DEGRÉS
hydrotimétriques.
Eau distillée 0°
— de neige, recueillie à Paris en décembre 185t. . 2°, 5
— de pluie, id 3°, 5
— de l’Ailier, à Moulins 3°, 5
— de la grotte de Royat (Eaux de Clermont-Fer-
rand) 4°
— de la Dordogne, à Libourne 4°, 5
— de la Garonne, à Toulouse 5°
— de la Loire, à Tours et à Nantes 5Ü,5
— de Pontmore, sortant au-dessous de la coulée du
Puy de Pariou, près Clermont 6°
— du puits de Grenelle à Paris 9°
— de la Soude et de la Somme-Soude 13°, 5
— de la Somme (département de la Marne.) 14°
— du Rhône, de la Saône, de l’Yonne 15°
— de la Seine, à Ivry, avant Paris. 15 à 17°
— — après Paris 23°
— de la Marne, à Charenton 19 à 23°
— de l’Oise, à Pontoise 21°
— de la Dhuis 24°
— de l’Escaut à Valenciennes , de la Deule, en
amont de Lille 24°, 5
— de la Lys, à Bousbecque 23 à 27°
— d’Arcueil, près Paris 28°
— du canal de l’Ourcq 30°
— de la Deule, dans Lille 29°,5
— de St-Cirgues, près de l’hôpital, à Clermont... 40°
— des Prés-Saint-Gervais, près Paris 72°
— de Belleville, près Paris 128°
(1) Si l’eau soumise à l’essai donne naissance à des grumeaux, lorsqu’on la mélange avec la liqueur hydrotimétrique, ou si son degré dépasse 25 à ;<0°, il faut l’étendre de 1, 2 ou 3 fois, etc., son volume d’eau distillée, suivant qu’elle est plus ou-moins impure, avant de la titrer définitivement. Cette addition se fait facilement à l’aide du flacon d’essai qui est jaugé de 10 en 10 centimètres cubes jusqu’à 40. On compte ensuite le double, le triple ou le quadruple du degré observé suivant que l’on a ajouté 1, 2 ou 3 volumes d’eau distillée.
D’après les résultats d’un grand nombre d’essais hydrotimétriques, M. Seeligmann range toutes les eaux dans les trois classes suivantes :
1 0 Eaux dont le titre hydrotimétrique ne dépasseras 30°. — Ces eaux sont d’un excellent usage pour la boisson et le blanchissage du linge ; elles cuisent bien les légumes et sont légères à l’estomac.
2° Eaux marquant de 30 à 60° hydrotimétriques. — Sans être précisément insalubres, ces eaux sont moins favorables à la santé; elles sont impropres au lavage du linge, elles cuisent mal les légumes et les viandes, et elles sont impropres à beaucoup d’usages industriels.
3° Eaux marquant de 60 à 150° et plus. — Elles ne peuvent servir ni dans l’économie domestique ni dans l’industrie.
Voilà donc, comme vous le voyez, Messieurs, une méthode excessivement commode et rapide d’apprécier la pureté des eaux et d’établir entre elles un choix en vue de leurs usages dans l’économie domestique, dans l’agriculture et dans l’industrie. Au moyen de certaines manipulations, l’hydrotimètre peut même servir à doser isolément dans une même eau les carbonates et les sulfates de chaux et de magnésie, l’acide carbonique, c’est-à-dire les matières dominantes et qui influent le plus sur les qualités des eaux courantes. Je vous renvoie, pour cette nouvelle application de l’hydrotimètre, à l’intéressante brochure publiée par MM. Boutron et Boudet (1).
Essais des savons. — On peut encore profiter de la solubilité du savon dans l’alcool pour reconnaître la pureté des savons du commerce. Ceux-ci sont souvent altérés par le mélange de substances pulvérulentes de peu de valeur, telles que craie, plâtre, argile, silice, soude lessivée, sel marin, talc, sulfate de baryte, diverses fécules communes.
