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ACIDE TARTRIQUE. 5 U

L’acide tartrique, mis en liberté, reste en dissolution dans l’eau. On laisse reposer, on décante la liqueur claire, que l’on concentre dans un vase de plomb jusqu’à 38 ou 40° de l’aréomètre, et on le met à cristalliser. Par une première cristallisation, l’acide n’est jamais pur et blanc. On le purifie en le passant sur des filtr.es de charbon de bois, et en le faisant cristalliser une ou deux fois.

On l’obtient alors en beaux prismes blancs transparents, dérivant du système du prisme oblique à base rhombe ( fig . 770). Ces cristaux étant souvent comprimés dans le sens de leur axe, ont la forme de lames transparentes.

Us ont la composition suivante :

Carbone 32,00

Hydrogène 2,67

Oxygène 63,33

Eau combinée 12,00

Le symbole de l’acide cristallisé = C8H4010 f- 2 HO.

Caractères distinctifs. — L’acide tartrique est inodore. Sa saveur, fortement acide, ne devient agréable que lorsqu’il est dissous dans une grande quantité d’eau. Il est inaltérable à l’air; lorsqu’il attire l’humidité, c’est qu’il renferme un peu d’acide sulfurique, par suite d’une purification incomplète, n se dissout dans la moitié de son poids d’eau bouillante et dans 1 partie 1/2 d’eau froide. Il est aussi très-soluble dans l’alcool.

Il a une propriété qui permet de le distinguer de tous les autres acides. Il répand sur les charbons ardents une odeur de pain grillé fort reconnaissable ; il se fond, se boursoufle et s’enflamme; il se transforme alors en eau et en acide carbonique. Incinéré sur une lame de platine, il ne laisse aucun résidu.

Sa dissolution ne sépare pas la chaux des acides minéraux, comme l’acide oxalique; mais elle trouble l’eau de chaux, l’eau de baryte et

composé à chaud par de l’acide sulfurique dilué. Cette substitution des sels de baryte aux sels de chaux a des avantages marqués. Le sulfate de baryte qui demeure pour résidu peut être utilisé dans la peinture au blanc fixe , et d’ailleurs, il se sépare de l’acide tartrique avec une rapidité plus grande que cela ne peut avoir lieu pour le sulfate de chaux qui est très-volumineux et très-soluble dans les liquides acides.

Fig. 770. — Acide tartrique.

les sels de chaux à acides organiques. Les précipités blancs qui se produisent dans ces circonstances sont des tartrates insolubles; celui formé par l’eau de chaux, employée en excès, se redissout facilement dans une lessive de soude caustique froide, et aussi dans l’acide acétique. C’est là un caractère qui sert à distinguer le tartrate de chaux de l’oxalate de la même base, et par suite les deux acides libres l’un de l’autre.

La même dissolution est sans action sur le chlorure de baryum, à moins qu’elle ne contienne de l’acide sulfurique : dans ce cas, il se fait un précipité blanc plus ou moins considérable, insoluble dans l’acide azotique.

L’acide tartrique forme, avec la potasse, un sel neutre difficilement cristallisable, en raison de sa grande solubilité (2 KO -f- T). Les anciens le nommaient Sel végétal. Sil’ony combine autant d’acide tartrique qu’il en contient déjà, il devient très-peu soluble, et constitue la crème de tartre, qu’on appelle, pour cette raison, Bitartrate de potasse (KO, HO, T). Voilà pourquoi, quand on verse un excès de cet acide dans la dissolution concentrée de potasse, il se produit un précipité blanc, granuleux, très-abondant, qu’un excès de potasse fait disparaître.

C’est à cause du peu de solubilité de la crème de tartre que les chimistes emploient fort souvent l’acide tartrique pour reconnaître la présence de la potasse en dissolution. Dans ce cas, on concentre le liquide qu’on doit essayer, puis on y ajoute de l’acide tartrique en excès, et on agite avec un tube de verre pour favoriser la réaction. Bientôt il se dépose une poudre blanche plus ou moins abondante, si le liquide renferme de la potasse. La soude, ne formant avec le même acide que des sels très solubles, ne donne point lieu à un pareil précipité, ainsi que vous allez le voir. Par conséquent, il est toujours facile, au moyen de l’acide qui nous occupe, de distinguer la potasse de la soude.

