‹ Leçons de chimie élémentaire appliquée aux arts industrielsChapitre 66 sur 125 · IS · texte numérisé non relu

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Oléomètre. — C’est sur cette différence de densité des huiles à la même température que repose le procédé de Lefebvre pour reconnaître les diverses espèces d’huiles pures ou mélangées. L’instrument inventé par ce praticien pour prendre la densité des huiles, et qu’il a nommé oléomètre à froid [ 1), a la forme d’un aréomètre ordinaire, si ce n’est que le réservoir cylindrique est très-grand et la tige trèslongue ( fig . 885). Celle-ci porte une échelle graduée sur laquelle sont inscrites les densités comprises depuis 8000 jusqu’à 9400, limites entre lesquelles sont renfermées les densités des diverses huiles commerciales. Mais comme il eût été impossible de placer quatre chiffres sur l’échelle, on a retranché le premier et le dernier, pour ne conserver que le& deux du milieu, ce qui n’a aucun inconvénient, dès qu’on en est prévenu. Ainsi, les chiffres de \ jusqu’à 40, placés sur l’échelle, doivent être précédés de 9 pour exprimer la densité et le poids de l’hectolitre. La place de l’huile de navette, par exemple, se trouve au nombre 15; il faut lire alors 9150 de densité, ou 9ikil*,5 pour le poids de l’hectolitre, ou •'SS'' encore 9hect*, 15 pour un litre.

A la gauche de l’échelle et en face de la densité, Fig. 885. — Oléomètre sont inscrits les noms des huiles. Pour la facilité des vérifications, leur place est représentée par une couleur à peu près semblable à celle que prend chaque espèce sous l’influence de l’acide sulfurique concentré. Ces couleurs font mieux distinguer la place où s’arrête le niveau de l’huile sur l’instrument, qnand celui-ci est plongé dans les barils; de celte manière, on n’a pas besoin de retirer l’oléomètre pour connaître la densité exprimée en chiffres.

L’instrument ayant été gradué pour la température de -\~ 15°, il y a toujours nécessité de consulter la température de l’huile au moment où l’on y plonge l’oléomètre, et de faire une correction au chiffre obtenu, lorsque la température est supérieure ou inférieure à +15°. D’après Lefebvre, la correction pour toutes les huiles est de 1°,5 centigr. pour 1 millième de densité en plus ou en moins, à partir de -f- 15°;

de Lefebvre.

(1) Oléomètre vient du mot latin oleum, huile et du mot grec metron , mesure. C’est donc un synonyme d’élaïomètre , dont il a été question précédemment.

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soit 3° pour 2 millièmes, 6° pour 4 millièmes, etc. Lors donc qu’une huile est à -f- 18° centigr., l’oléomètre descend alors à 2 millièmes audessous de la densité réelle; il faut donc augmenter de 2 millièmes le chiffre trouvé. Si l’huile est à-}- 12°, l’instrument s’arrête à 2 millièmes au-dessus de la véritable densité ; il faut dès lors diminuer ces 2 millièmes de la densité apparente.

L’oléomètre de Lefebvre est un bon instrument qui permet non-seulement de distinguer les huiles les unes des autres, mais de constater rapidement si une huile qu’on achète est pure ou non, puisque dans ce dernier cas elle a une densité tout autre que lorsqu’elle n’est pas mélangée.

La différence de prix des huiles fait qu’on mélange entre elles des espèces de diverses valeurs. Ainsi, on introduit dans les huiles d’olive pour la table les huiles de sésame, d’œillette ou d’arachide; dans les huiles d’olive pour fabrique, les mêmes huiles, et, en outre, celle de colza; mais c’est particulièrement avec le sésame que sont falsifiées celles qui arrivent du Levant à Marseille. — Les huiles de colza sont fraudées continuellement avec celles de ravison, d’œillette, de caméline, de lin, et particulièrement l’huile de poisson. L’huile de chènevis, habituellement plus chère que celle de lin, est ordinairement additionnée de cette dernière.

L’oléomètre seul ne dit pas quelle est la nature du mélange dans une huile qu’on achète; il indique seulement que cette huile n’est pas pure, et cela suffit pour le commerce (1).