Le bon savon blanc doit se dissoudre complètement dans l’esprit-devin bouillant; lorsqu’il laisse un résidu pulvérulent insoluble, c’est qu’il a été sophistiqué. Le bon savon marbré, traité de la même manière, donne un résidu qui n’excède pas 0,05. — Les bons savons mous des fabriques du nord de la France se dissolvent promptement dans l’alcool froid sans résidu notable, tandis que la plupart des savons noirs de Paris laissent un dépôt de fécule grise de basse qualité dont le poids varie de 10 à 25 p. J 00.
L’introduction d’argile, de terre à porcelaine, de silice, dans la pâte du savon est très-commune en Angleterre, ainsi que je l’ai fait connaître en 1837 par une note sur le silica soap ou savon de silex de Londres, dans lequel j’ai trouvé 19 p. 100 de silice. Depuis, on a vendu du sand-soap qui renferme 74 p. 100 de sable fin. Cettevicieuse pratique a passé en France, et le fameux savon-ponce de Paris n’est encore autre
(1) Hydrotimétne. — Nouvelle méthode pour déterminer les proportions des matières en dissolution dans les eauv de sources et de rivières. — Broch. in-8. — Paris, 4e édition, 186G. — Librairie Victor Masson.
DES SAVONS
chose qu’un savon fortement additionné de matières siliceuses. Il en renferme de 20 à 27 p. 100. Grand nombre de savons unicolores, vendus sous le nom de savons économiques, renferment de 2o à 30 p. 100 de matières terreuses blanches.
La fraude des savons par les matières terreuses est la plus coupable de toutes, car ces substances ne tiennent pas seulement la place d’une quantité équivalente de savon, au grand détriment de l’acheteur, elles ont des effets pernicieux dans le blanchiment, attendu qu’elles agissent mécaniquement sur les fibres du tissu qu’elles usent en s’y interposant. Les charlatans et les fraudeurs sont comme les harpies, ils gâtent tout ce qu’ils touchent.
Sajous transparents. — Si le savon est à base de soude et de suif, et qu’on le dissolve, à l’aide de la chaleur, dans l’esprit-de-vin, par le refroidissement, il se déposera, pour la plus grande partie, en une masse jaune et transparente. Si l’on coule la dissolution encore chaude dans des mises en fer-blanc gravées en creux, on obtiendra, par le refroidissement et la dessiccation, des tablettes de savon transparent et orné de dessins ou de figures. C’est de cette manière que les parfumeurs obtiennent les savons transparents pour la toilette. On les colore ordinairement en rose avec l’orseille, ou en jaune foncé avec le curcuma. Les premiers savons de ce genre qui parurent en France, et qui étaient importés d’Angleterre, surprirent autant les consommateurs que les fabricants, qui furent longtemps encore à découvrir le procédé par lequel on pouvait donner aux savons une transparence aussi parfaite. Nos fabriques de parfumerie en approvisionnent aujourd’hui l’Angleterre et les pays étrangers.
Usages. — Les savons sont employés généralement pour le blanchissage des tissus. En raison de la viscosité qu’ils communiquent à l’eau, et sans doute aussi par l’alcali en excès qu’ils contiennent, ils rendent miscibles à l’eau les corps gras et autres impuretés qui adhèrent aux tissus ; en d’autres termes, ils mettent ces matières dans un état de division tel, qu’elles demeurent en suspension dans -l’eau aussi facilement que l’huile dans une émulsion. Leur action est la môme que celle des alcalis, mais elle est beaucoup moins énergique et ne peut altérer la force et la ténacité des étoffes, à moins qu’on n’emploie des savons très-alcalins et qu’on ne répète leur action sur des tissus légers.
Le savon blanc est le plus pur et celui qui convient le mieux au blanchiment du linge fin (mousseline, dentelle, batiste), de la soie, de la laine, etc. Il est beaucoup moins alcalin et moins mordant que le savon marbré. C’est également lui qu’on emploie dans la teinture du coton en rouge des Indes, et pour aviver certaines couleurs.
Le savon marbré sert surtout dans le blanchissage des tissus forts, de chanvre, de lin et de coton. Les savons mous sont principalement
usités pour fouler et dégraisser les étoffes de laine, pour le blanchissage du linge commun, pour terminer le blanchiment du fil et du coton. Le savon noir d’huile de chènevis sert particulièrement à dégraisser la laine en êchets (1).
