ÔS PHYSIOLOGIE DE L'APPAREIL EXCRÉTEUR DES LARMES
C'est à cette théorie que se rattaché Dcmtscbensco. Mais, ainsi que le font observer Giraud-Teulon et Rava, cette action musculaire ne saurait être appliquée au mécanisme de tous les instants. Lors du clignement physiologique des paupières, celles-ci, nous l'avons dit, n'arrivent qu'exceptionnellement au contact, et l'on ne saurait concevoir comment, dans de telles conditions, les larmes parviendraient dans le sac, plutôt que de refluer au dehors.
Une quatrième théorie, qui jouit d'une plus grande faveur que les précédentes, consiste à admettre la dilatation active du sac, dans lequel il se ferait un véritable vide pneumatique sous l'influence de la contraction de l'orbiculaire. Weber a combattu cette théorie, en se fondant sur l'expérience suivante : il introduit un manomètre très-sensible dans l'un des conduits lacrymaux, et invite le sujet à contracter son muscle orbiculaire, ou électrise alternativement la portion supérieure et la portion inférieure de ce muscle. Il constate alors que le niveau de la colonne manométrique n'éprouve aucun changement; d'où il conclut que la contraction de l'orbiculaire ne fait nullement varier la capacité du sac L'auteur allemand va même jusqu'à nier toute influence de l'orbiculaire sur le cours des larmes. Il est vrai au'Arlt a élevé quelques doutes sur la valeur de ces expériences, mais toujours est-il que la théorie de l'aspiration par dilatation active du sac attend encore sa démonstration expérimentale. Giraud-Teulon pense qu'un certain degré de dilatation du sac lacrymal résulte du déplacement en avant du ligament palpébral interne et du redressement du muscle de llorner, au moment où l'orbiculaire se contracte; mais d ajoute que cette action est très-limitée, et ne saurait suffir
QUATRIÈME LEÇON. fiO
pour expliquer la pénétration des larmes dans le sac.
Une observation journalière qui, à elle seule, renverse la théorie du vide pneumatique, consiste en ce fait que, malgré l'existence d'un large trou fistuleux du sac, les larmes ne sont pas moins absorbées, au point de remplir leur réservoir naturel et de venir s'écouler goutte à goutte par l'orifice fistuleux. Le professeur Richet, qui, comme on sait, est partisan de l'aspiration pneumatique du sac lacrymal, objecte qu'en pareil cas le trajet souvent oblique de la fistule constitue une espèce de soupape, s'opposant à l'introduction de l'air dans le sac. Pour y répondre, il nous suffira de dire que, dans le cas de perforation directe des parois du sac, alors même que l'air peut entrer et sortir avec la plus grande facilité, un larmoiement continu s'établit par la fistule. Il y a plus, nous avons placé dans le trajet fistuleux de petites canules métalliques, et le sac ne continuait pas moins à recevoir des larmes, qui s'écoulaient au dehors à travers la petite canule.
Un homme, qui est actuellement dans le service, offre une double fistule lacrymale. Le trajet fistuleux, du côté gauche, est entièrement organisé et assez large pour laisser voir directement un stylet Bowman, introduit dans le sac par le conduit lacrymal supérieur. Il serait impossible d'avancer qu'ici la communication n'est pas directe, et pourtant nous voyons, chez ce malade, des larmes s'échapper par l'orifice fistuleux d'une façon continue; c'est même à cause de cette incommodité très-gênante que cet homme a demandé son admission à l'hôpital.
De l'examen des théories qui précèdent et de la discussion dans laquelle nous sommes entré, il résulte clairement,
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croyons-nous, que les hypothèses fondées sur le jeu du muscle orbiculaire (propulsion, dilatation active du sac), sur l'absorption propre aux points lacrymaux et sur la théorie physique du siphon, invoquées tour à tour pour expliquer la pénétration des larmes dans le sac, doivent . être considérées comme tout à fait insuffisantes.
La capillarité, au contraire, peut à elle seule rendre compte du passage des larmes à travers les conduits jusque dans le sac lacrymal. En admettant l'influence de cette force physique, il importe peu que les canalicules soient intacts ou qu'ils soient fendus dans toute leur longueur; de même, son action n'en continuera pas moins a s'exercer, que le sac lacrymal soit le siège d'un trajet fistuleux oblique ou direct, ou que le canal nasal lui-même soit obstrué ou complètement oblitéré.
Il se peut que la contraction du muscle orbiculaire, à chaque clignement des paupières, entre pour quelque chose dans le refoulement du liquide vers le sac; mais cette action est, nous l'avons dit, peu active. Ce muscle nous semble intervenir principalement pour appliquer fortement les points lacrymaux contre le lac lacrymal. Aussi, lorsque le muscle orbiculaire est paralysé ou relâché (atonie sénile), on observe réversion des points lacrymaux, et, consécutivement, de l'épiphora dû à la non-pénétration des larmes dans le sac.
Nous venons de voir comment les larmes s'acheminent vers les points lacrymaux, et quelles sont les forces qui semblent présider à la pénétration de ce liquide jusque dans l'intérieur du canal lacrymo-nasal. 11 nous reste, maintenant, à rechercher en vertu de quelles conditions le liquide la-
crymal se trouve mis en mouvement. Il ne faut pas, en effet, oublier que la capillarité, loin d'être une cause accélératrice de l'écoulement des liquides, devient au contraire un obstacle réel à leur passage à travers des tubes très-étroits. Il résulte, en outre, des belles expériences de Weber, que l'élargissement physiologique du canal lacrymo-nasal à l'endroit du sac, et la présence habituelle d'une certaine quantité de mucus dans l'intérieur de cette cavité constituent deux nouvelles causes retardatrices de l'écoulement des larmes. ,
Ecoulement des larmes à travers le canal lacrymo-nasal. — L'action du muscle de Horner nous semble devoir être invoquée ici comme une cause accélératrice de l'écoulement. En effet, ce muscle s'insérant à la crête de l'unguis, contourne, à la manière d'une sangle, le côté postéro-externe du sac pour venir s'attacher, par deux chefs distincts, autour des conduits lacrymaux. Lorsqu'il entre en contraction, il doit avoir pour effet de comprimer légèrement le sac de dehors en dedans, contre la gouttière de l'unguis, et de contribuer à en exprimer le contenu. Comme ce dernier ne peut refluer par en haut, à cause de la présence de la valvule de Huschke, il se trouve dirigé naturellement vers le canal nasal, d'où il s'écoule dans le nez.
Nous reconnaissons, toutefois, que cette action musculaiiu serait insuffisante, à elle seule, pour expliquer la progression des larmes, et nous en dirons autant de la pesanteur, qui se trouve forcément contrariée dans son action par la capillarité. Aeussi faut-il faire intervenir ici une autre force accélératrice importante, Y évapora lion, admise par la plupart, des physiologistes. Celle-ci se trouve d'ailleurs singulièrement