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EXTRACTION DES HUILES ANIMALES

Ce lard, coupé par morceaux, est jeté dans de grandes chaudières avec une quantité d’eau suffisante pour l’empôcher de brûler; l’huile qui se sépare des lardons frits par une cuisson de trois heures, est coulée sur des châssis et un treillage; elle est reçue dans de grands baquets remplis d’eau, où elle se dépure. Onia verse successivement sur plusieurs eaux, pour la purifier de plus en plus.

Une seule baleine a fourni quelquefois jusqu’à 50000 kilogr. de lard, d’où l’on retire de 40 à 100 tonneaux d’huile.

Les huiles des cétacés ont une composition spéciale. D’après M.Chevreul, elles renferment :

Deux corps gras solides

Deux corps gras liquides

Un principe colorant jaune.

Et un principe odorant, qui est un acide gras volatil.

( Margarine, l Cétine, f Oléine,

Phocénine,

{ Acide phocénique.

L’huile de baleine, qui esî la plus abondante dans le commerce, est de couleur orange, trouble, d’une odeur infecte. On l’épure au moyen de l’acide sulfurique ; mais ce procédé ne réussit pas aussi bien que pour les huiles de graines. Le problème de la décoloration et de la désinfection de l’huile de baleine a beaucoup occupé et occupe encore les chimistes et les industriels; mais jusqu’ici on n’a pu le résoudre complètement. Preisser et moi avons publié, en 1841, un mémoire sur cette importante question. De toutes les expériences nombreuses que nous avons faites, il ressort cette triste vérité que, jusqu’ici, on ne connaît aucun moyen efficace d’enlever à cette huile son odeur si forte et si désagréable, malgré toutes les assertions contraires publiées par les journaux et recueils scientifiques.

Ce qu’il y a de mieux à faire, au moins quant à présent, c’est de soumettre l’huile soit à l’action d’une lessive caustique froide, soit à l’action successive de la craie, de la vapeur d’eau et de l’acide sulfurique, de laisser reposer et de filtrer à plusieurs reprises sur du charbon animal. Par là, on obtient une huile claire, presque incolore et d’une odeur moins repoussante; mais quanta l’avoir inodore, il faut y renoncer.

Les épurateurs qui se vantent de livrer au commerce de l’huile complètement désinfectée se font illusion ou trompent sciemment le public. Ce qu’ils vendent sous ce nom n’est qu’un mélange d’huile de baleine et d’huile de graines, dans lequel cette dernière entre pour la moitié ou les trois quarts (1).

L’huile de baleine est d’ailleurs souvent mélangée avec les huiles de phoques et de morses, et même avec des huiles de poissons.

(1) Observations sur réparation et la désinfection des huiles de poisson. — Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences de Rouen pour 1841.

Seule, elle ne pourrait servir avantageusement à l'éclairage ; mais elle y concourt indirectement par son mélange frauduleux avec l’huile de colza.

Les huiles de poissons proprement dites sont celles de harengs et de sardines. Les premières sont extraites sur les côtes de la mer Baltique, notamment en Suède. Voici le procédé très-simple usité dans les nombreuses brûleries de la Suède pour obtenir cette huile.

On fait bouillir les harengs dans de l’eau douce pendant cinq à six heures, en ayant soin de remuer constamment. Lorsque les poissons sont réduits en bouillie, on laisse refroidir la masse, puis on recueille l’huile qui surnage. On la clarifie par le filtrage ou de simples décantations successives, et on la met en barils.

On voit que l’expression de brûler les harengs , employée dans cette industrie, est loin de donner une idée exacte de l’opération.

Le résidu, appelé tangrum, est un engrais des plus puissants dont la majeure partie est malheureusement rejetée à la mer.

l.es huiles de poissons servent principalement au chamoisage des peaux, et on les vend sous le nom de dégras , après qu’elles ont servi à cel usage. Ce dégras est utilisé à l’assouplissement des cuirs forts.

Ces huiles doivent avoir une composition fort rapprochée de celle des huiles de cétacés. Fraîches, elles ne sont pas acides au papier de tournesol; il n’en est pas de même quand elles sont vieilles.