Les savons insolubles, à base de plomb, de cuivre, de mercure, sont employés en médecine. Le savon de fer est utilisé en Allemagne pour vernir les métaux et les bois, après qu’on l’a fait dissoudre dans l’essence de térébenthine. Les savons à base de chaux jouent actuellement un grand rôle dans, l’industrie, puisque c’est avec eux qu’on prépare les acides gras qui servent à la fabrication des bougies stéariques dont je vais vous parler maintenant.
2° DES BOUGIES STÉAfÜQUES,
Voici une industrie toute française, basée sur les beaux travaux de M. Chevreul, et dont l’idée première appartient à ce savant chimiste, ainsi qu’à Gay-Lussac, qui prirent, le 5 janvier 1825, un brevet d’invention pour l’emploi des acides stéarique et margarique dans l’éclairage. Mais ce n’est qu’en 1831 que le problème assez difficile d’obtenir économiquement en grand ces acides gras concrets a été complètement résolu par MM. de Milly et Motard, qui ont monté la première usine de bougies stéariques, à Paris, dans le voisinage de la barrière de l’Étoile. C’est de cette circonstance que dérive le nom de bougies de l'Étoile , connu dans l’Europe entière (2).
Depuis cette époque, de nombreux perfectionnements, de nouveaux procédés de fabrication ont été découverts et l’industrie stéarique a pris un immense développement en France et dans le monde entier; chaque grand centre de population a voulu avoir des fabriques de bougies, et l’on en rencontre aujourd’hui même dans les points les plus reculés du globe, en Australie, à Calcutta, à Lima, au fond de la Sibérie.
La bougie stéarique a une très-belle apparence; elle est lisse, plus blanche, aussi sèche et aussi inodore que la cire d’abeilles. Elle éclaire
(1) Les eaux de savon provenant du dégraissage des draps et des autres tissus de laine étaient jadis sans valeur et nuisibles à la salubrité. D’Arcet a eu l’heureuse idée d’en extraire la matière grasse en saturant par l’acide sulfurique l’alcali qu’elles contiennent, pour la faire servir ensuite à l’éclairage et à d’autres usages économiques. Houzeau-Muiron, de Reims, mit en pratique, il y a une quarantaine d’années, avec un très-grand succès, l’idée de d’Arcet, et il fonda à Reims, à Sedan, à Réthel, à Épernay des usines à gaz dans lesquelles l’hydrogène bicarboné est produit par la décomposition de l’huile des eaux de savon. Il créa ainsi une valeur annuelle de plus de 100000 fr. au profit des seuls fabricants de Reims, tout en faisant disparaître une cause puissante d’insalubrité. En 1837, un prix Monthyon fut la récompense de ses efforts.
(2) Les noms de bougies du Phénix, du Soleil , du Phare , etc., ne sont que des désignations commerciales s’appliquant toujours au même produit.
DES BOUGIES STÉARIQUES
mieux que celle-ci ; elle brûle toutefois un peu plus vite ; mais, d’un autre côté, elle est moins chère, et, en réalité, son emploi est beaucoup plus économique. Depuis surtout que son prix d’achat est descendu à 2 fr. 40 le kilogramme (pour les qualités inférieures toutefois), elle chasse peu à peu des appartements les chandelles de suif, qui ont une odeur si forte, une lumière si rouge et si fumeuse.
Fabrication industrielle. — Il y a plusieurs modes de fabrication. Je vais vous indiquer ceux qui sont exploités le plus généralement.
1 0 Procédé par voie humide ou par saponification calcaire. — C’est le plus ancien, celui qui a été imaginé par MM. de Milly et Motard. Voici comment on opère :
Dans une cuve en bois légèrement conique AA ( fig . 893), de la con-
tenance de 2300 litres environ, on introduit 500 kilog. de suif de bœuf ou de mouton, avec 1000 litres d’eau ; on chauffe au moyen d’un tube circulaire e placé dans le fond de la cuve et qui lance de la vapeur par une multitude d’orifices. Quand le suif est fondu, on ajoute peu à peu 75 kilog. de chaux bien délayée, et on laisse à la combinaison le temps de s’effectuer, en ayant soin toutefois d’agiter fortement la masse.
