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ÉPURATION DES HUILES

L’huile de colza est presque exclusivement employée à Y épuration. Celle de navette d’hiver ne donne pas des produits aussi beaux. Celle de navette d’été, préparée dans quelques départements et remplacée presque entièrement aujourd’hui par l’huile de colza, ne fournit à l’épuration qu’une qualité bien inférieure — Les autres huiles ne sont employées qu’accidentellement à cet usage. Celles de chènevis et de caméline ne sont mêlées à l’huile de colza pour les réverbères, que parce qu’elles en empêchent la congélation dans les temps froids.

Le procédé suivi pour l’extraction des huiles exerce une grande influence sur la nature des produits de l’épuration. Moins elles ont été chauffées et moins vite elles se consument, moins vite elles charbonnent les mèches et plus est vive et pure la lumière qu’elles donnent.

On ne devrait employer à l’épuration que les huiles de froissage ; celles de rebat ont toujours une teinte rouge; mais le plus souvent, les deux sortes d’huiles sont mélangées et reçues dans les réservoirs communs placés dans les caves des huileries.

Il paraîtrait que la première idée d’épurer les huiles à brûler, au moyen d’un procédé chimique, appartient à un Lillois, nommé Leroy. M. Delezenne a publié, en 18o8, un document d’où résulte la preuve que, vers 1788, la mairie de Lille constata par des expériences l’efficacité du procédé d’épuration du sieur Leroy. Ce procédé consistait à battre l’huile de colza avec de l’acide azotique à 26°, dans les pro portions de 3 parties d’acide pour 1000 parties d’huile en volumes. Le déchet était de 4,8 p. 100. L’huile ainsi traitée était très-claire, fournissait une flamme très-belle et pouvait servir au graissage des laines (1).

On ne donna pas suite aux expériences dont je viens de parler, et le procédé de Leroy resta secret jusqu’au jour où M. Delezenne l’a fait connaître. On ne peut donc enlever à mon célèbre maître Thénard l’honneur d’avoir créé l’épuration chimique des huiles. C’est en 1801 qu’il publia son procédé, dont l’industrie s’empara presque aussitôt. C’est encore celui qu’on pratique aujourd’hui.

11 consiste à battre fortement les huiles avec 1 1/2 à 2 ou 3 centièmes d’acide sulfurique concentré. On opère le plus habituellement dans de grandes tonnes pouvant contenir plusieurs hectolitres d’huile ; mais il y a plus d’avantage à se servir de l’appareil de MM. Grouvelle et Jaunez. C’est un grand bac (fig. 881) doublé en plomb, au fond duquel est fixé un arbre horizontal armé de quatre palettes en bois, qu’on fait tourner avec une vitesse de 1 5 à 20 tours par minute. On verse lentement et par fractions l’acide dans le bac ; on bat l’huile pendant vingt à vingt-cinq minutes; on laisse reposer un quart d’heure, et on agite encore pendant quelques minutes.

L’huile devient d’abord verte et passe au noir à mesure que le mu-

(1) Mémoires de la Société des sciences de Lille, pour l’année 1858.

cilage se charbonne et se précipite. Le précipité noir s’en sépare ensuite complètement, et l’huile, dans laquelle il nage des flocons, prend une grande limpidité. On abandonne au repos pendant vingt-quatre heures, puis on introduit par hectolitre 2o a 30 litres d’eau à 4- 35 ou

Fig. 881. — Bac à épurer les huiles.

40°, ou un courant de vapeur. On bat pendant huit à dix minutes, puis on fait écouler le mélange dans de vastes réservoirs placés dans un lieu où la température est maintenue à -f-2o°.

On laisse reposer pendant trois jours. La masse est alors divisée en trois couches. La supérieure est formée par Y huile épurée , qu’on soutire et qu’on filtre au travers d’une couche de mousse recouverte d’un lit de tourteau, ou au travers de coton mis entre des plaques de métal percées de trous.

La seconde couche est de l’huile impure, épaisse et brunâtre, que l’on conserve à part, et dont, à la longue, on retire encore une certaine quantité d’huile pure.

Enfin, la troisième couche est de l’eau chargée d’acide sulfurique et de la matière étrangère dénaturée. Cette eau sert à la fabrication des couperoses, au décapage des métaux et à d’autres usages industriels.

M. Dubrunfaut a rendu ce procédé plus prompt au moyen de la modification suivante :

Lorsque l’huile a été battue avec l’acide sulfurique, qu’elle a pris un aspect verdâtre, et que le dépôt des matières altérées par l’acide commence à se former, on ajoute peu à peu de la craie délayée en bouillie épaisse jusqu’à ce que le papier de tournesol indique que la saturation est opérée. On laisse déposer, et l’on soutire l’huile dans des cuves dont le fond est percé de trous garnis de mèches de coton ou de laine cardée.

Pour éviter cette filtration toujours longue et embarrassante, on place l’huile trouble dans une grande futaille, et on la bat avec du

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