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NOTIONS ANATOMIQUES

Les voies d'excrétion des larmes, qui s'étendent du bord libre des paupières au méat inférieur des fosses nasales, étaient entièrement inconnues des anciens. Au xvie siècle, André Vésale, puisFallope et son élève Carcano (1561-1574), décrivirent les premiers la disposition anatomique de l'appareil excréteur des larmes.

Nous aurons à étudier successivement les points et les conduits lacrymaux, le sac lacrymal et le canal nasal.

Points lacrymaux. — Au nombre de deux, distingués en supérieur et en inférieur, les points lacrymaux se présentent sous la forme d'une saillie conique située à la partie interne du bord libre des paupières, vis-à-vis le repli semi-lunaire. En dedans de ces points, les bords palpébraux, dépourvus de cils, s'arrondissent pour constituer la commissure interne des paupières, que les anciens désignaient sous le nom de canthus.

TROISIÈME LEÇON. là

La direction des points lacrymaux n'est pas exactement verticale : leur sommet regarde légèrement en arrière ; de plus, dans l'occlusion des paupières, le point lacrymal supérieur se place en dedans de l'inférieur. Le diamètre de leur orifice est d'un quart de millimètre pour le supérieur, et d'un peu plus pour l'inférieur.

Conduits lacrymaux. — Les conduits qui succèdent aux points lacrymaux offrent une portion initiale dirigée verticalement, et une autre, horizontale, beaucoup plus étendue qui suit le bord libre de la paupière. La première de ces deux portions se présente sous la forme d'une ampoule ayant 2 millimètres et demi de hauteur. La seconde constitue un conduit cylindrique d'un millimètre de diamètre, qui se dirige obliquement de bas en haut pour la paupière inférieure, et de haut en bas pour la supérieure. L'obliquité en question est surtout prononcée pour le conduit supérieur, dont l'axe se rapproche beaucoup de celui du sac lacrymal. Cette disposition n'avait pas échappé à Anel lorsqu'il conseillait de pratiquer le cathétérisme du sac en pénétrant de préférence par le canalicule lacrymal supérieur. La longueur des conduits lacrymaux, variable avec les individus, est de 6 à 9 millimètres.

Les deux conduits lacrymaux, supérieur et inférieur, s'ouvrent dans le sac lacrymal par une embouchure commune, de 2 millimètres de diamètre, dépourvue de valvule. Cette disposition serait constante d'après Sappey, tandis que Huschke la considère comme exceptionnelle et ne se montrant que dans le septième des cas. Pour l'auteur allemand, les conduits restent généralement contigus et s'ouvrent isolément dans le sac. Qu'elle soit unique ou double, l'em-

bouchure des conduits se trouve située sur la paroi externe du sac, vers le tiers ou le quart supérieur de sa hauteur, et plus près de son bord postérieur que de l'antérieur.

L'axe du conduit lacrymal, au lieu d'être transversal, se dii •ige ainsi obliquement cV avant en arrière et de dehors en dedans. Cette disposition anatomique ne doit pas être perdue de vue lorsqu'on veut faire pénétrer un cathéter dans le sac sans s'exposer à une fausse route.

D'après la généralité des anatomistes, deux tuniques entrent essentiellement dans la structure des conduits lacrymaux: l'une, interne, muqueuse, n'est autre que la continuation de la conjonctive et possède comme elle un épithélium pavimenteux ; l'autre, externe, fibreuse, contient dans son épaisseur des fibres élastiques.

Pour Ch. Robin et Cadiat, {Journal de VÂnatomie et de la Physiologie de Ch. Robin, 1875, p. 487), ces conduits sont représentés par un cylindre creux à paroi unique, dont la face externe est directement contiguë aux faisceaux striés du muscle de Horner.