Cette agitation est produite par un arbre en fer b, portant plusieurs bras c, c, c armés de dents ; il reçoit le mouvement d’un engrenage communiquant avec la machine à vapeur. Au bout de six à huit heures, la saponification est opérée. On soutire la partie liquide qui
entraîne en dissolution la glycérine, et on extrait de la cuve les stéarate, margarate et oléate de chaux, sous la forme de saison très-dur.
Après avoir concassé ce savon, on le porte dans une cuve en bois doublée en plomb, contenant 135 à 140 kilog. d’acide sulfurique à 66° étendu de 20 fois son volume d’eau. On fait arriver de la vapeur dans cette cuve ; l’acide sulfurique s’empare de la chaux pour former du sulfate de chaux, et met en liberté les acides gras. Au bout de trois heures, on laisse reposer la masse; les acides gras viennent surnager le liquide, le sulfate de chaux se précipite au fond de la cuve; on soutire les premiers au moyen d’un robinet placé au-dessus du dépôt, dans une cuve de bois chauffée à la vapeur, où les dernières traces de chaux sont enlevées à l’aide d’une solution à 20° d’acide sulfurique. On opère un second lavage à l’eau pure, et l’on fait rendre les acides gras ainsi purifiés dans de petites caisses en fer-blanc où, en se refroidissant, ils prennent la forme de pains jaunâtres.
Ces pains, du poids de 2 kilog., sont divisés mécaniquement au moyen d’un couteau; la râpure est enveloppée en couches minces dans une serge, et soumise à l’action progressive d’une bonne presse hydrauli-
Fig. 894. — Presse hydraulique pour les acides gras, pressage à froid.
que verticale \fig. 894), qui en expulse une bonne partie de l’acide oléique liquide, simplement interposé entre les cristaux des deux acides solides, stéarique et margarique.
DES BOUGIES STÉARIQUES
Pour chasser les dernières portions de cet acide oléique, qui est coloré par plusieurs substances étrangères qu’il tient en dissolution, on .est obligé de recourir à une nouvelle pression, au moyen d’une presse hydraulique puissante, disposée horizontalement et dans laquelle les pains d’acides gras sont placés verticalement dans des sacs de crin séparés les uns des autres par des plaques de fer creuses, chauffées jusqu’à 40° au moyen d’un courant de vapeur (fig. 895).
Fig. 895. — Presse hydraulique pour les acides gras, pressage à chaud.
Les acides solides qui restent après ces deux pressages sont durs, cassants, d’une grande blancheur ; ils forment les 45 centièmes du suif employé. Le raffinage qu’on leur fait subir, pour les avoir tout à fait purs, consiste à les fondre sur de l’eau acidulée par l’acide sulfurique, à les laver à deux ou trois reprises avec de l’eau bouillante, à les clarifier à l’aide de blancs d’œufs délayés dans do l’eau acidulée par l’acide oxalique, enfin à les laver une ou deux fois à l’eau chaude ; après repos, on les soutire dans des moules. On obtient ainsi des pains très-blancs, que l’on expédie aux fabricants établis dans les • villes ; ceux-ci se bornent à les convertir en bougies.
Cette dernière opération diffère peu du moulage des chandelles. Les acides en pains sont mis d’abord en fusion, à la plus basse température possible, dans une chaudière à double fond, plaquée en argent et
chauffée à la vapeur. On leur ajoute ordinairement de 3 à 3 p. iOO de cire, qui rend la cristallisation plus confuse et empêche les bougies, ainsi que les stalactites qui se forment sur elles, d’être trop friables. On brasse continuellement, et lorsque les acides sont sur le point de se solidifier, on les coule dans des moules légèrement échauffés, en fer étamé, garnis à leur centre d’une mèche convenablement tendue. Ces moules sont ordinairement réunis et rangés, au nombre de vingt-quatre
à trente, dans un entonnoir commun (fig. 896), qui plonge dans une caisse où l’on fait arriver de la vapeur.
En agissant ainsi, il en résulte une sorte de pâte liquide, qui se congèle dans les moules avec assez de rapidité pour prendre une texture confuse, à grains fins et sans effets de cristallisation.