Congélaiioiâ et fusion. — Après la densité, les propriétés physiques les plus importantes et les plus caractéristiques des corps gras sont les différents degrés de solidification des huiles par le froid, et ceux de fusion des matières grasses solides, parce que chaque espèce a un point de congélation ou de fusion qui est toujours le même. C’est ce qu’indique le tableau suivant :

Points

Points

de congélation.

de fusion.

Huile

de cachalot

Graisse d’homme

d’olive

Huile ou beurre de coco.

de baleine

Beurre de Galam

de pied de bœuf, de

Graisse de canard. . . .

morue

— de porc. . . .

de hareng, de mou-

Huile de bassie ou beurre

tarde

d’Illipé

de dauphin, d’ara-

Huile ou beurre de palme

chide

Bo

récent

de navette

Huile ou beurre de palme

de sésame

ancien

de colza

Graisse d’oie .

(t) Voir pour plus de détails mon rapport sur l’Oléomètre. Précis de l'Académie de Rouen pour 1844), et mon article Oléorhètre dans la 2e édition du Dictionnaire des arts et manufactures , publié par M. Laboulaye.

Points

de congélation.

Huile de prunes — 9°

— d amandes douces et

amères , de noisette — 10°

— de grand soleil, de

ricin — 16°

— de faîne — 17°,5

— d’œillette, de cam'é-

line — 18°

— de lin, de chènevis,

de belladone, de sapin — 27°, 5

— de pin — 30°

Points de fusion,

Huile ou beurre de lau-

rier + 30°

Suif de Piney +35°

Beurre de vache +36°

Suif de bœuf + 38°

Graisse de dindon -f- 45°

Suif de mouton +46°

Beurre de cacao 4-50°

Les marchands tirent parti des différences que présentent les huiles dans leur époque de solidification pour reconnaître le mélange de l’huile d’œillette avec l’huile d’olive. Celle-ci se concrète complètement lorsqu’on la plonge dans de la glace pilée ; elle ne se fige qu’en partie lorsqu’elle contient un peu d’huile d’œillette, et, si cette dernière forme le tiers en volume, le mélange garde sa liquidité. Ce procédé n’est pas susceptible d’une grande précision.

BïlîullisîoiSé — Les corps gras u& sont pas volatils. Ils bouillent à des températures élevées, différentes pour chacun d’eux. Ainsi, l’huile de ricin bout à-|- 265° ; les huiles de noix et d’olive, à -f- 320°. C’est pour cette raison que dans les laboratoires on se sert souvent des huiles pour faire des bains-marie, en place d’eau, lorsqu’on veut dessécher les corps à une température supérieure à -b 100°. Dans ce cas, on emploie de préférence l’huile de pied de bœuf qui se conserve toujours sans s’altérer.

Action ele la chaleur. — Lorsqu’on chauffe les corps gras, au contact de l’air, à une température supérieure à leur point d’ébullition, ils se décomposent, dégagent de l’acide carbonique, des gaz inflammables, une huile volatile très-âcre et très-irritante, puis ils s’épaississent, se colorent et s’enflamment. Brandes, qui a découvert et isolé le premier, en 1838, cette huile pyrogénée dont l’odeur si désagréable caractérise essentiellement la décomposition des huiles et des graisses par le feu, lui a donné le nom d ’ acroléine. C’est à elle que la friture doit son odeur.

Dans son état de pureté, Y acroléine est un liquide huileux, limpide, d’une saveur excessivemeut brûlante, dont la vapeur produit un malaise et des souffrances très-vives dans les organes de la respiration. Elle est soluble dans l’eau et neutre dans ses réactions

Elle a la composition suivante : C6H402.

Elle s’oxyde très-rapidement dans l’air et, en absorbant 2 équivalents d’oxygène, elle se convertit en un acide, nommé acrylique (C6H404), qui

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offre une telle ressemblance, tant sous le rapport de l’odeur que sous celui de la saveur et des propriétés chimiques, avec l’acide acétique, qu’on pourrait les confondre.

La distillation sèche des corps gras offre trois époques distinctes, convenablement caractérisées par la nature des produits qu’elles fournissent.

