‹ Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industrielsChapitre 61 sur 125 · CELLULOSE DANS LE RÈGNE ANIMAL · texte numérisé non relu

CELLULOSE DANS LE RÈGNE ANIMAL

avantageux de ces faits, puisqu’une usine de Manchester, dirigée par M. Date, produit de cette manière jusqu a 15 tonnes d’acide par semaine, quantité énorme qui suffirait à la consommation totale des manufactures de différents pays.

La matière première employée est la sciure de bois ou cellulose brute, qu’on mélange intimement avec une certaine quantité de potasse, de soude et de chaux caustiques, et qu’on torréfie dans un four à réverbère à une température qui ne dépasse pas 250°. La masse poreuse retirée du four se compose essentiellement de carbonates alcalins et d’oxalate de chaux. On l’épuise méthodiquement par de l’eau pour enlever les premiers qui, caustifiés de nouveau, peuvent servir à de nouvelles opérations, et cela indéfiniment. Quant à l’oxaïate de chaux insoluble, on le décompose par l’acide sulfurique concentré dans des cuves en bois doublées de plomb, absolument comme s’il s’agissait du tartrate de chaux.

Ce procédé, qui exige beaucoup de combustible, ne pourrait être adopté en France où la houille' est bien plus chère qu’en Angleterre. Il fournit en acide oxalique la moitié du poids de la sciure de bois.

Cellulose dans le règne animal. — La cellulose n’est pas exclusivement propre aux plantes. On l’a trouvée dans les enveloppes de beaucoup d’animaux inférieurs, notamment dans toute la classe de ceux qui sont connus sous la dénomination de tuniciers. M. Péligot l’a reconnue dans la peau du ver à soie, dans la membrane cornée qui se trouve au-dessous de la carapace du homard, et ses expériences l’ont conduit à penser que la matière qui forme la base du squelette extérieur de tous les articulés , matière désignée sous le nom de chitine est un composé de cellulose et d’une substance albuminoïde ouazotée.

Enfin, M. Wirchow a constaté que c’est encore de la cellulose qui constitue les corpuscules particuliers, analogues pour la structure aux globules d’amidon, que M. Purkinje a découverts, il y a déjà plusieurs années, dans le cerveau de l’homme et dans la moelle épinière. Certes, il est assez curieux de rencontrer le produit caractéristique de l’organisation végétale au sein même de l’organisation des animaux; mais aucune conséquence positive ne saurait être déduite de ce fait, an moins, quant à présent.

J’aurais maintenant à vous parler de quelques matières neutres appartenant au règne animal, telles que Y albumine, la fibrine , la caséine, la gélatine ; mais je crois qu’il vous sera plus profitable d’étudier ces matières en même temps que les organes qui les renferment. Je remets donc leur histoire à une époque plus reculée, et j’aborde immédiatement celle des principes neutres qui sont caractérisés par leur richesse en carbone et en hydrogène, ce qui les rend éminemment combustibles et inflammables. En tête, je dois placer ceux qu’on désigne sous le nom collectif de Corps gras .

DES CORPS GRAS

Pour les chimistes, les Corps gras sont des substances neutres, d’une consistance variable, sans odeur ni saveur bien prononcées, douces au toucher, qui fondent à une température peu élevée, qui tachent le papier, c’est-à-dire le rendent transparent sans que la chaleur lui restitue son opacité et sa blancheur premières, qui brûlent avec une flamme peu colorée, mais en répandant des fumées plus ou moins épaisses, et qui ne deviennent solubles dans l’eau qu’à la faveur des acides ou, des alcalis.

Ces corps gras méritent que nous donnions à leur étude une grande attention, car ils nous rendent des services multipliés. Nonseulement ils servent d’assaisonnement à un grand nombre d’aliments, mais ils interviennent d’une manière directe dans nos fonctions, car, destinés à être brûlés par l’oxygène de l’air dans nos poumons, ils concourent ainsi à l’entretien de la chaleur animale (1). La médecine les utilise de toutes les manières, surtout à l’extérieur, en les convertissant en cérats, pommades, onguents, emplâtres, liniments (2). Dans les arts, ils servent à la fabrication des savons, des vernis gras, à délayer les couleurs pour la peinture, à enduire une foule de corps, le cuir, par exemple, que l’on veut rendre plus mous, glissants et flexibles, ou que l’on veut défendre des injures de l’air. On les emploie aussi pour favoriser le jeu et le mouvement des machines, pour composer des mastics ou mortiers hydrofuges, à l’instar des anciens. Mais leur plus grand usage, c’est de nous fournir de la lumière, au moyen des lampes, des chandelles et des bougies.

Dénominations commerciales. — Suivant l’état qu’ils affectent dans les circonstances ordinaires, et suivant aussi leur origine, on donne aux corps gras, dans le langage vulgaire, des noms particuliers. Ainsi,, on appelle :

(1) Chez les ours et les autres animaux dormeurs, ce sont eux qui servent à l’entretien des organes, pendant la cessation de leurs fonctions durant l’hiver.

(2) Longtemps on a cru que chaque espèce de graisse ou d’huile était douée de vertus médicinales particulières ; aussi les anciens médecins faisaient-ils souvent usage des graisses d’ours, de blaireau, de renard, de cerf, d’homme même, et en particulier de la graisse de pendu, que le bourreau avait seul le droit de vendre. Encore aujourd’hui les coiffeurs prétendent que la graisse d’ours et la moelle de bœuf sont préférables à toutes les autres pour faire pousser les cheveux. Mais ces opinions- n’ont aucun fondement. Toutes les graisses, toutes les huiles, suffisamment purifiées, jouissent des mêmes propriétés, et le choix qu’on fait de certaines d’entre elles repose uniquement sur la facilité de se les pro-

curer.