Telles sont les dispositions des points et conduits lacrymaux, généralement admises parles anatomistes. Une nouvelle description, très-remarquable par le soin et l'attention que l'auteur a apportés dans la constatation des moindres détails, vient d'être publiée dans les Arc hiv fur Ophthalmologie, vol. XXI, Abth. III, p. 1-13. —1875. Ce travail dû au docteur HeinrichHeinlein est intitulé : Zur makroshopischen Anatomie der Thrànenrdhrchen. L'auteur déclare avoir fait ses recherches sur des enfants en bas âge, ce dont il faut tenir compte à l'égard des dimensions qu'il a obtenues, pour ne pas appliquer ces données aux points et conduits chez

l'adulte. Nous allons présenter un résumé de ce travail, et, pour plus de clarté, nous reproduisons ici deux des figures qui s'y trouvent annexées.

L'auteur décrit successivement :

1° Les points lacrymaux ;

2° Les conduits, auxquels il distingue quatre portions.

Fie. 3 — Description des conduits lacrymaux (d'après Heinlcin).

a. Point lacrymal supérieur. — b. Portion verticale ou infundibulum.--c d'. Portion arquée. — (f d. Poition horizontalement inclinée.— e. Portion commune aux deux conduits. — /'. Sac lacrymal coupé obliquement. — h. Fibres de l'orbiculairc entourant les conduits.

1. Premier diverticulum. — 2. Second diverticulum. Glandes de Mcïbomius.

Les points lacrymaux sont situés sur la même ligne que les orifices des glandes de Meïbomius, dont ils se distinguent par leur diamètre plus considérable. L'orifice de la plus interne de ces glandes est séparé du point lacrymal par un espace de 1 millimètre. De la commissure interne des paupières au point lacrymal inférieur, la distance est de 6mm)5. De la même commissure au point lacrymal supérieur, la dis-

tance est de6mm. La papille lacrymale de la paupière supérieure est plus proéminente que celle de la paupière inférieure. Le diamètre de leur orifice est de 1/6 à 1/5 de millimètre.

La partie initiale du conduit a la forme d'un entonnoir renversé dont la base est tournée en haut pour le canalicule supérieur, et en bas pour l'inférieur. La longueur de cette partie, purement verticale, mesure 0rara,5, et sa largeur à la base 0mm,4.

La seconde portion des canalicules, dite arquée, est un segment de cercle de 4mm,5 de rayon. Le côté convexe de l'arc regarde, pour la paupière supérieure, en haut et en dehors ; pour l'inférieure, en bas et en dehors. La longueur de cette portion arquée mesure, de la base de l'entonnoir jusqu'à l'origine de la portion suivante, dite horizontalement inclinée, lmm,2; la corde qui sous-tend l'arc mesure 0mm,8. La portion arquée présente deux expansions ou enfoncemenLs diverticulaires. Le premier de ces diverticules, rapproché de l'infundibulum, est dirigé en dehors, tandis que le, second, qui avoisine la portion horizontalement inclinée, regarde directement en haut pour la paupière supérieure, et en bas pour la paupière inférieure. Le premier, généralement plus petit, se trouve confondu avec l'infundibulum. La lumière de la portion arquée mesure, au niveau du premier diverticulum, 0ram,6, dans le milieu 0mm,4, et au niveau du second diverticulum, 0mm,8. Ce dernier s'amoindrit insensiblement vers la portion horizontalement inclinée, où le diamètre du conduit arrive à ne pas dépasser 0"m,,3 à 0mm,4. Le second diverticulum a été bien décrit par Foltz (1), qui l'a placé à la

(1) Fôllz. Journal de physiologie, 1863. Recherches (Vanalotnic et de physiologie expérimentale.

jonction de ce qu'il appelle la première portion verticale, avec la deuxième portion horizontale du conduit. L'auteur considère l'existence et la disposition des diverticules comme constantes. Il dit que c'est sans doute cette disposition qui fit croire Hyrtl à la conformation spiroïde des conduits lacrymaux.

