COMPOSITION DES MATIÈRES ORGANIQUES
arrangement moléculaire, la molécule se double, se triple, se quadruple, etc. C’est ce qu’on voit dans les exemples suivants:
Essence de styrax C5 H4
— de citron Cl0H8
— de cubèbe C1SH12
— de térébenthine C20H16
Sucre des fruits C12Hl2012
— du lait c**H**0**
C’est surtout dans le règne organique qu’on observe les cas les plus nombreux de Yisomérie , cette grande et belle loi découverte par Berzelius, dont le règne minéral ne vous a présenté que de rares exemples.
On est convenu d’appeler mètamères les substances isomères qui ont absolument la même formule, telles, par exemple, que la gomme et la fécule, C12H10O10 ; tandis qu’on nomme polymères celles dont les formules sont des multiples les unes des autres, telles que les espèces comprises dans le tableau précédent.
Il faut donc, vous devez le comprendre par ces faits curieux, une bien grande habileté de la part des chimistes pour saisir et déterminer les légères variations qui existent entre tous les produits du règne organique, sous le rapport de la nature chimique, et pour découvrir la raison des différences qu’ils présentent à l’observation.
Quel que soit le mode de combinaison des substances organiques, elles montrent, en général, une grande tendance à se détruire ou à se changer en d’autres composés au nombre desquels se trouvent une partie de ceux que nous avons étudiés dans la chimie minérale.
« L’arbre le plus robuste finit, au bout de trente-six à quarante ans, par ne laisser que son écorce. Les feuilles, les jeunes pousses, la paille portée sur les champs comme fumier, les fruits savoureux, disparaissent encore plus rapidement ; mais ce sont surtout les parties animales qui éprouvent cette métamorphose dans le temps le plus court; elles se dissipent dans l’air à l’état de gaz, et finissent par ne laisser que les parties minérales venant de la terre.
« Ce grand phénomène de dissolution s’accomplit dans les êtres organisés aussitôt que la mort arrête l’action des causes variées sous l’influence desquelles les combinaisons qui les composent s’étaient formées. Les produits de l’économie végétale et animale éprouvent, par l’action de l’air et de l’eau, une série de métamorphoses, dont la dernière a pour résultat la transformation de leur carbone en acide carbonique, de leur hydrogène en eau, de leur azote en ammoniaque, de leur soufre en acide sulfurique.
« Par l’effet des réactions chimiques qui sont les conséquences de la mort, les éléments des corps organiques reprennent donc la forme primitive sous laquelle ils peuvent servir d’aliment à une nouvelle génération. Les éléments venus de l’air retournent à l’atmosphère; les éléments fournis par la terre rentrent dans le sol. La mort, la dissolution d’une génération entière devient ainsi la source -de la vie d’une génération nouvelle (1). »
Mais comment les végétaux et les animaux peuvent-ils créer dans
(1) Liebig, 27e Lettre sur la chimie , t‘. II, p. 7.
l’intérieur de leurs organes, avec le concours de quatre ou cinq principes élémentaires seulement, cette multitude de composés dont la constitution et les propriétés chimiques sont si distinctes? Par quels moyens puisent-ils dans le sol et tirent-ils de l’atmosphère les éléments convenables pour engendrer la fibre ligneuse ou musculaire, les huiles ou les graisses, le sucre, la gomme, l’amidon, etc., composés qui ne diffèrent les uns des autres, je le répète, que par des variations souvent insignifiantes dans les trois, quatre ou cinq éléments qui les constituent essentiellement? Gomment le pavot, la jusquiame, la ciguë, la morelle, tirent-ils leurs poisons du même terrain où le blé, la pomme de terre, le haricot, le pommier ne trouvent que des matériaux salutaires et nourrissants ? Ces résultats merveilleux sont dus à cette force mystérieuse, étrangère à la nature morte, que nous nommons vie, force vitale , force assimilatrice. Dieu seul connaît le secret de ces transformations successives par lesquelles passent les éléments inorganiques pour constituer la trame des organes des êtres vivants, aussi bien que les nombreux produits qui s’y accumulent incessamment. Et, comme l’a dit avec tant de raison le célèbre Berzelius, tout cela s’opère, non comme un effet du hasard, mais avec une variété admirable, avec une sagesse extrême.
« Tout ce qui tient à la nature organique annonce un but sage, et se distingue comme production d’un entendement supérieur... Cependant plus d’une fois une philosophie bornée a prétendu être profonde, en admettant que tout était l’œuvre du hasard... Mais cette philosophie n’a pas compris que ce qu’elle désigne, dans la nature morte, sous le nom de hasard, est une chose physiquement impossible. Tous les effets naissent de causes ou sont produits par des forces ; ces dernières (semblables aux désirs) tendent à se mettre en activité et à se satisfaire, pour arriver à un état de repos qui ne saurait être troublé, et qui ne peut être sujet à quelque chose qui réponde à notre idée du hasard. Nous ne voyons pas comment cette tendance de la matière inorganique à parvenir dans un état de repos et d’indifférence, par le désir de se saturer que possèdent les forces réciproques, sert à la maintenir dans une activité continuelle ; mais nous voyons cette régularité calculée dans le mouvement des mondes. Nos recherches nous conduisent tous les jours à de nouvelles connaissances sur la construction admirable des corps organiques, et il sera toujours plus honorable pour nous d’admirer la sagesse que nous ne pouvons suivre, que de vouloir nous élever, avec une arrogance philosophique, et par des raisonnements chétifs, à une connaissance supposée des choses qui seront probablement à jamais hors de la portée de notre entendement (1). »
Meproilwction «Ses substances organiques. — Bien qu’on ne puisse pas, dans les laboratoires, procéder par les mêmes voies qu’emploie la nature, il est permis cependant de former artificiellement un certain nombre de produits semblables à ceux qui se trouvent au sein de l’organisme vivant. La reproduction artificielle d’un grand nombre
(1) Berzelius, Traité de chimie , édition française de 1851, t. V, p. 3.