DES CORPS GRAS

Huiles ceux qui sont liquides à la température ordinaire, qu’ils

proviennent des semences végétales ou des animaux marins et des poissons ;

Beurres ceux qui sont généralement mous de + 20 à 36°, rare-

ment au delà ; ils viennent de certaines graisses oléagineuses et du lait des mammifères ;

Graisses ceux qui proviennent de diverses parties des animaux,

et qui sont mous et ti*ès-fusibles, de + 15 à 45° ;

Moelles ceux qui, très-mous et très-fusibles, sont contenus dans

la cavité des os longs des quadrupèdes et dans les cellules de leurs os spongieux ;

Suifs ceux qui, de même origine que les graisses, sont plus

solides et ne fondent qu’à partir de 38° ;

Cires . . ceux qui sont très-durs, cassants, se ramollissent seu-

lement à partir de +35° et ne fondent guère qu’à partir de 60° ; les uns sont produits par les abeilles, les autres par certains végétaux.

Je répartirai les corps gras en deux classes, à savoir :

1 . Corps gras facilement saponifiables , que les alcalis convertissent en acides gras et en une substance sucrée nommée Glycérine :

tels sont les huiles, les graisses, les suifs, les beurres.

2. Corps gras difficilement saponifiables : tels que le blanc de baleine et

les cires. ,

Cette division déjà ancienne, quoique empirique, est fort commode pour l’étude ; c’est pourquoi je l’adopte de préférence à toute autre.

lre CLASSE. — CORPS FACILEMENT SAPONIFIABLES.

Composition immédiate. — Jusqu’en 1813, les huiles et les graisses ont été considérées comme des principes immédiats purs, ne différant entre eux que par de simples propriétés physiques. A cette époque, deux célèbres chimistes français, Braconnot et M. Chevreul, reconnurent, presque en même temps, que ces substances sont composées de plusieurs principes particuliers, mélangés en différentes proportions, et démontrèrent par là que ce sont de véritables produits immédiats.

Rien de plus facile que de constater la nature complexe des huiles et des graisses.

Si l’on prend une huile végétale quelconque, de l’huile d’olive, par exemple, et qu’on abaisse sa température à 0°, de manière à la congeler, puis qu’on la presse entre des feuilles de papier Joseph, en renouvelant celles-ci jusqu’à ce qu’elles ne soient plus tachées, on parvient à partager cette huile en deux matières distinctes : l’une, qui reste entre les papiers, est solide, dure comme le suif, en petites lames blanches et nacrées, insipide, inodore, fusible à -f- 28° ; l’autre, qui

imbibe et tache les papiers, peut en être séparée par l’ébullition dans l’esprit-de-vin qui la dissout. La solution alcoolique, réduite par l’évaporation au huitième de son volume, abandonne une substance huileuse, qui est encore liquide à — 4°, et qui est analogue, pour l’aspect et la consistance, à l’huile d’olive blanche.

Par celte analyse, pour ainsi dire mécanique, voilà donc deux principes bien différents extraits de l’huile d’olive : l’un solide, et l’autre liquide. Le premier, en raison de son état nacré, a été nommé Margarine, du mot latin margarita qui veut dire perle. Le second, à cause de sa liquidité, a reçu le nom d 'Oléine, du nom latin de l’huile, oleum.

Si l’on soumet au même traitement une graisse animale, du suif de mouton, on obtient aussi de Y oléine et une substance solide; mais de celle-ci l’on pourra, au moyen de l’éther, isoler deux principes distincts : l’un soluble dans ce véhicule, c’est de la margarine; l’autre insoluble, ressemblant beaucoup à cette dernière par ses caractères physiques, mais en différant par son point de fusibilité qui est à -f- 62°; c’est de la Stéarine , ainsi nommée d’un mot grec qui veut dire suif.

En définitive, les chimistes modernes ont reconnu, par des expériences multipliées :

1° Que les huiles végétales et le beurre de vache sont essentiellement formés d ’ oléine et de margarine ;

2° Que les corps gras d’origine animale, graisses et suifs, sont essentiellement formés d’oléine, de margarine et de stéarine ;

3°*Qu’indépendamment de ces principes immédiats, les huiles et les graisses renferment, en petite quantité, des principes colorants et odorants qui varient dans chaque espèce, et dont elles peuvent être privées sans perdre les propriétés qui les caractérisent comme corps gras. En effet, en les mettant en contact avec du charbon animal pendant vingtquatre heures, on les dépouille de toute odeur et de toute couleur, sans rien changer à leur constitution chimique.

Les différentes espèces de graisses et d’huiles ne renferment point les mêmes proportions de stéarine, de margarine et d’oléine, ainsi que le démontre le tableau suivant :

Composition immédiate des matières grasses sur ÎOO parties.

Matières grasses des animaux.

Stéarine

et margarine. Oléine.

Suif de mouton . . .

Moelle de bœuf

Suif de bœuf

Graisse de porc

— d’oie

de canard .

— de dindon.

Moelle de dindon . .

Matières grasses des végétaux .

Margarine. Oléine*

Huile de colza 46 54

— d’olive 28 72

— d’amande douce 24 76

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