La partie la plus longue des conduits se trouve constituée par la portion dite horizontalement inclinée. Comme cette partie n'est pas exactement horizontale, mais qu'elle s'incline légèrement vers le sac lacrymal, le nom de portion horizontalement inclinée lui convient parfaitement. La limite externe de cette portion est bien indiquée par le second diverticule, bien qu'il ne soit pas rare de voir l'arc se prolonger au delà. La limite interne est établie par la jonction du conduit supérieur au conduit inférieur; et, dans les cas tout à fait exceptionnels, où le canal commun manque, cette portion s'étend jusqu'à l'embouchure du conduit dans le sac. La longueur de cette portion varie nécessairement suivant le point où les deux conduits se confondent en un seul. Dans ses préparations, l'auteur l'a trouvée comprise entre 2mm et 2mm,8. La lumière de cette partie est à peu près uniforme. Généralement plus étroite vers son extrémité externe et vers le milieu, elle s'élargit au voisinage du canal commun. D'après ses mesures, le diamètre de cette portion ne dépasse nulle part 0mm, 4, et ne descend pas audessous de 0n,m,3.

Avec Sappey (1), il admet que l'embouchure des deux conduits dans le sac ne se fait pas isolément; mais qu'il

(1) Sappey, Recherches sur les glandes des paupières. Gaz,, mèd., 1853.

existe une partie commune, de dimensions variables, qu'il appelle canal commun. Dans toutes les pièces qu'il a examinées, il n'a conservé qu'une fois du doute sur l'existence réelle de cette portion commune. Du reste, la partie latérale du sac s'évase toujours légèrement vers l'embouchure des conduits. Aussi certains observateurs ont pu considérer cette partie comme appartenant au sac, tandis que d'autres l'ont regardée comme la portion commune des conduits. Ainsi s'expliquent les divergences des auteurs à cet égard. La longueur du canal commun mesure, dans les pièces qu'il a étudiées, de 0mm,8 àlmm,°2; sa largeur, au niveau de la jonction des conduits, est égale à 0mm,6; il succède un léger étranglement, puis le canal s'élargit progressivement à mesure qu'on avance vers le sac.

Il y a des auteurs qui admettent l'existence, dans certaines parties des conduits, de replis muqueux qu'ils décrivent comme des valvules plus ou moins complètes. Selon ces auteurs on rencontrerait ces replis aussi bien à l'origine des conduits que dans la partie voisine du sac. D'après Foltz il y aurait une valvule près du second diverticulum : sa forme serait semi-lunaire et sa direction telle, que le bord libre regarderait en dedans tandis que le bord adhérent serait tourné en dehors vers l'infundibulum. Bochdaleck parle également d'une valvule située dans les conduits lacry-maux, au voisinage des points; elle aurait une forme annulaire comme un diaphragme et serait percée en son milieu.

L'orifice commun des conduits dans le sac est décrit par Foltz tantôt comme une fente verticale, tantôt comme une ouverture entourée d'un ourlet circulaire. Cette ouverture serait pourvue d'une valvule offrant, à la partie moyenne

de son bord libre, un nodule, que Foltz compare, avec Béraud, au nodule d'Arantius des valvules semi-lunaires de l'aorte. Les valvules décrites au niveau de la première portion des conduits n'existent certainement pas d'après l'auteur; mais il ne saurait se prononcer sur la présence d'un repli valvulaire à l'embouchure des conduits dans le sac, Sur toutes les coupes qu'il a faites, la muqueuse du sac offrait dans toute sa hauteur des replis, que l'on pouvait suivre jusque dans l'intérieur du canal nasal. L'auteur se demande si c'est là une disposition physiologique, ou bien ! l'effet des agents durcissants dont il s'est servi pour la préparation. Il ne peut dès lors nier absolument la présence pendant la vie, d'une valvule à l'embouchure des conduits' bien qu'il penche plutôt vers la négative. 11 ajoute que Foltz lui-même ne signale pas comme constante l'existence d'une valvule en ce point.

Les rapports des conduits avec le ligament palpébral interne sont tels, que ce ligament recouvre non-seulement leur partie commune, mais aussi le tiers interne de leur portion indépendante, là où ils sont contigus l'un à l'au tre. Tandis que ce ligament se trouve intimement uni avec la paroi antérieure du sac, son union devient lâche avec la portion canaliculaire commune, et plus lâche encore a 1 endroit où les conduits sont indépendants.

