ACIDE CITRIQUE
artificielle par la réaction de l’acide azotique sur le sucre de lait. Je reviendrai plus tard sur ce fait important.
Usages. — Ses usages dans les arts, et notamment dans les fabriques d’indiennes, sont les mômes que ceux de l’acide oxalique, toutefois plus variés. Ainsi, indépendamment de son emploi comme rongeant, il joue un grand rôle dans la confection du bleu de France et du bleu-vapeur, qu’on applique tant sur coton que sur laine, soie et chaînecoton.
On le fait souvent servir aussi à la préparation des boissons rafraîchissantes. Avec 2 grammes d’acide tartrique, 100 grammes de sucre et quelques gouttes d’esprit de citron, pour 1 litre d’eau, on produit une excellente limonade.
Acide paratartrique. — Dans tous les raisins, et surtout dans les raisins aigres, l’acide tartrique est accompagné d’un autre acide, qui a absolument la même composition, mais qui en diffère par quelques propriétés, notamment par la forme de ses cristaux, sa moins grande solubilité, et parce que sa dissolution précipite les sels de chaux.
Cet acide, découvert en 1819, par Kestner, de Thann, est donc isomérique avec le précédent, ainsi que l’ont établi Gay-Lussac et Herzelius. On l’a d’abord nommé acide thannique , puis acide racémique et enfin acide 'paratartrique.
Acide citrique.
La connaissance de cet acide, dont le nom indique assez l’origine, est due à Scheele, qui trouva, en 1784, un moyen de l’isoler, à l’état de pureté, du suc de citron qui le renferme en grande quantité, étudia ses propriétés, et sut le distinguer de l’acide du tartre, avec lequel il avait été confondu jusqu’alors.
État naturel. — C’est également à cet acide que les oranges, les limons, les cédrats, les bigarades, doivent leur agréable acidité. On le rencontre encore dans tous les fruits rouges, tels que les groseilles, les cerises, les fraises, les framboises, les ronces, les airelles, les sorbes, dans la pulpe des tamarins et des tomates, les fruits de l’églantier, du cyphomandra de l’Amérique du Sud et du Mexique, etc.
On ne l’a trouvé que très-rarement en combinaison : avec la chaux dans l’oignon, les feuilles du pastel et la pomme de terre ; avec la potasse, dans les mêmes tubercules et les topinambours; avec la chaux et la magnésie, dans les feuilles et les tiges de la gaude.
On a essayé vainement jusqu’ici de le créer de toutes pièces.
Extraction. — Suc «le citron. — C’est habituellement du suc de citron qu’on retire l’acide citrique, par un procédé analogue à celui qui sert à obtenir l’acide tartrique. En effet, on sature à chaud ce suc au ' tilBARDIN. — III.
moyen de la craie. 11 se forme du citrate de chaux insoluble, qu’on lave bien et qu’on décompose ensuite par l’acide sulfurique (1). 100 kil. de suc de bons citrons ne fournissent pas plus de 5 kil. 1 / 2 d’acide cristallisé.
On prépare le suc de citron très en grand dans les pays chauds, notamment en Sicile, aux environs de Messine, en soumettant à la presse les fruits privés de leur écorce jaune, ou zeste, et débarrassés de leurs semences. Le temps de presser les citrons commence vers la mi-novembre ou en décembre, parce que jusqu’alors ces fruits ne contiennent que peu de suc, et continue jusqu’en mars. Deux cents citrons donnent, terme moyen, 4 litres I /2 de suc. On presse plusieurs milliers de citrons' à la fois. Le suc obtenu est renfermé dans de grandes pipes, et expédié sur le continent, principalement en Angleterre.
Le suc de citron est composé de beaucoup d’eau, d’acide citrique, d’acide malique, d’une petite quantité de sucre, d’un principe extractif qui y est en complète solution, et de beaucoup de mucilage, dont une partie n’est qu’en suspension et trouble la transparence du liquide* Abandonne au repos pendant quelque temps, il subit un commencement de fermentation, le mucilage se dépose pour la majeure partie, et le liquide s’éclaircit ; on décante la partie supérieure, puis on filtre le reste. C’est en raison de cette grande proportion de mucilage que le suc de citron est si difficile à conserver.
Ainsi dépuré ou clarifié, le suc de citron a une couleur jaunâtre, une saveur acide, agréable, particulière, et une densité un peu plus grande que celle de l’eau. 18 grammes de ce suc saturent environ 2 grammes de carbonate de potasse sec. On le concentre ordinairement jusqu’à ce qu’il marque 24° à l’aréomètre de Baumé. Il est alors sous la forme d’un liquide presque sirupeux brunâtre (2).
Caractères distinctifs de l’acide citrique. — L’acide citrique pur est loin d’avoir la saveur agréable du suc de citron ; néanmoins, c’est encore, de tous les acides végétaux, celui qui est le plus propre à faire des limonades. Ses cristaux sont assez volumineux, transparents, incolores, presque arrondis ; ils dérivent d’un prisme droit à base rhombe (fig. 772), et renferment 17 p. 100 d’eau de cristallisation ; ils
(1) Il y aurait encore avantage, comme l’a indiqué M. Kuhlmann, à saturer le jus de citron par le carbonate de baryte naturel. Le citrate de baryte est plus insoluble que le citrate de chaux ; l’acide citrique qu’on en isole par l’emploi de l’acide sulfurique, cristallise bien plus facilement que lorsqu’on opère avec le citrate de chaux, attendu qu’il ne retient aucune trace de sulfate de baryte, et que dans le dernier cas, il retient toujours du sulfate de chaux.
(2) Depuis quelques années, on envoie de Sicile aux fabricants français et anglais qui s’occupent de la préparation de l’acide citrique du citrate de magnésie cristallisé dans un assez grand état de pureté et qui résiste à l’humidité et à la chaleur pendant fort longtemps sans se couvrir de moisissures. Cela a permis d’abaisser le prix de l’acide commercial.