A froid comme à chaud, l’acide tartrique n’agit pas sur les sels d’or.

Il se dissout dans l’acide sulfurique sans se charbonner, à froid, mais à chaud il en est tout autrement ; il devient noir et il se dégage de l’acide sulfureux.

Les corps oxydants le décomposent facilement et le transforment en acide carbonique et en acide formique (C2H204) ; c’est ainsi qu’opère un mélange d’acide sulfurique et de bioxyde de manganèse, à l’aide d’une douce chaleur ; c’est ainsi qu’agit, même à froid, le bioxyde de plomb sur une solution concentrée de cet acide.

Il forme avec les bases deux ordres de sels, des tartrates neutres et des bitartrates. Mais une de ses propriétés les plus remarquables, c’est de se combiner avec certains oxydes d’une manière toute spéciale, si bien qu’il en masque la présence dans les dissolutions et les rend insensibles à l’action des réactifs qui agissent sur eux quand ils sont combinés aux autres acides.

C’est ainsi qu’un sel de peroxyde de fer, additionné d’acide tartrique ou d’un tartrate, cesse d’être précipité parles alcalis;

TARTRATES DOUBLES. 61

Qu’un sel d’alumine, mélangé d’acide tartrique, n’est plus précipitable par les alcalis et les carbonates alcalins;

Que le chlorure d’antimoine n’est plus troublé par l’eau, quand on lui associe une suffisante quantité d’acide tartrique.

L’analyse chimique tire un parti avantageux de ces faits qu’il n’est pas très-facile d’interpréter.

Tartrates doubles. — Une autre propriété, non moins caractéristique du même acide, c’est sa grande tendance à s’unir avec deux bases à la fois, et à former ainsi des sels doubles. 11 y a plusieurs de ces sels qui ont une grande importance en médecine. Tels sont :

Le tartrate de potasse et de soude (KO,NaO,T-}-7HO) qui, découvert en • 1672, par Seignette, pharmacien de la Rochelle, acquit une telle vogue, grâce au patronage du célèbre Lémery, qu’il devint un remède à la mode sous les noms de Sel de Seignette , Sel de la Rochelle, et fit en peu d’années la fortune de son inventeur ;

Le tartrate de potasse et de fer (K0,Fe1 203,T), avec lequel on prépare les fameuses Boules de Mars de Nancy, remède si populaire contre les contusions ;

Enfin, le tartrate de potasse et d’antimoine (K0,Sb203,T -f- HO), désigné sous les noms vulgaires (R Émétique et de Tartre stibié. Ce sel est employé, comme vous le savez, à la dose de 5 à 10 centigrammes pour provoquer le vomissement. Son action sur l’économie animale est tellement énergique, qu’à la dose de 3 à 4 décigrammes, il détermine souvent des accidents très-violents, et agit comme corrosif ; quelques décigrammes de plus peuvent même occasionner la mort.

Ce sel est bien plus anciennement connu qu’on ne le suppose génénéralement. C’est à tort qu’on en attribue la découverte à Adrien de Mynsicht, vers 1631. Dès latin du quinzième siècle, on trouve des traces de sa préparation dans le Traité sur V antimoine, de Basile Valentin. Libavius et Angélus Sala, au commencement du dix-septième siècle, en font aussi mention (1).

On a quelquefois employé l’émétique comme mordant dans les ateliers d’indiennes. Lorsqu’on verse dans sa dissolution de l’acide sulfhydrique, il se produit un précipité floconneux, d’un très-beau rouge orangé, qu’on a parfois utilisé pour la coloration des tissus; c’est un composé de sulfure et d’oxyde d’antimoine, qu’on appelle communé-

(1) L’émétique était encore peu usité en médecine, lorsqu’en 1658, un médecin d’Abbeville, nommé Du Sausoi, l’administra, contre l’avis du premier médecin Vallot, à Louis XIV, qui était tombé dangereusement malade à Calais. Ce vomitif,

qu’on appelait alors le dernier remède , produisit le meilleur effet ; le roi se trouva mieux dans la nuit suivante, et le sixième jour il fut parfaitement rétabli. Ce succès inespéré commença la vogue de l’émétique. Lémery, à la fin du dix- septième siècle, indiqua la préparation de ce sel, qu’il nommait Panacée antimo-

niale. La dose de sa dissolution était alors de 8 à 20 gouttes dans un bouillon.

ment Soufre doré d’antimoine , et dont on fait un assez grand usage dans la médecine vétérinaire.

