VINGT-TROISIÈME LEÇON
MÉDICATION HYPERCINÉTIQUE (SUITE)
Médicaments [suite) : Emploi thérapeutique de la strychnine, arnica, café, ergot de seigle, phosphore, arsenic. — Moyens physiques : électricité.
Messieurs,
Emploi Après avoir étudié la strychnine, nous devons nous thérapeutique préoccuper dcs usages thérapeutiques de ce puissant strychnine médicament. Mais notre tâche doit se borner pour le et moment à n'envisager cette question qu'au point de noix vue de l'intervention de la strychnine comme agent vomiquc. hypcrcinétiquc.
La médication des paralysies motrices à l'aide de la noix vomique a été instituée en 1811 par Fouquier. Elle a été essayée bientôt par Andral, par Husson, par Mauricet, par Gendron et depuis par un grand nombre d'autres médecins de tous les pays. Dès le début de ces tentatives on s'est montré d'une grande témérité. On prescrivait le médicament jusqu'à l'apparition d'effets physiologiques très prononcés, c'est-àdire jusqu'à la production de roideurs dans les parties paralysées (Fouquier, Magendie) . Celles-ci ne surviennent que dans les points où les réflexes sont exagérés. Un certain nombre de faits favorables à cette médication ont été publiés par Pétrequin, Sandras, Miquel,
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Moreau, Fallot, Boiillay, Courty. Presque tous se rapportent à la paraplégie. Mais il importe de faire remarquer que, dans les paralysies symptomatiques, Andral et depuis d'autres médecins n'ont obtenu que des insuccès. On a même fait la remarque que la strychnine peut aggraver plutôt qu'améliorer ces sortes de paralysies, surtout quand il s'agit d'une affection cérébrale (hémorragie) . Le médicament peut, dans ces cas, provoquer une nouvelle hémorragie, à moins que la lésion ne soit complètement cicatrisée. Il est donc nécessaire d'attendre la fin de la période de cicatrisation avant de recourir à la strychnine et cette règle doit être également observée lorsque la paralysie est occasionnée par une lésion médullaire.
Plusieurs faits tendent à établir que la strychnine peut guérir la paralysie faciale a frigore. Cette affection est cependant plutôt justiciable de la médication par l'électricité.
On connaît des exemples de guérison de la paralysie diphtéritique par le même agent et parmi eux je vous citerai une intéressante observation publiée par M. Dujardin-Beaumetz.
Dans la paralysie saturnine on a retiré un certain avantage des préparations de noix vomique que Tanquerel des Planches faisait prendre à haute dose. Mais il faut pour obtenir un résultat insister longtemps sur la médication.
La paralysie vésicale des vieillards et l'incontinence d'urine peuvent être, dans certains cas, heureusement influencées par la strychnine que Le Cluyse et José del Omo ont proposé d'injecter directement dans la vessie. Si vous imitez cette pratique, n'oubliez pas que les expériences de Ségalas et de Robert ont fait
voir que la vessie absorbe très bien- ce médicamenl.
Les préparations de noix vomique et la strychnine ont été encore essayées avec des succès divers dans m grand nombre de circonstances, parmi lesquellles je citerai les paralysies par lésion des nerfs (Pétrequinj , la débilité musculaire des vieillards (Magendie) , le tremblement consécutif au traumatisme cérébral (Luigi Marchezani) , le tremblement mercuriel (Trousseau), l'aphonie nerveuse (Gibb), laparésie succédant a uxsciatiques rebelles, l'affaiblissement musculaire dû au bromisme (Vulpian), la paralysie infantile (Heuberger, J. Simon, Hammond, Pétrone, etc.), les paralysies consécutives à la dysenterie (Delioux de Savignac), les paralysies asthéniques (Gubler), les paralysies des nerfs moteurs de l'œil, les paralysies musculaires de diverses origines [Barth, Galicia (de Versailles)].
Je dois à cette liste déjà longue ajouter encore les paralysies sensorielles et en particulier l'amblyopie et l'amaurose, lorsque les phénomènes ne sont pas sous la dépendance d'une lésion de l'appareil nerveux de la vision. L'emploi de la noix vomique, dans ce cas, remonte à Bretonneau. Plus tard Stocker et quelques autres oculistes attirèrent de nouveau l'attention sur ce sujet, qui a été récemment l'objet de travaux plus précis.