Parmi les différentes portions du muscle orbiculaire des parères, les seuls faisceaux qui se rendent aux conduits acrymaux sont : en premier lieu, ceux qui prennent inser-

ZcledfR derUngniS 0U kCrymaIe Prieure Onu scie de Horner, muscle du sac lacrymal, muscle tenseur

<les taises des auteurs); en second imu, ceux qui naissent

des parties latérales du ligament palpébral interne. L'auteur appelle, avec Henke, les faisceaux venant de la crête de l'unguis, muscle lacrymal postérieur, les faisceaux naissant sur le ligament palpébral interne, muscle lacrymal antérieur. Des fibres de ces deux muscles accompagnent les conduits lacrymaux. Celles qui s'insèrent à la crête de l'unguis sont plus nombreuses et se placent derrière les conduits, tandis que celles qui viennent du ligament palpébral interne recouvrent leur face antérieure. Parmi les faisceaux postérieurs, plusieurs se dirigent en avant, en passant au-dessus ; et au-dessous des conduits, pour se placer dans le plan du muscle lacrymal antérieur. Les conduits lacrymaux se trouvent ainsi entourés de toutes parts de fibres musculaires : en avant et en arrière ces fibres sont dirigées transversalement, tandis qu'au-dessus et au-dessous elles affectent une direction antéro-postérieure plus ou moins oblique. Ces . dernières fibres relient entre eux le muscle lacrymal anté- j rieur et le muscle lacrymal postérieur.

La disposition oblique de certaines fibres de l'orbiculaire palpébral à l'égard des canalicules explique comment une section longitudinale, non exactement parallèle à l'axe du conduit, peut faire croire à la présence de fibres circulaires. Mais en réalité il n'existe pas de semblables fibres, même dans les endroits où elles ont été signalées tout récemment; par Merkel. Cet auteur, en effet, prétend avoir rencontré , autour de l'orifice des canalicules, immédiatement sous les points lacrymaux, des tractus musculaires provenant de la bifurcation' des fibres transversales de l'orbiculaire, et disposés en anses. Il y aurait d'après cela un sphincter complet pouvant resserrer l'origine des conduits. Heinlein sej

refuse à admettre la présence de ce sphincter. Lorsqu'en effet on pratique, à l'aide du microtome, des sections verticales antéro-postérieures très-fines, passant par le point lacrymal et par la base de l'infundibulum, le prétendu anneau

Fig. 4.

a. Sac lacrymal. — b. Origine du conduit lacrymal. — c. Ligament palpébral «nterne.— d. Adhérence intime de ce ligament avec la paroi antérieure du sac. — e. Portion terminale du conduit lacrymal et fibres du muscle lacrymal antérieur. — f. Apophyse montante de l'os maxillaire supérieur. — g. Unguis. — h. Crète postérieure de cet os soudé en i par du cartilage, avec l'apophyse nasale du maxillaire, — kk. Cellules ethmoïdales. — /. Origine du muscle lacrymal postérieur, m. Fibres de ce muscle qui croisent le conduit pour se jeter •dans le muscle lacrymal antérieur.—?!. Artère angulaire. — o. Pelotons graisseux sous-cutanés.

musculaire ne se montre jamais complet. On le trouve interrompu particulièrement sur la paroi postérieure ou oculaire <les conduits. Ses préparations lui ont démontré, en outre, qu'il s'agit là de fibres transversales, dont l'action, loin de resserrer les canalicules, aurait pour effet de les élargir.

En récapitulant le résultat de ses recherches, Ileinlein a trouvé que les conduits offrent, chez les enfants, une longueur de 5 à G mill., pouvant aller à 7 et à 8 miU. chez les adultes. Verticaux dans une petite étendue, les conduits présentent une portion arquée, et deviennent ensuite horizontalement inclinés. Dans la portion arquée, il existe une petite expansion utriculaire à laquelle succède immédiatement une autre expansion plus développée. Grâce à la souplesse des parois, une traction de la paupière, exercée vers la commissure externe, permet de placer dans un même plan à peu près horizontal, aussi bien la portion arquée que la portion verticale des conduits. Cette manœuvre, tendant en même temps à effacer l'entrée des deux dépressions diverticulaires, facilite singulièrement le cathétérisme des conduits lacrymaux. La paroi externe des canalicules est entourée d'un manchon de fibres musculaires qui suivent, pour la plupart, la direction même de ces conduits.