1° A partir du moment où l’ébullition se détermine, il se forme, outre les produits gazeux, une matière huileuse, abondante, qui passe dans le récipient où elle ne tarde pas à se solidifier {fig. 886). Cette ma-

tière consiste en trois acides gras qui ont pris naissance aux dépens de l’oléine, de la stéarine et de la margarine, à savoir : un acide liquide, appelé acide oléique ; un acide solide, très-peu abondant, nommé acide sébacique , et un autre acide solide, cristallisant en belles écailles blanches et nacrées, qu’on a distingué par le nom d ’ acide margarique. C’est ce dernier qui prédomine dans la matière brune concrète; on l’isolfacilement par la pression entre des flanelles. Les graisses animales en fournissent plus que les huiles ; on retire ordinairement des premières, en acide margarique pur, de 36 à 45 p. 100 de leur poids. La connaissance de ces faits importants est due à MM. Bussy et Lecanu. Vous verrez bientôt que cet acide margarique joue un très-grand rôle dans l’éclairage.

2° Plus tard, il distille de Y acroléine mêlée à une autre huile pyrogénée, et vers la fin il n’apparaît plus d'acides gras.

3° Enfin, lorsque la matière est complètement distillée, l’on voit se sublimer une matière rougeâtre ou jaune-rougeâtre dont la production annonce la fin de l’expérience. Cette matière solide est un mélange de deux carbures d’hydrogène, que Laurent a nommés chrysène et pyrène.

Voici, ou résumé, la liste des produits qui se forment dans cette distillation des corps gras :

Eau.

Gaz hydrogène bi carboné (beaucoup).

— oxyde de carbone.

— acide carbonique.

Acide margarique.

— oléique.

— acétique.

— sébacique.

Acroléine.

Matière volatile odorante.

Chrysène, C36H!2.

Pyrène, C30tP2.

Charbon (très-peu).

Acide sébacïrçae. — Parmi ces produits, Y acide sébacique mérite de nous arrêter un instant.

C’est le premier des acides gras connus, puisque sa découverte par Thénard remonte à 1801. 11 se forme constamment dans la distillation 'des matières qui renferment de l’oléine ou de l’acide oléique; aussi est-il regardé comme un indice caractéristique de la présence de ces dernières substances dans les matières que l’on décompose par le feu.

Comme cet acide est soluble dans l’eau bouillante, on peut facilement le séparer des autres acides gras auxquels il est mêlé. Sa solution est précipitée en blanc par l’acétate de plomb.

L acide sébacique, G20H18O8, cristallise en belles lames nacrées ; il distille sans se . décomposer ; il ne fond qu’à 127°. Cette dernière propriété et sa facile combustion permettront sans doute d’en tirer un parti avantageux dans l’industrie des bougies, en l’associant à des substances plus fusibles.

On peut l’obtenir en grande quantité en distillant l’huile de ricin (fig. 887) sur de la potasse très-concentrée. Un kilogr. de cette huile peut fournir, d’après M. Bouis, 200 à 225 gr. d’acide sébacique.

Cette huile fournit, en outre, un liquide transparent, oléagineux, aromatique, qui offre tous les caractères généraux de l’alcool; aussi l’a-t-on nommé alcool caprylique (C16H1802). Par sa belle flamme quand il brûle, par l’avantage qu’il offre de ne pas s’enflammer à l’approche d’une bougie et de ne pas répandre d’odeur désagréable pendant sa combustion, il pourra servir directement à l’éclairage; il pourra, d’un autre côté, concourir utilement à la confection des vernis, en raison de sa faculté dissolvante des résines.

Il résulte donc de tout ceci que l’huile de ricin, qui n’avait jusqu’alors qu’une application médicale, devient une matière première industrielle d’une assez grande importance. La culture du ricin sera une nouvelle ressource pour les populations agricoles du midi de la France et de l’Algérie.

lre époque ....

2e époque

3e époque

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&!az rte l'éclairage au moyen «les liuiles. — Si, au lieu de chauffer progressivement les huiles en vases clos, on les soumet brusquement au rouge naissant, en les faisant tomber, par exemple, sous forme

Fig. 887. — Ricin oj Palma Christi.

de filet sur des surfaces incandescentes de coke, elles se décomposent complètement et se transforment presque totalement en composés volatils, eu carbures d’hydrogène, dont le mélange peut servir et a servi pendant quelque temps à l’éclairage.