Nous savons aujourd'hui que la strychnine augmente l'acuité visuelle (Nagelet autres), ainsi que l'étendue du champ de la vision (Hippel, Cohn) ; que pendant le cours de son action, le rouge et le bleu sont vus avec plus d'éclat; enfin que, dans les mêmes circonstances, le pouvoir d'accommodation est exalté (Véron) . Ces faits expliquent le bénéfice qu'on peut tirer de la strychnine
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dans la médication des diverses formes de Famblyopie. Cette médication réussit dans les amblyopies toxiques, hystériques, essentielles. Elle pourrait aussi, d'après Hippel et Houire, amener de bons résulats lorsqu'il existe des lésions, c'est-à-dire une atrophie papillaire. Mais les faits sur lesquels s'appuie cette opinion ont été contestés (Véron).
Dans la surdité nerveuse, dans l'anosmie, la strychnine peut être essayée; mais il serait imprudent de compter beaucoup sur un résultat notable.
La noix vomique et la strychnine sont bien souvent prescrites dans les formes atoniques de la dyspepsie stomacale ou intestinale. Cette partie de notre étude viendra plus à propos lorsque j 'aurai à vous parler de la médication antidyspeptique.
Nous avons vu que l'action de la strychnine retentit sur les muscles de la vie dite organique au même titre que sur les muscles striés. Aussi le médicament intervient-il dans tous les états qui paraissent liés à un affaiblissement de tonicité ou de contractilité des organes internes.
Dans les palpitations cardiaques paraissant liées à la débilité générale, dans les dilatations passives du cœur droit (M. Fothergill), dans les cas d'affaiblissement des battements cardiaques (Desnos, Maragiiano) la strychnine paraît pouvoir exercer une certaine action. Comme application du même genre je vous signalerai l'emploi de cet agent dans les hydropisies asthéniques (Teissier, de Lyon) ; dans les bronchites des vieillards avec expectoration difficile. Pour ma part, je n'ai pas encore eu l'occasion d'observer un seul fait probant d'action de la strychnine sur le cœur ou sur les bronches.
Mode d'administration et doses.
Parmi les névroses, la crampe des écrivains est la seule qui puisse tirer un bénéfice de la strychnine. Disons cependant que celle-ci a été vantée dans la spermatorrhée et dans l'impuissance (Magendie, Trousseau, Duclos, de Tours), c'est-à-dire dans des circonstances où il est extrêmement difficile d'apprécier la valeur réelle d'une médication. Enfin dans l'incontinence d'urine, la strychnine paraît pouvoir rendre des services. Elle serait à cet égard, pour certains médecins, l'égale de l'ergot de seigle.
La noix vomique se donne à des doses qui varient suivant la nature de la préparation. La poudre est donnée à la dose de Os'",05 à 0^\20 en nature et en pilules; l'extrait alcoolique à celle de 08'",05 à (Os^Ol à OS', 05 p. dosi) en pilules; la teinture alcoolique à la dose de Os',30 à 2 grammes (5 à 10 gouttes
dosi) ; l'extrait aqueux, à la dose de O^^OS à 0?' ,20 pro dosi^ OS', 50 p. die.
Les préparations de strychnine, qui ont remplacé presque absolument celles de noix vomique, sont assez nombreuses. On emploie soit la strychnine en nature sous forme de poudre, de pilules, de granules, de sirop, soit un sel.
Le sulfate de strychnine, le plus souvent utilisé en France, permet l'emploi des injections hypodermiques qui sont préférées en cas de paralysie musculaire ou de paralysie oculaire.
Ce sel est administré par milligrammes jusqu'à la dose de Oe',005 ;;.^/osietOs',01 à 0s',02;>. On recommande de pratiquer les injections dans le voisinage des parties malades, mais il n'est pas bien démontré que ce soit là une condition nécessaire de succès. Les doses doivent être progressives; leur renouvellement ne
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déterminerait pas, d'après Vulpian, l'effet cumulatif qui a été signalé par quelques médecins. On devra être très réservé dans l'emploi des hautes doses en raison de la variabilité dans la susceptibilité des divers individus.
Les succédanés de la strychnine, la fausse angusture et la brucine sont aujourd'hui des médicaments démodés, devenus superflus.
D'ailleurs, pour compléter la liste des agents utiles dans les paralysies motrices, il me suffira de vous signaler l'arnica, le café, l'ergot de seigle et le phosphore.
L'arnica possède des propriétés excitatrices qui sont Arnica, restées peu étudiées . Ce serait, pour Fonssagrives, la noix vomique des enfants. Mais nous ne possédons guère de documents sur le parti qu'on en peut tirer. Dans ces derniers temps, cet agent n'a été vanté que par Askoff qui paraît avoir eu à s'en louer dans la paralysie vésicale. On peut prescrire la poudre d'arnica à la dose de Qg^SS à Os\^0 par jour ou 1 à 2 grammes de tein ture dans une potion.