Les mèches qui servent pour les bougies stéariques sont tressées à trois brins (fig. 897), disposition ingénieuse imaginée, en 1826, par M. Cambacérès, et qui évite la nécessité de moucher continuellement; car, par suite du tressage, la mèche, au fur et à mesure que la bougie brûle, se détourne et se recourbe légèrement du même côté (fig. 898), de sorte que, son extrémité se trouvant en contact avec l’air extérieur, il ne peut s’y former de ces résidus de charbon qui sont la cause de l’abaissement de la lumière dans les chandelles et les bougies ordinaires.
Cette précaution de tresser les mèches ne suffit pas, car les matières minérales, que retiennent les acides gras les mieux lavés, engorgeraient les fils et diminueraient leur capillarité, si l’on ne prenait le soin de les plonger dans de l’eau renfermant f / 1000e d’acide sulfurique et \ 1 300e d’acide borique. Celui-ci, au fur et à mesure que la combustion s’accomplit, forme, avec la chaux et les cendres de la mèche, un verre
DES BOUGIES STÉARIQUES
fusible qui se porte continuellement, sous forme de gouttelette ou de perle, vers l’extrémité de la mèche. Ce perfectionnement appartient à M. de Milly (juin 1836).
On blanchit les bougies par l’exposition à la lumière et à la rosée ; on
Fig. 897. — Mèche tressée en trois brins Fig. S98. — Disposition des mèches dans pour la bougie stéarique. la bougie en combustion.
les polit en les plongeant dans une dissolution faible de carbonate de soude et en les faisant passer sous des cylindres garnis de drap qui, par
leurs mouvements de va-et-vient en tournant sur leurs axes {fia. 899). les exposent à des frictions répétées.
Utilisation île l’acide oléique. — L’acide oUique , qui reste comme produit secondaire dans cette fabrication, est très-coloré et odorant. On le purifie par le repos et la filtration à travers des étoffes trèsserrées. Il retient toujours en dissolution des acides gras solides. On le désigne dans le commerce sous les noms impropres d ’ oléine, d’huile de suif.
11 est brun, jaune ou jaune-rougeâtre en grande masse, jaune en petites quantités; il a une saveur âcre et une légère odeur rance; il rougit le tournesol. Il prend une coloration rouge-brun avec l’acide sulfurique; il forme immédiatement avec la potasse caustique un savon jaune-rdugeâtre, très-épais, et avec l’ammoniaque un savon blanc-jaunâtre, de même consistance. Il n’est pas coloré par un courant de chlore.
Comme, après l’huile de cachalot, c’est le plus léger des corps gras liquides, et comme son prix de vente est toujours assez bas, on l’introduit fréquemment dans les mélanges frauduleux des huiles entre elles, dans le but de ramener lesdits mélanges à la densité normale de l’huile fraudée.
Il sert aussi à alimenter les lampes des orfèvres, des fabricants de plaqué, de boutons, et généralement de tous les industriels qui ont de petites soudures à pratiquer. La savonnerie unicolore en fait actuellement un grand emploi ; distillé sous l’influence d’un courant de vapeur, il est obtenu à peu près sans couleur, et il fournit alors, avec la soude, des savons durs excellents dont l’usage se répand de [dus en plus.
MM. Péligot et Alcan l’ont appliqué, dès 1839, à l’ensemage de la laine dans les fabriques de drap, ce qui en consomme une énorme quantité. Souvent, dans ce cas, il est falsifié avec l’huile de résine.
Utilisation île la glycérine. — Quant à la glycérine, qui reste en dissolution dans les eaux de la saponification calcaire, on ne la perd plus comme autrefois, depuis que M. Cap a montré, en 1854, tout le parti qu’on en pouvait tirer dans l’art médical et l’industrie. Voici le procédé qu’il a indiqué pour l’extraire avec économie des eaux-mères des savonneries et des fabriques d’acide stéarique.