Sac lacrymal. —Le sac, cavité intermédiaire aux conduits lacrymaux et au canal nasal, se trouve logé dans la gouttière lacrymale de l'unguis et de l'apophyse montante du maxillaire supérieur. 11 offre une direction légèrement oblique de haut en bas, de dedans en dehors, et d'arrière en avant. Sa forme est celle d'un cylindre aplati transversalement.

Ses dimensions ont été diversement évaluées par les auteurs: la longueur du sac mesurerait, d'après Arlt, 10 mill.; d'après Sappey, de 12 à 43, et d'après Weber, de 12 à 45; en additionnant ces chiffres, on arrive à une moyenne de 12 millimètres. Sa largeur serait, pour Arlt, égale h 4 mill. dans le sens antéro-postérieur, et à 2 mill. dans le sens transversal. Sappey et Weber, ne tenant pas compte de la

différence des deux diamètres antéro-postérieur et transversal, attribuent au sac une largeur uniforme qui, pour le premier de ces auteurs, mesure de 3 à 5 mill., tandis que pour Wèber elle est de 6 mill. En prenant, comme précédemment, la moyenne de ces évaluations différentes, on trouve que le diamètre moyen du sac est égal à un peu plus de 4 mill.

Les rapports du sac sont importants à connaître. La moitié supérieure de cette cavité est contiguë aux cellules ethmoïdales antérieures, tandis que la moitié inférieure correspond au méat moyen des fosses nasales. De là cette déduction opératoire, que, pour établir une communication artificielle entre le sac et les fosses nasales, il y a avantage à s'adresser de préférence à la moitié inférieure de la paroi interne du sac. On évite ainsi d'intéresser les cellules ethmoïdales antérieures, dont le système canaliculaire conduirait les larmes dans le sinus maxillaire, au lieu de leur permettre de s'écouler librement dans la fosse nasale correspondante.

Une fibro-muqueuse constitue essentiellement la paroi du sac. Celle-ci adhère moins aux os qu'aux diverses expansions fibreuses, qui, du muscle orbiculaire et de la capsule de Tenon, se portent sur le sac. Il n'est pas rare que, dans le cathétérisme des voies lacrymales, l'instrument, après avoir déchiré la muqueuse, décolle celle-ci de l'unguis et amène consécutivement des accidents d'ostéite et de nécrose; aussi ne saurait-on apporter trop de ménagements dans la pratique de cette opération.

La muqueuse offre des replis peu prononcés dont il sera ultérieurement question. Elle est recouverte d'un épithélium cylindrique, régulièrement stratifié. Cet épithélium est

d'après Manfredi (1), dépourvu de cils vibraliles, contrairement à l'opinion de Sappey et de Kôlliker, qui en admettent. Il existerait dans l'épaisseur delà muqueuse des giandules rudimentaires, auxquelles Béraud a fait jouer, comme nous le dirons plus tard, un rôle important dans le développement de la tumeur lacrymale. Ce sont là, pour cet auteur, des glandules folliculaires ou mucipares. A côté de celles-ci, il en admet d'autres d'une structure rameuse, qu'il considère comme analogues aux glandes de Meïbomius.

Ch. Robin et Cadiat {loco cit.) nient absolument que la muqueuse du sac possède des glandes d'aucune sorte.

Des artérioles nombreuses sont fournies au sac lacrymal par l'artère palpébrale inférieure et par le rameau interne de l'artère nasale. Les veinules se rendent dans les troncs veineux correspondants ; quant aux lymphatiques, on en ignore le trajet, bien que, d'après toutes les probabilités, le réseau lymphatique du sac doive se confondre avec celui de la pituitaire. Les nerfs viennent du rameau externe du nasal, branche de bifurcation de l'ophthalmique de Willis.

