusqu'à une faible profondeur et par suite une modification utile des extrémités des nerfs sensibles.
Il ne faut pas dédaigner les ventouses scarifiées qui sont fort négligées depuis quelques années. Elles peu-
MÉDICATION DE LA. DOULEUR. i-Ji
vent être effectivement très utiles dans les cas récents à forme congestive, notamment dans les affections douloureuses désignées sous le nom de rhumatismales.
Les applications topiques constituent rarement à elles seules toute la médication. Elles sont susceptibles cependant, dans bien des cas, de produire uu soulagement très réel. Onpeut les pratiquer de manières très diverses.
Le chloroforme, lorsqu'il est pur, détermine une forte irritation des téguments, une sorte de brûlure s'accusant d'abord par une rubéfaction, puis parla production de phlyctènes. On pourrait donc ranger les applications topiques de chloroforme parmi les procédés de la révulsion.
Le plus souvent on agit de façon à ne produire que la rubéfaction. Leroux faisait faire des onctions avec un tampon de coton et un morceau de laine imbibé préalablement avec 1 à 2 grammes de chloroforme. On recouvrait ensuite la partie à l'çiide d'un taffetas gommé.
Le chloroforme entre également dans les formules de liniments, ou bien s'emploie sous forme de glycérolé ; on peut aussi en verser quelques gouttes ou quelques grammes sur un cataplasme dont on surveille les effets (Lasègue et Regnauld). Ces divers moyens ont été surtout utilisés dans les douleurs symptomatiques. Enfin dans la névralgie dentaire on a recommandé l'introduction dans le conduit auditif externe d'un bourdonnet de coton imbibé de quelques gouttes de chloroforme pur ou additionné d'huile.
Les appHcations locales à proprement parler sédatives ou calmantes sont particulièrement indiquées lorsqu'on doit produire une action modérée, mais soutenue, circonstance qui se rencontre habituellement dans les affections douloureuses dites symptomatiques.
L'opium et ses alcaloïdes sont alors d'un précieux secours. On se servira de l'opium brut ou de l'extrait gommeux, incorporés avec de l'axonge ou avec de la glycérine, pour faire des onctions sur les points douloureux; une dissolution de cet extrait dans de l'eau de laurier-cerise permettra de pratiquer des badigeonnages. L'extrait peut aussi être étendu sur une mouche de taffetas gommé qu'on laisse en place pendant quelques jours. Le laudanum est souvent versé à la surface des cataplasmes sédatifs, pur ou mélangé avec de la glycérine. 11 peut être également employé en onctions faites avec un tampon de coton. Mélangé avec de l'amidon il a servi à Aran à l'exécution de sortes de pansements dans la névralgie du col utérin.
Dans le cas oii il est nécessaire de recourir à une action plus énergique, on substitue au laudanum les gouttes noires anglaises, deux fois plus fortes que le laudanum de Rousseau et quatre fois plus que celui de Sydenham,
La morptiine est plus souvent mise à contribution. Quelques exemples de formules vous montreront sous quelles formes elle peut être prescrile.
Glycérolé pour onctions :
Glycérolé d'amidon 60 gr.
Chlorhydrate de morphine 1 gr-
CoUodion :
CoUodion élastique 30 gr.
Chlorhydrate de morphine 1 gr-
Mouches calmantes :
Opium ou chlorhydrate de morphine incorporés à une solution d'ichthyocolle au 30% étendue sur du taffetas noir.
Pommade :
Axonge
Chlorhydrate de morphine
30 gr.
0,20 à 0,bO
Teinkire d'iode morphinée (Legros d'Aubusson et Bon chut) :
Les préparations de solanacées vireuses, employées topiquement, exercent une action calmante évidente et bien connue,
La belladone a été souvent prescrite à l'état de feuilles fraîches, sous forme de cataplasmes.
Le plus habituellement on se sert de l'extrait. Quand le nerf malade est superficiel l'emploi externe de cet extrait a souvent une grande efficacité. Je vous citerai comme exemple le bénéfice qu'on peut tirer des onctions belladonées faites sur l'arcade sourcilière dans la névralgie sus-orbilaire. On ajoute à l'extrait quelques gouttes d'eau pour le rendre plus fluide et on en frictionne la peau au niveau du point douloureux, de manière à employer de O^^SO à 2 grammes qui doivent rester m situ et former un enduit sur la peau.