Dans ces eaux, déjà concentrées par l’évaporation, on détermine au moyen de l’acide oxalique les proportions de chaux qu’elles retiennent. On y ajoute alors une quantité d’acide sulfurique équivalente à celle de l'acide oxalique nécessaire à la saturation delà chaux. Le sulfate de chaux qui en résulte se précipite en grande partie. On décante et on porte le liquide à l’ébullition dans une chaudière de fer battu recouverte d’une forte lame de plomb, pendant qu’un agitateur à palettes active l’évaporation. Les acides gras (sébacique, butyrique, valériqüe), qui donnent à ces eaux leur odeur repoussante, se volatilisent.
Lorsqu’elles marquent 10° aréomé triques, on les laisse refroidir, on les filtre sur une toile pour séparer une nouvelle quantité de sulfate de chaux ; on sature ensuite l’excès d’acide par un peu de craie, et on re-
oÜ5
DES BOUGIES STÉARIQUES
commence la concentration. A 24° de l’aréomètre, il se dépose du sulfate de chaux qu’on sépare comme précédemment ; à 28°, nouveau dépôt.
Le liquide est alors sans odeur, sa saveur est sucrée, il est onctueux au toucher et sa couleur est légèrement ambrée. Dans cet état, on le traite à froid par le charbon animal lavé, on filtre et l’on obtient la glycérine sirupeuse sans odeur ni couleur. C’est dans cet état, marquant 30° à froid, qu’on la livre au commerce pour les divers emplois industriels et médicaux.
2° Procédé par la voie sèche ou par saponification sulfurique et distillation.— Ce procédé, qui repose sur des données scientifiques émises isolément par MM. Chevreul, Fremv et Dubrunfaut, n’est exploité d’une manière régulière que depuis 1844, époque à laquelle quatre chimistes anglais, notamment M. G. Wilson, puis en France MM. Masse et Tribouillet, ont su en combiner industriellement les différentes phases. Ce qu’il offre d’avantageux, c’est qu’il est applicable à toutes les matières grasses, de quelque qualité qu’elles soient, dont on ne pourrait tirer parti par le procédé de la saponification calcaire. On emploie principalement les huiles de palme, de coco, de cotonnier, les graisses communes, telles que : graisses de Reims et de Tourcoing , extraites des eaux savonneuses, graisses d’os , graisses vertes, flambart , graisses dites de boyaux, résidus et dépôts d’huile d’olive , de morue, de baleine, etc.
Le procédé nouveau repose sur ce principe que l’acide sulfurique concentré mis en présence des corps gras en détermine la saponification, c’est-à-dire qu’il convertit les principes neutres de ces corps en acides gras et en glycérine, absolument comme le fait la chaux; seulement les acides gras et la glycérine procréés forment avec l’acide sulfurique des acides doubles ou complexes qu’on désigne sous les noms d’acides sulfosléarique, sulfomargarique, sulfoléique, sulfopalmitique, sulfoglycêrique.
Ces composés sont solubles dans l’eau froide, mais ils sont décomposés par l’eau bouillante, qui dissout l’acide sulfurique et la glycérine, et laisse surnager les acides stéarique, margarique, oléique, palmitique.
On opère en grand cette curieuse métamorphose de plusieurs manières. La plus avantageuse est celle que M. Knab a fait adopter dans beaucoup d’usines sous le nom de méthode par fractionnement. Voici en quoi elle consiste :
Les corps gras sont contenus dans un vaste récipient en briques surmonté d’une hausse en bois plombé A ( fig . 900), dans le centre duquel se trouve un serpentin de vapeur qui maintient une température de 90°. A côté est placée une grande cuve, B, dite cuve à décomposer , au tiers remplie d’eau qu’une injection de vapeur porte à 100°. Sur cette cuve repose un réservoir, C, d’acide sulfurique maintenu à 90° par un Girardin. — III. 20
serpentin de vapeur, et sur l’un des bouts une caisse oblongue, D, doublée de plomb, pouvant basculer de manière à verser son contenu dans la cuve/ Un ouvrier fait couler dans la caisse, au moyen du robinet r, 50 kilogr. de matière grasse liquéfiée, puis verse sur celle-ci 15 kil. d’acid
Fig. 900. — Saponification sulfurique par fractionnement.
sulfurique provenant du réservoir C ; il agite vivement le mélange au moyen d’un râteau, et après une minute ou deux de contact, lorsque le liquide tourne au noir, indice que les acides sulfogras sont déjà formés, il vide la caisse dans la cuve à décomposer, et recommence un nouveau mélange.