Depuis une trentaine d’armées on a introduit dans la pratique médicale l’usage des huiles de foie de morue , de raie et de squale , qui n’avaient été jusqu’alors employées qu’à l’éclairage dans les pays maritimes et qu’à la préparation des jfeaux chamoisées. On les obtient par la putréfaction plus ou moins prolongée des foies entassés dans des cuves et par leur ébullition dans l’eau. Elles sont jaunes ou brunes, et d’une odeur caractéristique ; celles de raie et de squale sont moins odorantes et répugnent moins aux malades que celle de morue.

Ces huiles ont une composition toute particulière. On rapporte leurs propriétés toniques, leur efficacité contre la dégénérescence scrofuleuse et contre la phthisie tuberculeuse aux petites quantités d’iode, de brome, de chlore, de phosphore et de soufre qu’elles renferment (i).

Des analyses chimiques que j’ai faites avec le Dr Delattre, il résulte: 1° que comparée à l’huile de foie de morue, l’huile de raie renferme la moitié moins d’iode, un quart en moins de soufre et un tiers en plus de phosphore ;

2° Que l’huile de squale est plus riche en iode et en phosphore que l’huile de foie de morue, mais contient un peu moins de brome et de soufre;

(1) Examen chimique de l’huile de foie de raie , par MM. Girardin et Preisser, — Comptes-rendus de l’Institut, n° 17,25 avril 1842, p. G18.

DES CORPS GRAS. 257

3° Qu’elle contient deux fois et demie plus d’iode que l’huile de raie, ot seulement un cinquième en moins de phosphore ;

4° Que l’huile de squale est donc, chimiquement parlant, plus riche en éléments inorganiques que les huiles de morue et de raie, sauf, pour cette dernière, ce qui concerne la proportion de phosphore.

Propriétés générales des corps gras. — Les corps gras, quelle que soit leur origine, ont une grande analogie de propriétés, tant physiques que chimiques.

Tous sont incolores quand ils sont purs; mais tels qu’on les retire des organes qui les contiennent, ils ont généralement une couleur jaunâtre ou jaune-brunâtre, qui est particulièrement due à la coloration de la partie liquide ou oléine.

Leur odeur est peu prononcée, et elle est due à un principe particulier, le plus souvent à un acide gras volatil, qui disparaît par la chaleur. Ainsi, le beurre ordinaire doit son odeur à des traces d’acide butyrique, les graisses de bouc et de mouton à de Y acide hircique, les huiles de poissons à T acide phocénique qui paraît identique avec l’acide de la racine de valériane, etc.

Leur saveur est fade et douce.

Ils sont sans action sur les couleurs végétales. Ils font sur le papier collé et les étoffes une tache transparente qui ne disparaît pas à l’air, ni par l’application de la chaleur.

Ils pénètrent facilement les substances avec lesquelles on les met en contact, mais ils ne les ramollissent pas, comme le fait l’eau. Lorsqu’on veut graisser, avec de l’huile, du cuir ou d’autres substances analogues, afin de leur conserver de la mollesse et de la flexibilité, il faut d’abord ramollir le cuir devenu dur. A cet effet, on le met tremper dans l'eau, et on le graisse pendant qu’il sèche. L’huile se loge alors dans les pores ouverts par l’eau.

©eïssité. — Tous les corps gras ont une densité inférieure à celle de l’eau qu’ils surnagent toujours. Mais cette densité varie suivant chaque espèce, comme on peut le voir par le tableau suivant, qui donne le poids de l’hectolitre des graisses et des huiles commerciales, récemment obtenues, à la température de -f- 13°.

kilo g.

kilog.

Huile de cachalot

Huile de ravison

de suif ou oléine

— de sésame

de colza d’hiver

— de baleine filtrée. . .

de navette d’hiver. . . .

— d’œillette

de navette d’été. . . : . .

— de foie de morue. . .

de pied de bœuf

— de foie de raie

de colza d’été

— de chènevis

d’arachide

— de caméline

d’olive

— de croton

d’amandes douces.. ..

— de lin

de faîne

Gourdin. — III.

Graisse de porc

Ces chiffres sont empruntés à Lefebvre, ancien courtier de commerce à Amiens, excepté celui de la graisse de porc, qui est dû à Théodore de Saussure.

Colza. . .

Navette., Olive ....

Ravison. .

Baleine. .

Œillette.

Sésame. .

Chènevis.

Caméline.

Coton. . .

Lin .

— ÎS

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