VINGT-QUATRIÈME LEÇON
MÉDICATION HYPERCINÉTIQUE (SUITE)
Moyens physiques {suite) : exploration électrique des parties paralysées ou atrophiées; procédés d'électrisation des parties paralysées ou atrophiées.
Messieurs,
Les réactions électriques permettent assez aisément Exploration de reconnaître trois groupes principaux de paralysies : électrique, les paralysies centrales cérébrales, les paralysies centrales spinales et les paralysies périphériques.
Dans les paralysies centrales d'origine cérébrale, la contractilité musculaire est conservée quel que soit le mode d'exploration électrique. On admet toutefois qu'en cas de lésion corticale, le mode de réaction musculaire peut être légèrement modifié ; mais on a fait jusqu'à présent peu de recherches précises sur ce point intéressant.
Dans les paralysies spinales, il y a lieu de distinguer plusieurs conditions pathologiques.
Supposons d'abord l'existence d'une lésion portant sur un point limité, mais intéressant toute l'épaisseur de la moelle (myélite en foyer).
En pareil cas l'excitabilité musculaire est intacte, parfois même exagérée par suite de l'augmentation des réflexes. Cet état est particulièrement bien mis en évi-
dence par lemploi des courants de quantité (c'est-àdire galvaniques); il annonce presque toujours l'imminence de la contracture.
Une seconde condition est réalisée par la destruction du segment inférieur de la moelle.
On voit alors disparaître l'excitabilité musculaire. Pendant trois à quatre jours la contractilité musculaire peut encore être mise en évidence à l'aide de forts courants galvaniques employés de façon à produire une excitation neuro-musculaire ou une excitation unipolaire des troncs nerveux. Mais au bout de ce laps de temps toute réaction fait défaut.
Troisième condition : lésion étendue, mais n'atteignant pas toute l'épaisseur de la moelle épinière. Elle se trouve réalisée dans l'ataxie locomotrice, dans les scléroses médullaires systématisées.
Lorsque la maladie est récente, la réaction musculaire est exagérée, mais elle s'épuise plus rapidement qu'à l'état normal. Plus tard lorsque les lésions médullaires sont déplus ancienne date, l'excitabilité musculaire diminue, sans toutefois disparaître; elle s'épuise plus rapidement encore que dans le précédent cas. Souvent on note une inégalité notable dans l'excitabilité des différents groupes musculaires, particularité que met surtout en évidence l'excitation unipolaire des nerfs ou des muscles. Dans quelques cas le résultat de l'exploration électrique ne peut être rendu évident qu'à l'aide de la méthode graphique.
Enfin la quatrième condition à examiner est relative à la circonscription des lésions aux cellules trophiqucs (paralysie infantile, etc.).
Dès le début de l'affection on observe une diminution rapide et progressive de l'excitabilité musculaire et un
MÉDICATION IlYPERCINÉTIQUE. 293
épuisement de la contraciilité, plus rapide que dans aucune autre affection. 11 est nécessaire d'employer des courants forts pour obtenir un faible effet. Plus tard, après la première phase de Taffection médullaire, on voit la paralysie atrophique poursuivre son évolution dans certains groupes musculaires. A ce moment la forme de la contraction se modifie au niveau des muscles en voie d'atrophie. Le raccourcissement se fait plus lentement, de même que le retour à l'état primitif après la cessation de l'excitation. Avec le courant d'induction les secousses se fusionnent : le résultat qu'on obtient est analogue à celui que donnent les muscles atteints de fatigue (comme on peut le voir par exemple sur des muscles semi-épuisés de grenouille). Dans la plupart des cas, on observe au niveau de certains groupes musculaires la réaction dite de dégénérescence, plus ou moins nettement accusée. L'exploration électrique donne alors des résultats analogues à ceux que nous allons signaler à propos des paralysies périphériques.
Celles-ci interrompent, vous le savez, à la fois l'inlluence motrice des centres et l'action trophique de provenance médullaire. Dans ces circonstances l'excitation spino-musculaire devient assez rapidement inefficace. Si nous supposons le cas simple d'une section nerveuse, on observe les faits suivants :
Pendant les trois ou quatre premiers jours qui succèdent à cette section, on obtient des contractions en appliquant les excitations au-dessous du point lésé, ce que l'on peut faire soit à l'aide de l'exploration névromusculaire (du nerf au muscle), soit à l'aide de l'exploration unipolaire du nerf. Passé ce délai, l'excitation du nerf reste sans effet ; le muscle seul est encore excitable,
mais il répond plus énergiquement à la galvanisation qu'à la faradisation. Plus tard on voit disparaître la contractilité musculaire jusqu'à ce que la régénération du nerf soit effectuée.