L’eau bouillante opère immédiatement la décomposition des acides complexes; l’acide sulfoglycérique et l’acide sulfurique, mis en liberté, se dissolvent dans l’eau, tandis que les acides gras surnagent. Au moyen de robinets convenablement placés, on décante les acides gras d'un côté et le liquide sulfurique d’un autre. Ce dernier est dirigé dans une vaste citerne où, après repos, les dernières portions d’acides gras, tenus en suspension, montent à la surface et peuvent être réunis à ceux qu’on a décantés.
Ces acides, fortement colorés en noir, sont lavés trois fois à l’eau chaude. On les soumet à la distillation sous l’influence de la vapeur surchauffée, soit dans un alambic en fonte , de forme lenticulaire, pouvant recevoir de 1000 à 1500 kilogr. de matière, soit dans une espèce de cloche en fonte qui plonge dans un bain de plomb maintenu entre 328 et 330°, et dans laquelle on laisse couler un filet d’acides gras, soit dans une vaste cornue en cuivre ou en fonte, assise dans une construction solide en maçonnerie, comme on le voit dans la figure 901. Quelle que soit, au reste, la forme de l'appareil, on fait traverser les
DES BOUGIES STÉARIQUES
-acides par un jet abondant de vapeur d’eau surchauffée à 350 ou 380°, qui les vaporise et les entraîne rapidement. L’opération dure douze heures.
Dans la figure ci-dessous, on voit en A le fourneau dans l’intérieur duquel est logé un serpentin en fer doux destiné à surchauffer
Eig. 901. — Distillation des acides gras.
la vapeur qui entre par le tube a, venant d’un générateur; cette vapeur arrive dans la cornue B, placée en dehors du fourneau, par un tube terminé en pomme d’arrosoir et qui plonge jusque près du fond de la cornue qu’on a remplie aux trois quarts de sa capacité d’acides gras fondus à l’aide des tubes 6,6 en communication avec un réservoir supérieur. Le tube C, qui est adapté au col de la cornue, relie celle-ci à un serpentin en fer c, entouré d’eau, placé dans une caisse en tôle D. Les produits de la distillation, eau et acides gras, se réunissent dans un récipient d que surmonte un long tuyau métallique F, qui porte au dehors les gaz et vapeurs combustibles.
Les produits distillés, convenablement refroidis, sont soumis à une pression à froid et à une pression à chaud, quand on veut fabriquer les bougies de première qualité. Celles-ci sont toujours un peu moins solides et plus fusibles que celles qui proviennent de la saponification calcaire.
Pour faire certaines bougies, nommées composites , on ne soumet à aucune pression les acides gras distillés, surtout quand on a opéré sur l’huile de palme, qui ne fournit que très-peu d’acide gras liquide.
En Angleterre, on ajoute aux acides comprimés de la môme huile le produit solide obtenu par la compression de l’huile de coco. Ces bougies brûlent sans qu’il soit besoin de les moucher, mais elles sont moins consistantes et plus fusibles que les bougies de première qualité.
Quelquefois, on leur donne un aspect plus agréable et un toucher plus sec, en les revêtant d’une mince couche d’acide comprimé d’huile de palme. A cet effet, on emplit les moules de cet acide et on les vide presque aussitôt; leurs parois se recouvrent ainsi d’acide gras, et c’est dans cette enveloppe que l’on coule la composition pour bougies.
La saponification calcaire du meilleur suif produit, au maximum, 47 p. 100 d’acides concrets. La saponification acide du même suif fournit, en moyenne, 62 p. 100 ; il y a donc une augmentation de produits égale à 15 p. 100. Dans les acides gras ainsi produits, il n’y a plus d’acide stéarique, comme dans le premier cas ; il n’y a que des acides margarique et élaïdique. Les bougies qu’on en fabrique devraient donc être nommées bougies margariques . — L’acide solide de l’huile de palme est spécial; on le nomme ‘palmitique : il fond à + 58°.
