FORMES DE LA NÉVRITE OPTIQUE
être de même nature que l'œdème cérébral qu'on observe dans les mômes conditions et produit par une gêne de la circulation lymphatique. »
Benedikt (1), frappé, comme d'autres auteurs, de la variabilité et de l'inconstance des troubles circulatoires et nutritifs du nerf optique dans les affections de l'encéphale, a cherché à s'en rendre compte d'une autre façon. Rejetant l'idée d'une névrite par stase ou par migration, il attribue les troubles circulatoires de l'œil à une névrose du grand sympathique, c'est-à-dire à une paralysie vaso-motrice qui peut disparaître ou bien aboutir, tôt ou tard, à des lésions trophiques du nerf optique et de la rétine. Comme Grœfe, il fait intervenir, dans la production de ces altérations trophiques, l'étranglement du nerf par l'orifice sclérotidien. Il croit trouver la confirmation de son hypothèse non-seulement dans la variabilité même des phénomènes congestifs qui accompagnent ordinairement les lésions du cerveau, mais aussi dans les résultats heureux fournis par l'électrisation du sympathique. Tout ingénieuses qu'elles soient, ces idées nous paraissent exiger de nouvelles recherches.
Formes de la maladie. — Tous les auteurs, depuis Grsefe, admettent que la maladie peut se présenter à l'ophthalmoscope sous deux formes différentes. Tantôt les lésions se bornent à la papille du nerf optique et s'étendent peu au delà : c'est la névrite optique proprement dite. Tantôt elles envahissent en même temps les parties voisines de la rétine, dans ses couches les plus profondes, et l'on a affaire à une névro-rétinite.
On conçoit qu'entre ces deux types il puisse y avoir des
(1) Benedickt, Ekclrotherapie, Wien, 1868, p. 253.
intermédiaires, cL il ne sera pas toujours facile de dire si l'on a aiïairc à l'une plutôt qu'à l'autre de ces deux variétés.
Névrite optique. — Au début et dans les formes légères de la maladie, on observe une dilatation des veines devenues tortueuses et un gonflement considérable de la papille. Celleci présente en outre une coloration rouge, souvent radiée, et qui est due à la distension des petits vaisseaux propres du disque optique. Les artères n'ayant pas subi d'augmentation de volume notable, paraissent petites en comparaison des veines. Ces dernières apparaissent comme interrompues par places, parce qu'elles sont inégalement recouvertes, sur les divers points de leur étendue, par le tissu gonflé de la papille. Cela simule parfois à s'y méprendre des apoplexies qui d'ailleurs peuvent coexister avec l'état flexueux et variqueux des veines.
Les bords de la papille sont plus ou moins effacés et comme striés de blanc par suite du gonflement des fibres optiques. Ce gonflement, très-prononcé surtout du côté interne, est généralement beaucoup moins apparent dans la demi-circonférence qui correspond à la macula; cela est dû à la moins grande quantité de fibres optiques qui existe de ce côté.
En dehors du disque optique, il existe encore du gonflement dans l'étendue d'un diamètre papillaire au plus. Au delà, à part la dilatation des veines, la rétine se montre saine.
A un degré plus élevé, la gêne de la circulation se manifeste par un gonflement excessif des veines et par une diminution réelle du volume des artères. C'est alors que le pouls artériel se montre soit spontanément, soit lorsqu'on exerce une légère pression sur l'œil. La papille devient très-
NÉVRITE OPTIQUE ET NÉVUO-RÉTINITE. 233
saillante en même temps que l'aspect blanc strié des fibres nerveuses et les radiations des petits vaisseaux s'accentuent de plus en plus. Pour bien s'en rendre compte, il faut avoir recours à l'examen à l'image droite et à l'examen à l'image renversée. Dans le premier cas, la différence de réfraction suivant que l'on accommode pour le sommet de la papille ou pour le plan de la rétine, et dans le second le déplacement parallactique différent pour les vaisseaux de la papille et pour ceux de la rétine, permettent d'apprécier le degré de gonflement du disque optique.
De nombreuses apoplexies veineuses peuvent se montrer sous la forme de taches à bouts effilés, caractère qui sert à les distinguer des dilatations vasculaires. Au centre du disque optique, il n'est pas rare d'observer des plaques brillantes qui correspondent à une altération variqueuse prononcée des fibres du nerf optique.
Les parties voisines de la rétine peuvent participer à la lésion. Dans ce cas, les apoplexies envahissent la rétine et le trouble œdémateux finit par suivre le trajet des vaisseaux et même par gagner la région de la macula. Celle-ci peut alors offrir la forme en étoile caractéristique de la rétinite albuminurique; il est important de ne pas oublier ce fait pour éviter des erreurs de diagnostic.
La plegmasie peut remonter du côté du tronc nerveux, et cette névrite. ascendante finit tôt ou tard par une atrophie du nerf. La papille, dans ce cas, prend une couleur blanc grisâtre. Ses bords continuent à se montrer nuageux et les vaisseaux tortueux, mais tout cela à un degré moindre que précédemment. Enfin, au bout d'un temps généralement long et qui n'est pas moindre d'un an à dix-huit mois, la papille
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s'alïaissc, s'excave môme, pendant que son tissu, privé de vaisseaux propres et devenu tout à fait blanc, simule à s'y méprendre l'atrophie blanche du nerf. C'est à celte période ultime qu'un anneau de choroïdite atrophique entoure la papille.
Ainsi, d'après ce qui précède, la névrite par étranglement ou par stase peut se transformer en névro-rétinite, par suite de l'extension du travail phlegmasique au tissu de la rétine, mais la lésion resle d'abord limitée pendant un certain temps à la papille seule, tandis que dans la véritable névrorétinite, qui va nous occuper maintenant, l'altération de la rétine apparaît d'emblée.
Névro-rétinite ou périnévrite optique. — Le caractère dominant de cette forme de phlegmasie optique, c'est d'envahir d'emblée, comme nous venons de le dire, une partie notable de la rétine, au lieu de se limiter exactement au tissu de la papille. Cette dernière, par contre, est moins gonflée et ses bords se perdent d'une façon insensible dans les parties voisines de la rétine qui est elle-même tuméfiée. Les veines, généralement moins dilatées, n'offrent pas le contraste si frappant qui existe entre elles et les artères dans la véritable névrite optique par stase. Les plaques blanches par altérations variqueuses des fibres optiques, ainsi que les hémorrhagies lorsqu'elles existent, occupent moins la papille que la rétine, et cela parfois jusque près del'équateur.
Il y a moins de stase dans les vaisseaux propres du nerf optique, aussi la papille est beaucoup moins injectée; au lieu de la couleur rouge foncé propre à la névrite par stase, on observe une coloration gris rougeâtre. D'aiUeurs il s'en faut qu'il soit toujours possible, au lit du malade, de distin-