Voici les produits volatils qui proviennent de cette distillation :

Gaz hydrogène bicai’boné . . . C4 H4 — — protocarboné C2 H4

— hydrogène »

— oxyde de carbone »

— acide carbonique »

— azote »

Paraffine C84H84

Eupicne C2 H2

Benzine % C12H62

Bicarbure* d’hydrogène de

Faraday C8 H8

Pentacarbure d’hydrogène... C5 H4 Hexacarbure d’hydrogène... C6 H4

Heptacarbure C7 H4

Octocarbure C8 H4

Carbure d’hydrog. de Couerbe Ga8H22

QUAKANTE-NEUVIÈME LEÇON.

Tous ces produits, comme on le voit, sont très- combustibles, et voilà pourquoi le gaz de l’huile a un pouvoir éclairant trois fois et demie plus considérable que le gaz de la houille. Il ne renferme, d’ailleurs, ni sels ammoniacaux, ni hydrogène sulfuré.

C’est un Anglais, nommé Taylor, qui le premier a construit des appareils pour la distillation des huiles. Dans ces conditions, elles fournissent jusqu’à 830 litres de gaz éclairant par kilogramme. Mais aujourd’hui les huiles sont beaucoup trop chères pour qu’il y ait avantage à les appliquer à cette destination.

Action «le l’aï r. — Les huiles et les graisses se conservent sans altération, hors du contact de l’air, pendant fort longtemps; mais, soumises à l’action de cet agent, elles ne tardent pas à acquérir une saveur âcre, désagréable, et la propriété de rougir le tournesol; elles deviennent rances , comme Ton dit habituellement. L’huile de noix se conserve à peine quelques jours fraîche; les huiles d’amandes douces et d’olive résistent beaucoup plus longtemps à l’altération ; l’huile de lin est celle qui rancit le plus tardivement.

En même temps que ces effets se produisent, plusieurs des huiles végétales perdent peu à peu leur liquidité, et finissent par s’épaissir tellement, qu’elles ne tachent plus le papier. Elles forment alors une espèce de membrane transparente, jaunâtre, élastique, qui ne se dissout que très-difficilement dans l’alcool bouillant et dans l’éther. Les huiles qui éprouvent ce genre d’effet sont dites huiles siccatives. Ce sont :

Les huiles de lin,

— de noix,

— de chènevis,

— d’œillette,

— de ricin,

— de croton,

— de belladone,

— de sapin,

Les huiles de pin,

— de madi,

— de raisin,

— de tabac,

— de grand soleil

— d’épurge,

— de courge,

— de poisson.

Cette propriété les rend très-précieuses pour la préparation des vernis et des couleurs à l’huile.

Les huiles non siccatives, sans présenter des changements de propriétés aussi profonds, par suite de l’action de l’air, se trouvent toutefois modifiées plus ou moins. Ainsi, elles se décolorent progressivement et complètement, augmentent sensiblement de densité, perdent un peu de leur fluidité, laissent déposer une matière blanchâtre, deviennent moins combustibles, et en conséquence charbonnent fortement les mèches. Il n’y a donc pas lieu, comme l’on voit, à tirer parti de ce phénomène de décoloration, par l’air, des huiles à brûler, puisqu’elles deviennent pour ainsi dire incombustibles.

Quoique l’huile d’olive n’échappe point à Faction! de l’air, elle est une de celles qui se conservent le plus longtemps sans devenir vis-

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queuses. Aussi les horlogers remploient-ils de préférence après l’avoir purifiée. A cet effet, ils versent l’huile dans une bouteille où se trouve une lame de plomb; le vase bien bouché est exposé aux rayons du soleil : peu à peu l’huile se recouvre d’une matière caséiforme qui plus tard se dépose. Dès que la formation du dépôt paraît s’arrêter, on décante l’huile devenue limpide et incolore. La matière caséiforme est un mélanged’une combinaison de margarine etd’oxyde deplomb avecdes substances muqueuses et colorantes. Ces dernières, étant quelque peu azotées, jouent à l’égard de l’huile le rôle de ferments et en hâtent l’altération ; en les éliminant, l’huile doit mieux se conserver.

