RÉTINITE ALBUMINURIQUE
peuvent faire complètement défaut, ainsi que le prouve la guérison définitive de l'albuminurie et de la rétinite dans certains cas liés à la grossesse ou à la scarlatine.
Au point de vue auquel nous nous plaçons, celui de la pathogénie de la rétinite albuminurique, nous croyons devoir classer les causes en deux ordres, à savoir :
i" Rétinites par modifications hémato- dynamiques ou hémato-chimiques du liquide en circulation. Cette classe est la moins nombreuse.
5° Rétinites par altération des parois vasculaires consécutives à l'albuminurie. Cette classe embrasse le plus grand nombre des faits.
Nous y ajouterons, pour l'albuminurie de la grossesse, une troisième cause, signalée par le professeur Péter dans ses leçons sur les maladies puerpérales (1), c'est l'augmentation de la masse du sang qui existe dans la grossesse, avec ou sans altération dans le nombre des globules, et par suite l'augmentation de la tension du sang contre les parois des vaisseaux.
Les lésions du cœur ont été considérées à tort comme le lien obligé entre l'albuminurie rénale et la rétinite albuminurique; mais étant donnée Taltération des parois vasculaires et la dyscrasie sanguine, toute exagération de la force d'impulsion du cœur (hypertrophie) et toute gêne de la circulation veineuse en retour (altération graisseuse du cœur) ne peuvent que favoriser les ruptures vasculaires, en même temps que les transsudations séro-albumineuses au travers des capillaires. D'après Cornil (2), près des deux cinquièmes
(1) Voir France médicale, 1874. et 1875.
(2) Cornil, Des différentes espèces de néphrite, tlicse de concours, Paris, 1869, p. 112.
des individus morts de néphrile albumineuse ont offert des lésions cardiaques. En un mot, les lésions cardiaques qu'on rencontre dans l'albuminurie ne sont pas, croyons-nous, une condition obligée du développement de la rétinite, mais simplement une condition fâcheuse qui joue le rôle de cause occasionnelle efficace. C'est pourquoi l'on rencontre des cas assez nombreux de rétinite albuminurique sans affection cardiaque, et d'autre part des malades atteints d'affection cardiaque et d'albuminurie qui ne présentent jamais de rétinite.
La rétinite albuminurique s'observe assez souvent dans la grossesse et dans la scarlatine : aussi nous devons nous y arrrêter un instant.
V albuminurie gravidique elV<imh\yoT^ie qui l'accompagne étaient déjà connues lorsque l'ophthalmoscope est venu démontrer qu'il s'agissait là encore d'une rétinite analogue à celle que l'on rencontre dans la maladie de Bright. Rechercher en pareil cas les causes de l'albuminurie, c'est établir en même temps l'évolution pathogénique de la rétinite qui l'accompagne.
Il résulte de beaucoup d'observations bien prises, que l'albuminurie gravidaire se montre de préférence dans les derniers mois de la grossesse, lorsque l'utérus a acquis un volume notable. Ce fait porte à penser que les troubles mécaniques ou par compression de la circulation rénale jouent un rôle manifeste dans la production de cette albuminurie; Nous devons faire intervenir également la modification de la composition du sang de la mère par le fait de la gestation, et aussi l'augmentation de la masse sanguine. On sait que l'urine des femmes enceintes contient sotivent non-seu-
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lement de l'albumine, mais aussi du sucre; de plus, l'urée peut s'y rencontrer en moindre quantité, parfois même l'urée s'accumule dans le sang et provoque des accidents éclamptiques graves ou qui ne cessent qu'avec l'expulsion du fœtus. On ne peut nier qu'un sang privé d'une partie de son albumine et offrant une surcharge de glycose et d'urée n'ait perdu sa composition et ses propriétés normales, et qu'il ne soit devenu plus apte à transsuder à travers les parois des capillaires.
De plus. Liégeois a noté chez les femmes enceintes une hypertrophie temporaire du cœur, avec augmentation du volume et du poids de l'organe, ce qui porte à admettre chez elles une augmentation de la vis a tergo et, partant, de la tension artérielle. D'autre part la circulation veineuse en retour est elle-même gênée par un obstacle mécanique. On retrouve donc pour l'albuminurie des femmes enceintes toutes les causes que nous avons précédemment signalées. La rétinite gravidique reconnaît la même étiologie, ainsi que le prouve, entre autres exemples, le cas de la femme observée par Lilzraann (Mackenzie), chez laquelle neuf grossesses consécutives furent compliquées d'urémie et de troubles visuels.
Pour nous, qui admettons l'altération du sang des femmes enceintes comme l'une des causes de leur albuminurie, il ne nous est pas difficile de comprendre pourquoi celle-ci peut se montrer, quoique moins souvent, au début de la gestation, alors que la compression exercée par l'utérus ne peut être mise en cause, aussi bien qu'après la parlurition.
Dans l'albuminurie des femmes enceintes, on ne trouve pas de lésion vasculaire; c'est pourquoi, dans bon nombrô
de ces cas, la rélinilc peut guérir sans laisser de traces; c'est pourquoi encore les apoplexies sont ici moins abondantes et peuvent faire complètement défaut.
Ce qui vient d'ôtre dit de l'altération chimique du sang dans la grossesse s'applique exactement à certaines pyrexies et surtout à la scarlatine. Tout ce que nous avons à ajouter au sujet de cette dernière affection, c'est que, bien que l'albuminurie scarlatineuse s'accompagne généralement d'anasarque, on connaît des cas d'albuminurie sans anasarque et d'anasarque sans albuminurie. Il est important de se rappeler ces faits pour ne pas émettre de doutes sur l'origine scarlatineuse de certaines rétinites; la rètinite est d'ailleurs beaucoup moins commune dîms la scarlatine que dans la grossesse.
Signes ophthalmoscopiques de la rètinite alhuminurique en général. — Les signes objectifs importants que révèle l'ophthalmoscope doivent être étudiés dans les différentes parties de la rétine et au niveau de la papille optique. En règle générale, toutes les lésions propres à la rètinite albuminurique siègent au pôle postérieur de l'œil, autrement dit dans la région traversée par les vaisseaux les plus gros et les plus nombreux.
Eu égard aux différentes couches qui composent la rétine, les lésions occupent d'abord la couche des fibres optiques qui est également la couche des troncs vasculaires, et en second lieu les couches externes de cette membrane.
D'après cela, le premier signe qui frappe l'observateur est un gonflement avec aspect nuageux de la papille optique dont les bords deviennent indistincts. Une coloration rose ou gris rougeâtre envahit la totalité du disque optique dont