TROUBLES FONCTIONNELS DES NÉVRITES ET DES NÉVRO-RÉTINITES
guer la névrite pure par étranglement de la névro-rétinite ; cela tient surtout à ce que ces deux variétés de névrite optique peuvent souvent coexister, ou bien, ce qui n'est pas trèsrare, à la névrite primitivement localisée peuvent s'ajouter tôt ou tard des altérations des couches profondes de la partie voisine de la rétine.
D'après Galezowski, un caractère différentiel important se tire de l'état de la pupille. Celle-ci, généralement très-dilatée dans la névrite, est au contraire plus ou moins petite dans la névro-rétinite (périnévrile de l'auteur).
Troubles fonctionnels des névrites et des névro-rétiniles. — Les troubles de la vue sont très-variables, aussi bien au point de vue de leur mode d'évolution que de leur existence même. C'est ainsi qu'avec des lésions ophthalmoscopiques graves en apparence, ces troubles peuvent manquer ou n'être que peu accentués, tandis qu'avec de légers troubles apparents coexiste parfois une cécité complète. Knapp (1), dans des cas de névro-rétinite avec conservation de l'acuïté visuelle, a mesuré l'étendue de la tache aveugle de Mariotte et en a constaté un agrandissement considérable. Mooren (2) a remarqué, de son côté, que dans un certain nombre de cas il existait une lacune centrale du champ visuel qui a pu faire croire à une aflection purement cérébrale.
Ces faits, aujourd'hui bien constatés, ne forment pas l'un des moindres arguments contre ceux qui voudraient tirer de l'examen ophthalmoscopique des conclusions trop rigoureuses, au point de vue du diagnostic et du pronostic des lé-
(1) Knapp, Transaction of the American Ophthalmological sociely, p. 118,. York, 1870.
(2) Mooren, Ophthalmialrische BeobacMungen,\o\. in-8o, Berlin, 1867.
sions cérébrales, dont les altérations malérieiles du fond de l'œil seraient en quelque sorte l'image. Inversement la conscrvalion à peu près complète de la vue ne prouve nullement que raHection cérébrale dont il s'agit est sans gravité. Un cas observé par Maulhner (1) et hvanoff (2) en donne une excellente démonstration. 11 s'agit d'un homme de quatrevingt-sept ans qui, atteint de névrite optique, possédait une acuité visuelle presque complète à droite et tout à fait complète à gauche. Cet homme mourut subitement. Examinant les yeux au microscope, Iwanofî trouva les papilles hyperémiées et en état d'hyperplasie conjonctive. Il n'y avait ni encéphalite, ni méningite, mais unehydropisie considérable des ventricules, ce qui nous porte à penser que la gaine du nerf pouvait avoir été elle-même le siège d'une hydropisie, ■d'où la névrite par étranglement. La cause de tous ces désordres résidait dans la présence d'une tumeur sarcomateuse du volume d'une noix, siégeant dans le pédoncule cérébelleux moyen. (Cruscerebelli ad pontem Yaroli.)
Voici un second fait suivi d'autopsie que nous empruntons à Schiess-Gemuseus. La faculté visuelle avait gardé son intégrité jusqu'à la mort. Malgré cela, l'autopsie révéla tous les caractères d'une névrite interstitielle, et à certaines places les signes d'une dégénérescence caséeuse. Le lobe moyen de l'hémisphère droit du cerveau était le siège d'un sarcome.
Nous avons dit précédemment qu'il en est de même pour les lésions Iraumatiques de l'encéphale.
Le début et la marche des troubles visuels varient du reste
(1) MA.UTHNER, Lehrbuch der Ophlhalmoscopie, p. 293.
(2) IwANOFF, Klinische Monalsblàlter, f. Augenheilhunde, 1868.
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beaucoup suivant les cas. C'est ainsi que le début peut en être tellement brusque qu'au bout de quelques heures ou de (luelques jours la vue se perd entièrement. C'est ce qui s'observe en particulier lorsqu'un sarcome à marche rapide occupe la base du cerveau dans le voisinage du chiasma. Gra3fe, pour expliquer certains cas de cécité foudroyante
I double observés à la suite de troubles généraux plus ou moins graves (embarras gastriques fébriles, angines, fièvres
I éruptives, mélœna, pertes sanguines abondantes), ou même au milieu d'une santé en apparence parfaite, a eu recours à l'hypothèse ingénieuse, mais non encore démontrée, d'une névrite rétrobulbaire, c'est-à-dire d'une névrite localisée à la partie terminale du nerf et sans connexion forcée avec des maladies intracrâniennes graves, comme c'est le cas dans la névrite descendante ou par migration. Nous avons eu récemment l'occasion d'observer un fait de ce genre chez un ouvrier sellier qui le matin, en travaillant, perdit tout à coup la vue des deux yeux. L'examen ophthalmoscopique nous révéla une double névro-rétinite caractérisée au début par la couleur rose, puis rouge foncé des papilles, et plus tard par la
' présence d'un léger nuage s'étendant sur la rétine à une distance de deux diamètres papillaires environ. Les vaisseaux centraux n'étaient pas plus dilatés que de coutume, et même les artères centrales étaienj, plus petites qu'à l'état normal. Quinze jours après l'entrée de ce malade à l'hôpital, la vue a commencé à revenir, surtout du côté droit, et aujourd'hui, un mois après le début des accidents, il commence à compter les doigts. Chez ce malade il n'y a eu aucun trouble prémonitoire, il n'y a pas d'antécédents morbides, le cœur et les vaisseaux sont sains; seules les habitudes alcooliques du ma-
ladc pouvaient être invoquées comme cause probable de l'accidenl.
Pendant le siège de Paris, nous avons eu l'occasion de soigner au Bureau central un grand nombre de gardes nationaux qui, à la suite de libations copieuses, pendant qu'ils montaient la garde aux bastions, ont vu leur acuité visuelle s'affaiblir rapidement ou même disparaître tout à coup. C'étaient pour la plupart des ouvriers qui avaient contracté antérieurement des habitudes alcooliques et qui, au début de la guerre, se trouvaient dans un état d'intoxication alcoolique lente. Leur nouveau genre de vie, joint à des froids très-vifs, leur fit consommer de grandes quantités d'alcool ; aussi vîmesnous se. développer chez eux des névrites avec amblyopie à marche rapide, et chez certains d'entre eux une cécité foudroyante. Cette cécité nous a paru tenir, comme l'amblyopie, à la propagation d'un étatphlegmasique subaigu du cerveau et des méninges jusqu'au nerf optique. Les lésions ophthalmoscopiques, du reste peu prononcées, consistaient surtout en une rougeur intense de la papille avec léger nuage circumpapillaire. Parmi ceux qui ont voulu suivre nos conseils et s'abstenir de boissons alcooliques, beaucoup ont guéri ou tout au moins ont été sensiblement améliorés. D'autres, moins sages, finirent tôt ou tard par l'atrophie du nerf et la perte complète de la vue.
Ce début brusque de la maladie n'est pas une règle générale. Il arrive aussi souvent que les lésions se développent lentement et n'aboutissent à la cécité qu'au bOut de plusieurs semaines ou même de plusieurs mois. La vue baisse alors en même temps que se manifestent les signes de l'atrophie de la papille, c'est-à-dire l'affaissement et la décolo-