En Angleterre, on a utilisé cette action décolorante de l’oxygène de l’air au blanchiment de l’huile de palme qui a naturellement une couleur orangée prononcée. Dans des bassins en bois, très-larges et trèslongs, mais dont la profondeur ne dépasse pas 35 centimètres et au fond desquels sont placés des serpentins en plomb, chauffés par un courant de vapeur, on met une couche d’eau de 20 centimètres de hauteur, et par-dessus une couche d’huile de palme de 5 centimètres d’épaisseur. On élève la température de l’eau à 100° ; l’huile fond, et sous la triple influence de la chaleur, de l’air et de la lumière, elle perd rapidement sa couleur, en moins de dix à quinze heures. Après le refroidissement et la solidification, l’huile est d’un «blanc sale et propre à la fabrication des bougies et du savon blanc.

M. Engelhardt obtient de meilleurs résultats en brassant vivement l’huile, maintenue à une température de 40°, avec une dissolution tiède ' de bichromate de potasse additionnée d’acide chlorhydrique. Vous savez que ces deux dernières substances donnent lieu, par leur réaction mutuelle, à un dégagement d’oxygène. Pour 1000 kil. d’huile, on emploie 15 kil. de bichromate et 60 kil. d’acide. En moins de cinq minutes, l’huile prend une teinte verte; par la continuation du brassage, l’oxyde de chrome s’isole complètement, l’huile s’éclaircit et devient limpide ; il suffit ensuite de lavages à l’eau chaude pour l’obtenir parfaitement blanche.

M. L. Dietrich opère la décoloration des huiles de lin et de pavot au moyen du permanganate de potasse et de l’acide chlorhydrique. Pour 100 kil. d’huile, on prend 2 kilogr. de permanganate qu’on dissout dans 60 à 80 kil. d’eau et qu’on brasse fortement avec le premier liquide. Après quelques jours de repos, on y ajoute 30 kil. d’eau chaude, et ensuite, en remuant constamment, 10 kil. d’acide chlorhydrique ordinaire. En peu de jours, l’huile se sépare entièrement du liquide salin qu’on fait écouler; on la soumet à des lavages à l’eau chaude et on la filtre ; elle est alors aussi blanche que si elle avait été exposée au soleil pendant six à huit semaines.

iSancidité «les corjps gras. — Les divers changements produits par Pair dans les corps gras sont dus à l’absorption de l’oxygène. 11 se

forme du gaz acide carbonique dont le volume ne représente pas, à beaucoup près, tout l’oxygène absorbé, et, de plus, comme l’a remarqué M. Chevreul pour la graisse de porc, il se forme des acides gras, olèique et margarique, des principes volatils odorants, et un ou deux acides gras volatils : acide hircique pour les graisses de bouc et de mouton ; acide butyrique pour le beurre de vache ; acide phocénique pour les huiles de baleine et de poisson, etc.

C’est à ces derniers composés que la graisse et les autres corps gras, devenus rances, doivent leur odeur et leur saveur désagréables. On peut rétablir les corps gras rancis dans leurs qualités premières, en les épuisan,t par l’eau bouillante, et en les traitant à froid par un peu de lessive alcaline. Du reste, l’action de l’air est provoquée par les matières étrangères qui existent toujours dans les corps gras commerciaux; car ni la stéarine, ni la margarine, ni l’oléine ne rancissent, lorsqu’elles sont chimiquement pures, et les graisses ou les huiles, en général, sont d’autant moins sujettes à rancir qu’elles renferment moins de matières étrangères.