Quand cet enduit est desséché, on l'humecte de nouveau. On peut encore, après avoir pratiqué une friction de 15 à 20 minutes de durée, apphquer sur la couche d'extrait une compresse humide recouverte de taffetas gommé. Des compresses imbibées de teinture alcoolique de belladone peuvent rendre les mêmes services. Ces diverses apphcations ont été spécialement recommandées dans les névralgies sus-orbitaires et dans celles du maxillaire inférieur.
Quand il y a douleur du cuir chevelu, on fait une
Sulfate de morphine Teinture d'iode
2 gr.
décoction de 30 grammes de feuilles de belladone dans 1 litre d'eau, avec laquelle on lotionne la partie malade (Trousseau et Pidoux).
Les préparations de jusquiame et de datura sontbeaucoup moins employées comme topiques que celles de belladone.
Mais nous citerons ici les cyaniques qui, appliqués sur la peau, produisent des effets calmants incontestables. Trousseau a vanté les fomentations faites avec une solution au 100^ de cyanure de potassium. On peut aussi, à l'exemple de Lombard (de Genève), faire faire des onctions avec une pommade.
Les essences et le camphre qui entrent dans la composition des linimenls sont des agents moins actifs que les précédents. Us sont, d'ailleurs, rarement employés seuls, et ne servent guère à déterminer localement qu'une action irritante, légèrement révulsive. A cet efTet, on utilisera spécialement le camphre en dissolutions alcooliques (eau-de-vie camphrée) ou huileuses.
Une mention particulière est due au camphre de la menthe (menthol), dont vous connaissez les propriétés analgésiques. Il est employé en pommade et dans une composition plus soHde, à laquelle on donne la forme de crayons. Ceux-ci jouissent depuis peu d'un certain crédit, dans les cas de migraine ou de douleurs de tête.
La ciguë a été employée surtout par Trousseau, en cas de douleurs symptomatiques du cancer. On peut l'utiliser en cataplasmes faits avec 3 parties de poudre de ciguë et 1 partie de farine de graine de lin, ou bien encore sous forme d'emplâtre à l'extrait de ciguë ou d'opium et de ciguë (Codex).
Les apphcalions topiques de vératrine produisent aussi, dans certains cas, un bénéfice réel.
On peut prescrire des onctions avec la pommade de Gavé :
Axonge rance 8 gr.
Vératrine 0.10 â 0,20
Le gaz acide carbonique jouit de propriétés analgésiantes qui peuvent facilement être mises à contribution depuis qu'il existe, dans le commerce, des bouteilles d'acide carbonique liquide. On en fait un usage fréquent dans les stations thermales où les eaux dégagent, comme à Royat, à Vichy, etc., une grande quantité d'acide carbonique. Les douches utérines peuvent, par exemple, produire des effets calmants indéniables.
L'action sédative de l'iodoforme intervient dans diverses applications topiques. Le collodion iodoformé (1 p. d'iod. sur 15 de collod.) a été vanté par Moleschott, Cœsfeld, W. Browning (de Brooklyn), etc. 11 importe de faire atteindre à la couche de collodion 2 millimètres d'épaisseur au moins. Toutes les applications d'iodoforme (tampons de coton, gaze, pommade, etc.) sont, d'ailleurs, calmantes. On en fait fréquemment usage dans les névralgies utérines, dans le cancer du sein ou de l'utérus, etc.
Les procédés locaux ou topiques agissent sur les extrémités nerveuses; mais leurs applications sont souvent suivies de phénomènes généraux dus à l'absorption des médicaments à travers la peau. Ces procédés sont donc très actifs, et cependant on tend généralement à les abandonner. Cela tient à ce que l'action médicamenteuse ainsi exercée n'est pas réglée. On n'est pas maître de la dose, et par suite on s'expose à ne pas atteindre le but cherché, ou bien, au contraire, à le dépasser et à provoquer des accidents. Sachez même qu'un certain
nombre d'empoisonnements très graves ou mortels sont venus jeter un discrédit mérité sur ce genre d'applications médicamenteuses. Ces empoisonnements ont été produits surtout par les préparations opiacées et par celles de belladone. Ils ont concerné le plus souvent des enfants; mais on en a observé également chez l'adulte, notamment chez les femmes dont la peau, grâce à sa finesse, se prête mieux à l'absorption.