Si l’on calcine l’émétique à la chaleur blanche, soit seul, soit mêlé avec un peu de noir de fumée, il est entièrement décomposé, et transformé en un alliage de potassium et d’antimoine mêlé de charbon. Cet alliage constitue une poudre pyrophorique très-dangereuse à manier, car elle doune lieu, sans la moindre compression, par le contact de quelques gouttes d’eau, à une détonation semblable à celle d’une forte arme à feu, et à une inflammation très-belle qui imite les gerbes de feu des artificiers. Cet alliage décompose l’eau avec dégagement d’hydrogène. Ces faits curieux ont été signalés par Geoffroy, Yauquelin et Sérullas (i).

Les pharmaciens préparent actuellement l’émétique en faisant bouillir dans une bassine d’argent, pendant une demi-heure environ, avec 1 litre d’eau 100 grammes d’oxychlorure d’antimoine ( poudre d’Algaroth) et 145 grammes de crème de tartre. Après filtration et concentration de la liqueur à 25°, on met à cristalliser. Il se dépose des octaèdres ou des tétraèdres réguliers, blancs, transparents, qui ont un grand éclat, mais qui deviennent peu à peu opaques et friables ens’effleurissant à l’air.

Crème de tartre. — De tous les tartrates, le plus important, sans contredit, c’est le bitartrate de potasse ou Crème de tartre , dont il a été déjà si souvent question. En effet, indépendamment de son emploi à la préparation de l’acide tarlrique et de la plupart des autres tartrates, ce sel joue un grand rôle comme mordant dans la teinture des laines,

(1) Sérullas (George-Simon), né en 1774, à Poncin près Nantua (Ain), mort à Paris le 25 mai 1832. Il commençait ses études pharmaceutiques à Bourg, en 1793, lorsqu’il fut appelé au service des hôpitaux militaires. Distingué par Bayen et Parmentier, il obtint à 22 ans le grade de pharmacien-major. Après avoir participé à toutes les guerres de l’Empire, il devint pharmacien en chef et professeur de chimie à l’Hôpital militaire de Metz, en 1814, puis au Yal-de-Grâce, à Paris. C’est alors qu’à l’âge de 42 ans il eut le courage de se remettre à l’étude des sciences qu’il n’avait fait qu’ébaucher dans le cours de sa vie errante. Avec l’intelligence et la passion qu’il mettait à tout ce qu’il entreprenait, il s’éleva bientôt non pas seulement au niveau des connaissances acquises, mais au point de devancer ses maîtres. Dès 1820, il commençait la publication de ses recherches originales, et chaque année jusqu’à sa mort fut marquée par des découvertes aussi intéressantes que variées, qui appelèrent bientôt sur lui l’attention de l’Académie des sciences ; il y remplaça Vauquelin en 1829.

Le caractère du talent de Sérullas était ingénieux ; il jouissait d’un bonheur inexprimable lorsqu’il découvrait un phénomène inattendu. Rien ne lui coûtait pour se procurer, quoique sans autre fortune que son emploi, les instruments les plus exacts, les substances neuves et rares qu’il examinait. Dans son ardeur, il exposait jusqu’à la témérité sa vie par des expériences dangereuses; plus d’une fois il faillit périr par les vapeurs délétères des nouveaux composés du cyanogène dont il enrichit la science.

Usé avant l’âge par l’activité fébrile qu’il déploya tant aux armées que dans son laboratoire, il devint une proie facile pour le choléra qui l’enleva en quelques jours. Ses obsèques furent faites aux frais du Gouvernement.

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