Canal nasal. — Le canal nasal, continuation du sac lacrymal, s'étend depuis le rebord orbitaire jusqu'au méat inférieur des fosses nasales. Sa direction est oblique de haut en bas, de dedans en dehors, et aussi d'avant en arrière. De là il résulte que ce canal offre une double inclinaison, l'une transversale et l'autre antéro-postérieure . La première se trouve assez bien représentée par une ligne fictive, qui, partant du plan médian du front, à 3 centimètres au-dessus de la racine du nez, passe par le milieu du ligament palpébral interne, et aboutit à l'intervalle qui sépare la dent canine

(1) Manfredi, Journal de l'Académie de Turin, 1871.

de l'incisive latérale supérieure. La seconde inclinaison, dirigée, ainsi qu'il a été dit, d'avant en arrière, fait que le canal nasal aboutit à la jonction du quart antérieur avec les trois-quarts postérieurs du méat inférieur des fosses nasales, et qu'une distance de 27 mill. sépare son embouchure de l'extrémité postérieure de la narine. C'est là un détail anatomique dont il sera bon de se rappeler, lorsqu'on pratiquera le cathétérisme rétrograde du canal nasal, par le procédé dit de Laforest.

L'obliquité du canal nasal sur le plan médian de la face, offre des variétés suivant les individus et les races. Pouteau qui, le premier, en fit la remarque, a noté que chez les individus à nez camus, l'axe de ce canal s'écarte davantage du plan médian.

Indépendamment de sa direction oblique, le canal nasal offre une courbure à convexité antéro-externe, qui explique comment le cathétérisme devient plus facile, en se servant d'instruments légèrement recourbés, suivant leur longueur.

La forme du canal nasal est cylindrique; seul, son orifice supérieur est ellipsoïde : le grand axe de l'ellipse, dirigé obliquement en avant et en dehors, mesure 1 mill. de plus que le petit axe. Aussi, lorsqu'il s'agit de faire pénétrer dans le canal la lame d'un bistouri, d'après le procédé dit de Dupuytren, le tranchant du couteau doit être dirigé, non pas transversalement, mais bien obliquement, en avant et en dehors, suivant la partie la plus large du canal.

L'orifice inférieur du canal nasal s'ouvre, ainsi que nous l'avons dit, dans le méat inférieur. Tantôt son embouchure occupe le sommet du méat ; d'autres fois, au contraire, elle

se trouve à 3 ou 4 mill. plus bas. Sa largeur, variable suivant les cas, est d'aulant plus grande que l'orifice est placé plus haut dans le méat. Par contre, lorsque l'ouverture se fait près du plancher des fosses nasales, l'orifice est tellement étroit, qu'il est arrivé à Sappey de ne pouvoir le découvrir qu'en injectant du mercure de haut en bas dans le conduit lacrymo-nasal ; il est évident que, dans ce cas, le stylet explorateur n'arriverait dans les fosses nasales que par déchirure de la muqueuse.

La connaissance des dimensions du canal nasal nous intéresse au plus haut point pour le cathétérisme de ce conduit. Sa longueur varierait, d'après Arlt, de 40 à 16 mill. ; de 12 à 15 d'après Sappey, et de 10 à 12 d'après Weber. Le diamètre serait de 1 mill. 1/2 à 2 1/2 pour Arlt; de 2,5 à 4 pour Sappey, et de 3 à à pour Weber ; ce qui nous donne, comme moyenne, 12 mill. et demi pour la longueur, et près de 3 mill. pour le diamètre. La partie la plus rétrécie correspond à l'orifice supérieur, c'est-à-dire au point de jonction du canal nasal avec le sac lacrymal.

