DRAINAGE DE L'ŒIL
lourcux et souvent préjudiciable à l'autre œil, à cause de l'ophlhalmie sympathique à laquelle il donnait naissance, fut abandonné. Il y a deux ans, Feuer a cherché à le tirer du discrédit dans lequel il était justement tombé, en plaçant le fil en arrière, le plus loin possible du corps ciliaire, et en ne le laissant pas séjourner dans l'œil plus de 5 h 34 heures au maximum. Grâce à cette modification rationnelle du procédé primitif, Feuer est arrivé à supprimer les principaux dangers de la méthode, c'est-à-dire une inflammation trop vive de l'œil opéré et les craintes d'une ophthalmie sympathique de l'autre œil.
De Wecker a pensé de son côté que si l'on remplaçait le fil de soie par un fil d'or très-fin, inoxydable, celui-ci serait mieux supporté, et que l'on obtiendrait ici une déplélion et la détente du globe, en ne provoquant que très-peu ou même pas d'inflammation. Les premières applications du drainage de Vœil, ainsi que Wecker appelle cette méthode, furent faites pour des décollements rétiniens; c'est plus lard qu'il eut l'idée d'en étendre l'emploi au glaucome et à l'hydrophthalmie. Son but, dans le décollement de la rétine, est d'établir une filtration du liquide albuminoïde sous-rétinien en dehors de la coque oculaire; mais il avoue lui-même (1) qu'on peut échouer dans un certain nombre de cas, sans qu'on puisse dire pourquoi.
Les règles à suivre dans cette opération ne lui paraissent pas non plus bien arrêtées. Voici en eff'et ce qu'il dit : « Quoique l'opération ait été déjà actuellement exécutée dans une trentaine de cas, je ne suis encore bien fixé ni sur la largeur qu'il convient de donner au pont que doit com-
(1) Masselon, FragmenlH û'ophlhalmologie, in Annales d'uculislique,
t. Lx.wH, p. m-m.
PANAS, j3
prendre le drain, et que l'on fait varier entre 5 et 10 millimètres, ni sur la manière de coaptcr le drain relativement à la coque oculaire. »
Qu'il nous soit permis d'ajouter à ces remarques les doutes que nous suggère la méthode, tant au point de vue de son eflicacité que de sa constante innocuité. Pour ce qui est relatif au premier point, de deux choses l'une : ou bien le fil passe derrière la rétine décollée, et dans ce cas, pour peu qu'il soit tendu, il doit empêcher la rétine de se réaccoler, au lieu de faciliter sa réapplication, et vraiment il nous serait bien difficile de faire suivre exactement au fil la concavité de l'hémisphère postérieur de l'œil; ou bien le fil passe surtout en plein corps vitré, c'est-à-dire au-devant de la rétine décollée, et alors nous nous demandons comment ce fil, qui diminue continuellement la masse du corps vitré, véritable soutien de la rétine à l'état normal, peut devenir un agent de réaccolement de cette membrane à la choroïde sous-jacente. On nous dira peut-être que, dans ces conditions nouvelles, il s'établit un courant exosmotique de la poche liquide sous-rétinienne vers le corps hyaloïde. Mais les expériences de Rachmann, citées plus haut, prouvent que la rétine, comme toutes les membranes organiques, a bien peu de tendance à laisser transsuder des liquides albumineux comme l'est le liquide de la poche sous-rétinienne^ En outre, qui nous garantit qu'un corps étranger métallique, si fin qu'on le suppose, plongé et séjournant dans le corps vitré, ne déterminera pas une irritation avec prolifération cellulaire de ce corps, aboutissant tôt ou tard à la rétraction cicatricielle de ce tissu et devant enraînercomme conséquence une exagération du décollement»
Des faits nombreux, suivis d'une guérison définitive,
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pourraient seuls répondre victorieusement aux incertitudes de la méthode en môme temps qu'ils serviraient à faire disparaître les doutes légitimes que soulève actuellement la théorie sur laquelle est fondé ce mode de traitement.
Quant au second point, celui de l'innocuité absolue du drainage, en admettant que les choses puissent se passer simplement même après un séjour très- prolongé du drain, il n'en est pas moins vrai que cette règle ne peut avoir rien d'absolu. Pour notre compte, nous nous rappelons entre autres un jeune homme atteint d'un double décollement de la rétine et chez lequel le meilleur œil, le gauche, ayant subi l'opération du drainage, perdit en peu de jours toute fonction visuelle, en même temps qu'il devenait rouge, douloureux, inéclairable et manifestement plus dur que l'œil droit. Le nom de l'opérateur ne permet pas d'objecter que cette opération n'avait pas été exécutée suivant les règles voulues.
Ces réserves faites, nous passons à la description du procédé opératoire de Wecker, telle qu'elle est donnée par /gon chef de clinique, le docteur Masselon.
« On peut diviser l'opération en trois temps.
l"" TEMPS. — Application du fil. — L'écarteur ayant été appliqué et l'œil dirigé aussi fortement que possible en haut (car c'est généralement à la partie la plus déclivé que le drain est placé), on saisit tout près de la cornée, en bas et en dehors, les tissus conjonctival et sous-conjonctival à l'aide d'une pince à fixation, afin de forcer l'œil à se porter encore davantage en haut et de le maintenir dans cette position. On introduit alors l'aiguille entre les muscles droit inférieur et droit externe, aussi près que possible de l'équa-
leur, en prenant sur l'aiguille à peu près un cenlimèlre de sclérotique. La pointe de l'aiguille étant venue ressortir à travers la conjonctive, que l'on a parfois un peu de peine à percer parce qu'elle se laisse aisément décoller et soulever par l'aiguille, on dépose la pince à fixation, et l'œil se trouve ainsi très-solidement fixé sur l'aiguille elle-même. On saisit alors la pointe de l'aiguille, soit avec les doigts, soit avec le porte-aiguille, et en même temps qu'on attire l'aiguille en dehors, on maintient immobile l'extrémité du double fil d'or; celui-ci demeure ainsi seul dans l'œil, de manière à faire une saillie sensiblement égale à partir des points de ponction et de contre-ponction.
2° TEMPS. — Entre-croisement du fil. — On saisit ensuite les extrémités du fil avec précaution, pour éviter toute traction fâcheuse, et on les entre-croise au-devant du pont sclérotical traversé par le tll, de manière à former une anse immédiatement appliquée sur le globe oculaire, mais ne tiraillant pas trop le pont de sclérotique. Cet entre-croisement une fois opéré, on applique latéralement sur le point d'entre-croisement des fils, c'est-à-dire suivant une direction fournie par les points de ponction et de contre-ponction, la petite pince à ressort qui peut ensuite être abandonnée à elle-même. Il est très-important, pour ce temps de l'opération, que l'on n'applique pas la petite pince de façon que les branches soient placées d'avant en arrière, mais bien de côté, de sorte que l'une des branches soit en haut et l'autre en bas, sur le point d'entre-croisement des doubles fils.
3' TEMPS. — Torsion du fil. — Il ne reste plus, pour terminer l'opération, qu'à saisir entre les mors de la pince à torsion les extrémités du double fil groupées ensemble, et