DU DOSAGE DE L ALCOOL
On voit que ce mode d’essai donnant immédiatement la quantité d’alcool absolu contenue dans le vin, il sera facile d’en conclure la quantité d’eau-de-vie à un degré quelconque qu’il pourra fournir, sachant que l’eau-de vie à 19° contient 50 p. 100 d’eau; celle à 20°, 47,5 ; celle à 21°, 44,4, et celle à 22°, 41,3 p. 100.
L’appareil que M. Salleron a construit, en 1849, pour remplacer le précédent est plus simple, moins coûteux et permet d’opérer plus rapidement ; il est adopté dans les laboratoires et par nombre de commerçants. Je crois devoir vous le faire connaître.
C’est un ballon en verre B ( ftg . 1035) qui sert decucurbite ; il commu-
Fig. 1035. — Alambic de Salleron pour l’essai des vins.
nique avec le serpentin s du réfrigérant D par un tube de caoutchouc. L’éprouvette E qui sert à mesurer le vin et à recevoir le produit de la distillation contient jusqu’au trait m 35 centimètres cubes de liquide on la rince, après qu’on a mesuré celui-ci, avec de l’eau qu’on laisse couler, sur ses parois, du tube-pipette t' et qu’on ajoute ensuite dans le ballon.
L’opération se conduit comme ci-dessus et se termine lorsque le produit distillé s’élève dans l’éprouvette au trait marqué 1/3, si l’on agit sur un vin ordinaire, sur un cidre, sur de la bière, sur du moût fermenté de betteraves ou tout autre liquide dont la teneur en alcool ne dépasse pas 10 à 12 centièmes. Mais si l’on essaye des vins capiteux (Cette, Madère, Porto, etc.), ou des liqueurs dont la richesse alcoolique varie entre 12 et 25 p. 100, on distille jusqu’au trait 1/2.
Dans tous les cas, une fois l’éprouvette retirée de dessous le serpentin, on achève de la remplir avec de l’eau distillée jusqu’au trait m afin d’avoir le môme volume que celui du vin employé, et il ne reste plus qu’à faire usage de l’alcoomètre de Gay-Lussac A pour connaître exactement la richesse alcoolique du liquide essayé. Le petit thermomètre T indique la température du mélange; si elle n’est pas exac-
tement à 15<>, on consulte une table dressée d’avance qui corrige l’indication de l’alcoomètre.
En 1833, le Dr Tabarié de Montpellier a eu l’idée de substituer aux procédés alcoométriques que je viens de décrire une méthode plus simple et plus pratique basée sur la différence très-sensible de température qui sépare le point d’ébullition de l’eau pure de celui de l’alcool absolu. Vous savez que le premier est indiqué par le 100° du thermomètre centigrade sous la pression normale de 0,76, et le second par le 79°. Les divers mélanges d’eau et d’alcool ont, en conséquence, des points d’ébullition compris dans les températures intermédiaires. Il est donc possible d’apprécier leur richesse spiritueuse d’après le degré de température auquel chacun d’eux entre en ébullition. Il suffit pour cela d’un thermomètre convenablement disposé et gradué, plongeant dans un vase dans lequel on fait bouillir la liqueur à essayer.
Les instruments établis sur ce principe ont reçu les noms d ’œnomèlre centésimal , de thermomètre alçoométriqup, A’ébullioscope. De tous ces instruments imaginés par MM. Tabarié, Brossard-Vidal, Conaty, le plus commode et aussi le plus exact est celui de M. Conaty, mais perfectionné par MM. Lerebours et Secretan. En voici la figure et la description ( fig . 1 036).
L’appareil se compose : 1° d’un fourneau en laiton T, auquel est fixée une capsule ou bouilloire en cuivre rouge C, d’une capacité de 60 à 60 cent, cubes, que l’on chauffe avec une lampe à alcool; 2° d’un thermomètre à mercure t dont les divisions, tracées sur une échelle mobile, correspondent avec les degrés centésimaux de l’alcoomètre de Gay- Lussac. En haut de cette échelle est le 0 alcoométrique représentant le point d’ébullition de l’eau pure, c’est-à-dire 100°. Les divisions tracées au-dessous correspondent à des centièmes d’alcool pur contenus dans le liquide spiritueux.
Lorsqu’on veut faire un essai, on remplit la bouilloire du liquide à titrer, on la place dans le fourneau, on y fait plonger le thermomètre et on allume la lampe. A mesure que le liquide s’échauffe, la colonne de mercure monte et s’arrête au moment de la pleine ébullition un temps plus que suffisant pour bien lire le véritable titre du liquide.
Fig. 1030. — Ébullioscope de M. Conaty.