Les phénomènes observés sont plus complexes lorsqu'il s'agit de la paralysie d'un nerf crânien moteur, tel que celui de la septième paire (paralysie faciale). Lorsque la lésion du nerf est légère, les muscles continuent à répondre aux deux espèces de courant. En cas de lésion profonde la réaction faradique diminue ou disparaît, tandis que la réaction galvanique reste normale ou devient exagérée. Bârwinkel, et depuis un grand nombre d'observateurs, ont constaté que ces deux sortes de réaction subissent des modifications inverses.
Plus tard, lorsque l'affection est en voie d'amélioration ou de guérison, la réaction galvanique diminue au fur et à mesure que renaît la réaction faradique. C'est à l'ensemble de ces intéressantes particularités qu'on a donné le nom de réaction de dégénérescence. Ce mode de réaction peut être constaté, d'une manière plus ou moins complète, dans tous les cas où il existe une lésion profonde des nerfs mixtes, ainsi que dans les myélites centrales, parvenues à un certain stade de leur évolution.
Quand l'atrophie musculaire est très prononcée et ancienne, les muscles ne répondent plus ni au courant galvanique, ni au courant faradique ; ils sont remplacés par un tissu inexcitable. Deins certains cas il reste au milieu de ce tissu un petit nombre de fibres capables de se contracter sous l'influence de décharges statiques, alors que les courants de pile ou d'induction ne donnent plus de résultat.
Au nombre des paralysies liées à une altération des
MÉDimiON EYPERCINÉTIQUE. 293
nerfs et des muscles, on doit signaler surtout les paralysies d'origine toxique, notamment la paralysie saturnine.
Dans la paralysie hystérique les réactions électriques sont analogues à celles qu'on observe dans la paralysie cérébrale. Cependant Benedikt leur assigne des caractères un peu particuliers.
Au début l'excitabilité galvanique paraît diminuée ; plus tard, après une certaine durée de la paralysie, elle deviendrait, au contraire, exagérée.
Lorsqu'on utilise la méthode graphique pour inscrire les résultats de l'exploration électrique, on peut calculer pour chaque cas particulier la durée de la période d'excitation latente. On acquiert ainsi des données d'une rigueur mathématique. Cette durée a été estimée par Helmholtz à 0,01 de seconde. Chez l'homme elle atteint seulement 0,006 à 0,008 en moyenne. Elle est sujette à de notables variations dans tous les cas où la contractilité musculaire est altérée, même légèrement. Mais, sur ce point intéressant, nous ne possédons encore qu'un petit nombre d'observations. Qu'il me suffise donc de vous citer les conclusions des recherches entreprises par Mendelssohn.
La durée de la période d'excitation latente est, d'après cet observateur, en rapport inverse avec l'excitabilité et la contractilité farado-musculaires. On la trouve toujours diminuée lorsque les muscles sont en état de contracture. Enfin la même valeur est en rapport direct avec les troubles trophiques des muscles, c'est-à-dire d'autant plus longue que les muscles sont plus atrophiés.
Ces renseignements succinctssur les résultats fournis par l'exploration électrique me paraissent suffisants ù,
titre de préambule à l'exposé des procédés d'électrisatioii utilisés dans la médication des paralysies et des amyotrophies.
Je dois me borner, en abordant maintenant l'indication de ces procédés, à vous donner des formules générales. Les formules particulières ressortissent, en effet, à l'histoire des traitements de chacune des maladies donnant naissance aux phénomènes dont nous nous occupons.
Modes L'électrisation employée dans un but thérapeutique
d'clcctrisâtion
peut, vous vous en souvenez, être pratiquée de trois façons : r à l'aide du courant faradique ou induit ; 2» à l'aide du courant de pile ou galvanique ; 3° à l'aide de l'électricité statique.
Vous aurez donc à vous demander, lorsque vous aurez pris la détermination de recourir dans un cas de paralysie ou d'amyotrophie à l'électrisation, à laquelle de ces formes de l'agent électrique il conviendra de vous adresser.
On peut considérer comme une loi générale celle d'utiliser le genre d'électrisation et le procédé capables de donner des réactions. Vous obtiendrez celles-ci tantôt par voie directe, tantôt par voie réflexe. De là l'intérêt de l'exploration électrique préalable dont je viens de vous entretenir.
Dans le choix des diverses formes d'électricité, vous aurez, en outre, à tenir compte des propriétés générales de chacune d'elles.