Le café, ayant la propriété d'exciter les contractions café. des fibres musculaires striées et lisses, peut être, à certains égards, rapproché de la strychnine. Cependant il n'a guère été utilisé que pour combattre la paralysie intestinale. Il peut agir non seulement dans les constipations par atonie, mais aussi dans les étranglements herniaires ainsi que M. Durand l'a annoncé, en 1857, à propos d'un cas observé à Cuba. Depuis on a recueilli quelques autres observations dans lesquelles on a obtenu la réduction de la hernie en faisant boire plusieurs tasses de café noir, ou mieux encore en administrant des lavements de café (Méplain) .
La caféine peut être employée dans le même but et de préférence en injections hypodermiques.
Ergot de
seiale.
Phosphore.
Médicaments, employés contre le
tremblement.
L'ergot de seigle a été assez souvent employé dans les affections paralytiques. On le considère comme capable de combattre, grâce à ses effets vasculaires, la congestion des centres nerveux. Il vise donc la cause supposéede la paralysie plutôt que leiémentmorbide.
J'en dirai autant du phosphore, en faisant remarquer que cet agent semble porter ses effets sur les éléments nerveux dont il modifie la constitution intime. Il est beaucoup plus en faveur, dans les affections paralytiques, en Angleterre qu'en France.
Jusqu'à présent nous nous sommes occupés exclusivement des médicaments propres à combattre l'affaiblissement de la motilité. Avant de passer à l'étude des moyens physiques utilisés dans le même but, je dois vous dire quelques mots de la médication du tremblement par les agents internes.
Le tremblement a été parfois combattu, comme la paralysie, à l'aide de la strychnine; mais plus souvent encore on s'est adressé pour le modifier aux agents que nous avons étudiés à propos de la médication antispasmodique, et particulièrement aux principes extraits
des solanacées.
L'hyosciamine et la solanine ont donné parfois des résultats encourageants.
Enfin on a obtenu quelques succès à l'aide, des arsenicaux.
En 1868, Sklarekfit voir que l'acide arsénieux paralyse les portions de la moelle qui conduisent les impressions, tout en laissant intacts les nerfs moteurs et le système musculaire. Ces faits physiologiques ont donné à Eulenburg l'idée de combattre le tremblement à l'aide d'injections sous-cutanées d'arsénite de potasse. Ce médecin emploie une solution faite avec^une partie de
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liqueur de Fowler et deux parties d'eau et en injecte un tiers ou une demi-seringue une ou deux fois par jour. Kappelez-vous d'ailleurs que l'emploi de l'arsenic s'est montré favorable dans la chorée (Lewis Smith, 1872, et depuis beaucoup d'autres).
Abordons maintenant l'étude des moyens physiques Électricité, au premier rang desquels vient se placer l'électricité. Cet agent intervient dans la médication de la paralysie, du tremblement et de l'amyotrophie. Mais il sert, de plus, en cas de troubles de la motilité et d'altération des muscles, à trancher certaines questions relatives au diagnostic. Il me paraît donc utile, pour bien vous faire saisir les indications de l'électrisation, de vous rappeler tout d'abord les principaux résultats fournis par l'exploration de la contractilité musculaire.
Cette exploration doit d'ailleurs se faire systématiquement avant tout traitement. On y procède à l'aide du courant induit et du courant de pile.
Le courant induit est fourni par un appareil à chariot, actionné par une pile d'une intensité connue, sur lequel on recueille le courant de la bobine à gros fil.
Pour l'exploration galvanique l'appareil dont on fait usage doit être muni d'un galvanomètre d'intensité.
Le dispositif est variable, ce qui permet de distinguer tout d'abord les explorations bipolaires et les unipolaires.
Les méthodes bipolaires comprennent, suivant le mode d'application des électrodes :
L'exploration de la moelle au muscle ou spino-musculaire ;
— nerf ou spino-nerveuse;
— (lu nerf au muscle ou névro-musculaire;
— du muscle au muscle ou musculaire.
Les applications unipolaires, qui rendent des ser-
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vices peut-être plus importants encore, peuvent également avoir lieu avec un courant induit et un courant galvanique. On doit se servir comme pôle actif alternativement du positif et du négatif, et comparer les effets obtenus avec les courants d'ouverture et de fermeture. Lorsqu'on se sert du courant galvanique les résultats obtenus peuvent varier, surtout lorsque le pôle actif est placé sur le nerf, suivant qu'avant de pratiquer l'excitation on aura polarisé ou non le nerf examiné.
L'exploration électrique est donc une opération très complexe qu'il serait hors de propos de traiter ici avec tous les détails qu'elle pourrait comporter. Je me bornerai à vous énumérer quelques propositions ayant une importance évidente au point de vue de l'emploi thérapeutique de l'électricité.