D'après Serres, le canal serait généralement plus étroit à gauche qu'à droite, et l'on a fait valoir cette particularité pour expliquer la plus grande fréquence de la fistule lacrymale à gauche. Certaines conformations de la tête influeraient également sur les diamètres de ce conduit. On admet que, chez les individus qui ont le nez aplati et les pommettes larges, le canal nasal offre une plus grande étroitesse. La même chose aurait lieu chez les individus à grand nez, fortement arqué, et en particulier chez les Israélites, qui, d'après Arlt et de Wccker seraient, à cause de cela, particulièrement exposés à la dacryocystite. Les dimensions du

canal nasal ne sont toutefois qu'un des éléments de la question, et il faut également tenir compte du tempérament scrofuleux, propre à certains individus et à certaines races. Cette cause nous semble même jouer ici un rôle prépondérant.

Les rapports du canal nasal sont les suivants : en avant, ce canal correspond à l'apophyse montante du maxillaire supérieur; en dehors, au sinus maxillaire, dont il n'est séparé que par une lamelle osseuse mince, -facile à traverser. C'est sans doute en se fondant sur ce rapport, qu'on a eu l'idée d'établir, dans le cas d'atrésie de ce canal, une communication artificielle entre le canal nasal et le sinus. En dedans , le canal nasal correspond successivement, au méat moyen, dont il est séparé par la double apophyse unciforme de l'ethmoïde et du cornet inférieur ; et plus bas au méat inférieur. Au niveau de ce dernier, le tissu osseux fait défaut, et un simple repli muqueux, variable dans sa hauteur, constitue la paroi interne du canal. C'est à ce repli muqueux, considéré comme une valvule, que Blanqui a attaché son nom ; il a été également décrit par Taillefer, Vésignié et Cruveilhier. En réalité, il s'agit là moins d'une valvule que de la paroi muqueuse du canal, offrant, comme on sait, une fente verticale plus ou moins allongée.

Au point de vue de la structure, le canal nasal est constitué, comme le sac, par une lïbro-muqueuse pourvue de glandules, que Béraud a distinguées en deux espèces : les unes mucipares, et les autres meïbomiennes.

Pour Ch. Robin et Cadiat (loco cit.), il n'y a pas plus de glandes ici que pour le sac. En outre, les deux auteurs que nous venons de citer nient que la mu-

quctise se confonde au périoste. Pour eux, partout où la muqueuse du canal et même celle du sac sont en contact avec les os, il existe une couche de tissu cellulaire qui sépare la muqueuse du périoste sous-jacent. De nombreuses veinules rampent dans l'épaisseur de cette couche celluleuse, et lui donnent l'aspect d'un tissu caverneux.

L'épithélium, qui recouvre la muqueuse, est cylindrique, stratifié ; d'après Manfredi, il serait dépourvu de cils vibratiles, sauf à l'embouchure du canal nasal, dans le méat inférieur. De nombreux vaisseaux se distribuent dans l'épaisseur de cette membrane; aussi saigne-t-elle facilement lorsqu'on pratique le cathétérisme du canal. Des filets nerveux lui sont fournis par le dentaire supérieur et antérieur, branche du maxillaire supérieur, et par le filet externe du rameau nasal de la branche ophthalmique de Willis. Vers la partie inférieure du canal nasal, entre la muqueuse et les os, existe un tissu d'aspect caverneux qui a été bien décrit par Maïer (voy. la seconde édition de Kôlliker, 1871), par Henle, Stellwag von Carion, et surtout par Stilling.

Un point important de l'anatomie topographique de cette région consiste dans la présence d'un tubercule osseux placé au pourtour de l'orbite, vis-à-vis l'orifice supérieur du canal nasal. C'est derrière ce tubercule que se trouve la lèvre antérieure de la gouttière lacrymale, qui constitue le véritable point de repère, lorsqu'il s'agit de plonger, dans le sac et le canal nasal, un bistouri à la façon de Dupuytren. On évitera donc de se laisser guider par le tubercule placé en avant de cette lèvre, si l'on veut ne pas courir le risque de plonger le bistouri dans les parties molles de la joue, ainsi que cela est arrivé à plusieurs opérateurs. De même, il ne faudrait pas

prendre ce tubercule pour une exostose des voies lacrymales, erreur qui a été parfois commise.