Tout d'abord, on a cherché à remplacer les topiques par la méthode endermique, due à Lafargue (de Saint- Emil ion). Mais bientôt la méthode hypodermique vint s'y substituer. Elle permet de mesurer rigoureusement la dose active du médicament, tout en n'en supprimant pas les effets locaux. Vous savez déjà que, le plus habituellement, on se sert d'injections hypodermiques de morphine. En raison du danger de la morphinomanie, surtout dans les maladies chroniques, on a fait, dans ces dernières années, de grands efforts pour remplacer la morphine par d'autres nervins.
Jusqu'à présent, l'antipyrine est le meilleur de ces succédanés. Je vous signalerai encore un médicament dont l'essai mérite peut-être d'être fait; je veux parler de la théine, préconisée récemment par Mays.
Théine
Benzoate de soude.
Chlorure de sodium Eau distillée
Un tiers de seringue représente Qs'jOS de théine. Cette dose peut être renouvelée plusieurs fois par jour.
On a encore employé, contre les affections douloureuses, des injections hypodermiques irritantes, dont le but n'est pas de calmer directement la douleur.
îà 1 gr.
0,0o iO
MÉDICATION DE LA DOULEUR. l^'î
mais de déterminer une modification nutritive dans les parties malades.
Ces sortes d'injections ne méritent guère qu'une mention. Elles ont été pratiquées soit avec du nitrate d'argent (Le Dentu), soit avec de l'acide osmique (Grmévilzky, 1880). Ces dernières, essayées depuis par Neuber, par Wôlfer, par Scliapiro, etc., se font avec une solution au 100" à la dose de 5 à 8 gouttes. E. Frânkel a fait voir qu'elles peuvent causer de profondes altérations des nerfs et des muscles, et que les premiers sont colorés en noir par l'acide osmique, tout comme les nerfs morts. Il a, cependant, trouvé ces sortes d'injections non douloureuses, tandis que Leichtenstern leur reproche de provoquer de vives douleurs, et de déterminer des œdèmes et parfois des escarres. Les résultats obtenus par ces divers observateurs ont été très variables, et je doute fort que le procédé soit destiné à prendre quelque extension.
Ce sont les douleurs de moyenne intensité qui sont le plus avantageusement combattues par l'éleclrisation, et notamment par l'emploi du courant de pile. On y a fréquemment recours avec succès dans la névralgie intercostale, dans la sciatique, etc.
Il ne nous reste plus qu'à dire quelques mots de la méthode interne (administration per os des agents médi- camenteuse. camenteux). Le choix du moyen dépend du siège des douleurs, du processus pathologique auquel se rattachent les manifestations, de la marche de l'affection, de l'ancienneté de la maladie.
Nous n'avons pas à revenir sur la médication de la névralgie faciale. Dans la migraine, on s'adressera de préférence à l'antipyrine et à la phënacétine. Ces agents seront administrés dès le début des accès; mais on s'en
Méthode médi-
LEÇONS DE TIIÉRàPEUTIQUE.
abstiendra dans les cas où la migraine aura pour origine un trouble dans les actes digestifs.
Contre les crises gastriques des ataxiques, on essaiera l'antipyrine, l'acétanilide et la cocaïne. Les préparations d'opium, seules ou associées à ce dernier agent, sont particulièrement indiquées dans les névroses douloureuses du tube digestif. Les névralgies dites rhumatismales sont plus particulièrement combattues à l'aide de la quinine ou de l'acide salicylique, administrés de préférence sous forme de salicylate de soude. Enfin, dans les névralgies symptomatiques (névrite, compression des nerfs, etc.) les résultats obtenus dans ces dernières années nous portent à fixer notre choix sur l'antipyrine et sur l'acétanihde.