L’oxygène de l’air, en déterminant le rancissement des corps gras, ne se fixe pas sur eux, mais s’empare d’une partie de leur carbone pour former de l’acide carbonique qui se dégage^ accompagné fort souvent d’hydrogène, ainsiqueTh.de Saussure l’a constaté. Vous ne serez donc plus surpris d’apprendre que des huiles conservées dans des caves ou des magasins, où l’air ne se renouvelle qu’imparfaitement> rendent irrespirable l’atmosphère de ces lieux, en convertissant son oxygène en acide carbonique,

Inûammaüon spontanée des corps gras. — L’absorption de l’oxygène par les huiles est d’abord lente, puis toutà coup elle se fait avec rapidité, et si elle a lieu sur des masses, la chaleur produite peut suffire à l’inflammation des corps gras. C’est ainsi qu’on explique ces combustions spontanées qui arrivent assez souvent dans les magasins d’huiles, dans les ateliers des lampistes, dans les tas de chanvre, de coton, de lin, de laine, de toiles à prélart, imprégnés de corps gras, les draps non dégraissés, et surtout dans les filatures où l’on accumule imprudemment des déchets de coton ou de laine imbibés d’huile ou de graisse. Dans les teintureries en rouge des Indes, lorsqu’on entasse le coton huilé, il s’échauffe considérablement et s’enflamme presque toujours. Un litre d’huile de colza absorbe 14 grammes d’oyygène en quarante-cinq jours, mais l’absorption est bien autrement rapide et considérable, lorsque l’huile offre à l’air une grande surface par sa division dans des matières poreuses.

L’état poreux des matières influe, en effet, considérablement sur l’oxydation et par suite sur réchauffement des huiles. M. Dumas raconte qu’un peintre venait de frotter un tableau avec une bourre de coton imprégnée d’huile siccative; en jetant la bourre, elle prit feu.

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Le 3 janvier 18oS, un incendie considérable éclatait à Rouen, dans la rue des Espagnols, par suite de l’inflammation spontanée de chiffons gras entassés dans les magasins d’un chiffonnier en gros.

En 1783, un pharmacien de Lille, Carette, signala, le premier, l’inflammation spontanée d’un marc de fleurs de millepertuis cuites dans l’huile. Le même fait a été observé, depuis nombre de fois, sur les résidus de plantes provenant de la préparation du baume tranquille et de l’onguent populéum. Les pharmaciens ne sauraient donc trop se prémunir contre le danger qu’il y aurait à abandonner dans leurs laboratoires des masses de résidus semblables.

JSSoyeais d’ang-naesitcr la siccativité des üsuiies. — On peut accélérer l’oxydation des corps gras en les mettant en présence, à une certaine température, d’oxydes ou de sels métalliques. C’est ainsi qu’on augmente la siccativité des huiles, et notamment de celle de lin, principal excipient des couleurs pour la peinture et les vernis gras, en la faisant bouillir avec 7 à 8 p. 100 de îitharge en poudre fine. On l’écume avec soin, et quand elle a acquis une couleur rougeâtre, on la retire du feu et on la laisse se clarifier par le repos. La Iitharge fournit de l’oxygène, car le plomb est en grande partie réduit. L’huile est alors devenue beaucoup plus siccative; on l’appelle huile de Un cuite (i).

Quelques millièmes seulement de borate ou de benzoate de protoxyde de manganèse augmentent extraordinairement, d’après MM. Barruel et Jean, la faculté siccative des huiles et rendent très-prompte la dessiccation de la peinture. 11 paraît que, dans ce cas, le protoxyde de manganèse absorbe de l’oxygène à l’air, pour se changer en oxyde intermédiaire qui cède ensuite son excès d’oxygène à l’huile, en repassant à son état primitif de protoxyde. Les mêmes effets se reproduisent contitinuellement jusqu’à ce que toute l’huile soit devenue sèche, de sorte qu’on peut dire que le sel de manganèse sert de véhicule à l’oxygène, qui doit oxyder les matières grasses. C’est donc un phénomène du même ordre que celui qu’on observe dans la combustion lente des pièces de bois traversées par des clous de fer.

Cette grande tendance des huiles à s’oxyder détermine l’altération des métaux avec lesquels elles sont en contact Ainsi le potassium et le sodium s’oxydent sous leur influence et finissent par les convertir en une espèce de savonjpafeux.

11 en est de mêine du zinc et du cuivre ; aussi les huiles conservées dans des vases métalliques de cette nature acquièrent promptement

(1) L’huile de lin cuite, mélangée avec 20 parties de sable et t partie de chaux vive, fournit un mastic qui devient aussi dur que le grès. En remplaçant la chaux vive par 10 parties de carbonate de chaux, on obtient le ciment mastic , qui peut être employé comme le ciment romain pour certaines constructions hydrauliques.

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