L'électricité faradique, qu'elle agisse sur les muscles par voie directe, ou par voie indirecte, produit une sorte d'exercice du muscle. Dans les atrophies elle a presque uniquement pour résultat d'entretenir et de développer les faisceaux musculaires restés sains. Elle exerce, en
MÉDICATION HYPERCINÉTIQUE. 297
général, peu d'effets, soit sur les lésions organiques doù relèvent la paralysie et lamyotrophie, soit sur les phénomènes de nutrition intime des muscles lésés.
Le courant galvanique possède, au contraire, des qualités qui lui permettent de provoquer des modifications dans les parties lésées du système nerveux, et de produire une action trophique plus manifeste sur les muscles atrophiés. On devra donc lui donner la préférence dans tous les cas où la paralysie ou l'amyotrophie auront pour origine une altération des nerfs ou de la moelle et lorsqu'on voudra faciliter la reconstitution des muscles atrophiés. Ce mode d'électrisation s'impose d'ailleurs toutes les fois que la contractilité faradique est éteinte.
L'électricité statique est d'un emploi très restreint. Elle ne peut intervenir que dans des cas d'ancienne date, lorsque les muscles étant très atrophiés et dégénérés, l'excitabilité musculaire aux courants faradique et galvanique est tout à fait éteinte. Les bénéfices qu'on en pourra tirer resteront donc toujours forcément très limités.
Au nombre des procédés d'électrisation faradique ou galvanique, se trouvent les bains électriques. Je n'aurai pas à m'en occuper d'une manière particulière, les effets qu'ils peuvent produire dans les paralysies et dans les amyotrophies étant encore peu connus.
Après ces considérations générales entrons dans le détail des applications des divers modes d'électrisation.
Nous venons de voir que la faradisation peut être utUisée dans les cas où la contractilité faradique est '•onservée. Mais il n'est pas rare que cette particularité s observe coïncidemment avec la persistance de la
Faradisation.
contractilité galvanique. Il peut être alors difficile de faire un choix.
Actuellement les électriciens manifestent une tendance marquée à se servir de préférence du courant de pile à cause de son action plus manifeste sur la nutrition des tissus. Il s'ensuit que la faradisation, malgré les services qu'elle a rendus, est un peu délaissée. Nous ne devons pas oublier, cependant, que Duchenne (de Boulogne) a retiré de son emploi de très grands avantages dans le traitement des paralysies et des amyotrophies.
Duchenne se servait le plus souvent de la faradisation directe, c'est-à-dire faite par application des deux électrodes sur les muscles paralysés, et il en a exposé les règles avec précision. Plus rarement il employait la faradisation indirecte, soit l'excitation des nerfs qui se rendent aux muscles. Dans l'un et l'autre cas, les réophores humides sont appliqués sur la peau avant la fermeture du courant ou avant la mise en marche de l'appareil. On utilise la bobine à gros fils et on se sert d'un graduateur pour faire varier l'intensité du courant.
Dans l'emploi de la faradisation une première règle générale consiste à n'administrer aux muscles qu'une dose d'électricité proportionnelle à leur degré d'excitabilité.
Une main doit rester libre pour la manœuvre du graduateur dont la place sera subordonnée k l'intensité des réactions obtenues. Les réophores doivent être maintenus à peu de distance l'un de l'autre sur les divers points du muscle et déplacés de façon à ce que toutes les parties malades reçoivent successivement l'influence faradique.
Duchenne n'avait recours que rarement à la faradi-
MÉDICATION nYPERCINÉTIQUE. 299
sation indirecte; il craignait de provoquer une hyperexcitabilité des nerfs. Ce procédé peut cependant intervenir quand les nerfs sont sains, comme complément de la faradisation directe, à la fm de la séance et pendant une durée courte.
Le même célèbre praticien a donné, en outre, comme règle de ne pas faradiser les muscles ' contracturés.
La faradisation par voie réflexe n'est indiquée que dans les paralysies dites dynamiques [siîie materia), accompagnées d'anesthésie plus ou moins complète (par ex. : paralysie hystérique, paralysie cardiaque, respiratoire). Nous en avons décrit le mode d'application à propos de la médication électrique de Tanesthésie.
La faradisation est surtout employée pour exciter les muscles extérieurs du squelette.
Elle peut, cependant, rendre également des services en cas de paralysie des réservoirs (^vessie) ou de l'intestin.
C'est ainsi que dans la constipation on peut pratiquer la faradisation en plaçant un conducteur dans le rectum et une plaque réophorique sur l'abdomen dans le voisinage de l'ombilic.