Il nous reste à parler des valvules du sac lacrymal et du canal nasal, au sujet desquelles tous les anatomistes sont

loin d'être d'accord.

Nous avons dit précédemment que la valvule de Blanqui, connue également sous le nom de valvule de Cruveilhier (1), et à laquelle on a voulu l'aire jouer un rôle dans l'occlusion de l'orifice inférieur du canal nasal, ne constituait pas pour nous une véritable valvule.— Dans l'intérieur du sac, à l'endroit où les conduits lacrymaux s'ouvrent par un canal commun, on observe assez souvent un repli semi-lunaire dont la concavité, dirigée obliquement en haut et en dehors, regarde l'embouchure commune des deux conduits. Ce petit repli, qui porte le nom peut-être impropre de valvule de Huschke, se trouve très-bien décrit par cet auteur dans son Encyclopédie anatomique (t. V, p. 594-). Ce serait d'après lui une disposition presque constante (90 fois sur 100). — Les auteurs s'accordent également pour admettre l'existence d'une valvule, appelée valvule de Béraud (2), située au niveau de ia jonction du sac et du canal nasal. Ce repli, la plupart du temps semi-lunaire, parfois circulaire, se trouve à la partie externe de l'orifice supérieur du canal nasal, et offre une concavité supérieure qui regarde le sac. — Enfin, Taillefer (Thèse de Paris, 1826) a signalé, vers la partie moyenne du canal, un repli semi-lunaire à concavité inférieure, qui offrirait de grandes variétés, et dont l'existence

(1) Anat. descr . Org. des sens.

(-2) Bulletin de la Société de biologie, 1851 .

serait môme exceptionnelle, puisque Béraud dit ne l'avoir rencontré que 6 fois sur 100.

En résumé, de tous les replis valvulaires en question, ceux qui paraissent le plus constants sont la petite valvule de Huschke et la valvule de Béraud. — Cette dernière a surtout une importance pratique, vu que, étant située à la jonction du sac et du canal nasal, c'est-à-dire à la partie la plus étroite du conduit lacrymo-nasal, elle peut opposer un obstacle réel au passage du cathéter à travers ce conduit. — Ajoutons, d'ailleurs, que la plupart des replis valvulaires intérieurs sont généralement peu apparents, au point que Sappey leur refuse même le nom de valvules, et que Morgagni, Blanqui et Vésignié ont cru devoir les passer sous silence.

Pour terminer ce qui a trait à l'anatomie des voies d'excrétion des larmes, nous aurons à mentionner succinctement la disposition du muscle orbiculaire.

Weber, qui en a donné une bonne description, après Arlt, distingue k ce muscle quatre portions, qui sont : 1° la portion orbilaire, en rapport avec le pourtour de l'orbite, formée par les fibres les plus excentriques; 2° la portion palpébrale ou lacrymale antérieure, séparée en deux parties, l'une supérieure, l'autre inférieure, par le ligament palpébral interne ou, tendon de l'orbiculaire ; 3° le muscle dé Homer ou portion lacrymale postérieure, dont l'insertion fixe se fait à la crête de Punguis : après avoir contourné la paroi orbitaire du sac lacrymal, les fibres de cette portion de l'orbiculaire se divisent en deux chefs, l'un destiné à la paupière supérieure, l'autre à la paupière inférieure; chacune de ces divisions vient contourner la paroi postérieure et supérieure des

conduite lacrymaux, et dans le voisinage du point lacrymal correspondant elle forme des anses qui s'entre-croisent avec celles fournies par la portion lacrymale antérieure; A0 la portion cil in ire ou muscle Albini, appelée encore muscle sub-tarsal ou ciliaire de Riolan. Cette portion est constituée par des fibres très-pâles, situées au devant des cartilages tarses, et qui s'étendent, sous forme d'arcades concentriques, des conduits lacrymaux à la commissure externe des paupières : de ces fibres, les plus inférieures sont les plus courtes et les moins distinctes. — Nous allons voir, en parlant de la physiologie, quel est le rôle dévolu à chaque portion du muscle orbiculaire.

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