Les bonnes bougies de VÈtoile ou bougies stéariques fondent à -+- 55°, 5;
Les bougies palmitiques fondent à 51°, 3,
Et les bougies margariques composites , entre 40 et 44°.
Les bonnes bougies doivent être dures, sonores, blanches, légèrement diaphanes, exemptes d’odeur, et ne graisser ni le papier qui les enveloppe, ni les doigts qui les touchent.
On les vend en paquets d’un demi-kilogr., enveloppées dans un papier de soie, puis dans un gros papier blanc, portant ordinairement l’étiquette de la fabrique. — Les paquets en contiennent 5 ou 8. — Les bougies de 5 au paquet sont les plus employées pour l’éclairage ordinaire, c’est-à-dire pour les lustres, chandeliers et candélabres de cheminée, etc. Celles de 8 au paquet, de même grosseur que les précédentes, mais plus courtes, sont plus particulièrement destinées aux bougeoirs portatifs et à ceux qui sont fixés aux pianos ou aux pupitres des musiciens.
Depuis 1866, plusieurs innovations dans les procédés de fabrication ont été introduites dans un certain nombre d’usines. Je veux vous en dire quelques mots.
3° Saponification par le chlorure de zinc. — MM. Krafft et Tessié du Mottay ont reconnu que le chlorure de zinc anhydre, chauffé entre 150 et 200°, en présence des corps gras neutres, en opère la saponification à la manière de l’acide sulfurique.
En effet, si on lave plusieurs fois à l’eau chaude, el mieux avec de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, le produit de la réaction, et si on le soumet à la distillation sous l’influence de la vapeur d’eau surchauffée, on obtient des acides gras identiques à ceux que fournit la saponification sulfurique : 8 à 12 p. 100 de chlorure de zinc suffisent pour acidifier les corps gras; et comme ce sel reste intact dans les eaux de lavage, il peut servir indéfiniment, pour ainsi dire, à la même transformation»
DES BOUGIES STÉARIQUES
Vous entrevoyez tous les avantages de cette substitution du chlorure de zinc à l’acide sulfurique, dans les pays où ce dernier n’est pas fabriqué et où, par conséquent, son transport, toujours dangereux, en élève considérablement le prix.
4° Saponification par l’acide sulfurique sans distillation. — M. de Milly est parvenu à rendre pratique un procédé indiqué en 1 855 par M. Fremy qui cherchait à éviter la distillation des acides gras obtenus par la saponification sulfurique. Cet habile industriel chauffe les corps gras à 1 18 ou 120° et les fait ensuite couler dans une baratte en fonte où l’on introduit 6 p. 100 d’acide sulfurique à 66°. Le contact, favorisé par l’agitation, est maintenu pendant deux minutes. Ce mélange est ensuite dirigé dans une cuve contenant de l’eau en ébullition. Les acides gras sont lavés de manière à ne pas conserver trace d’acide sulfurique ; ils sont ensuite moulés en tourteaux à la manière ordinaire, puis pressés à froid et à chaud. Une seconde pression à chaud procure des tourteaux d’une blancheur éclatante. Les bougies qu’on en obtient ont toutes les qualités de celles que fournit la saponification calcaire.
o° Saponification hydrique en vases clos. — En soumettant les corps gras à l’action de la vapeur forcée jusqu’à 14 atmosphères, M. Fremy a constaté qu’on en détermine la saponification. Ce système, désigné sou* le nom de procédé Renner, inventeur des appareils qui y sont consacrés, est installé chez MM. Perré et fils, à Elbeuf : il donne d’excellents produits en acide stéarique et en glycérine ; il fait une économie totale de la chaux et de l’acide sulfurique, ce dernier ne devenant nécessaire que pour tes lavages, absolument comme ils se pratiquent après la saponification calcaire.
6° Saponification calcaire en vases clos. — Enfin, chez MM. Viallon et Gémier, de Lyon, on saponifie le suif en autoclave, sous une pression de 5 atmosphères, en n’employant que 1 1 p. 100 de chaux au lieu de 14. On obtient des produits de la plus belle qualité, aussi bien en acide stéarique qu’en acide olêique et en glycérine.
La saponification en vases clos, avec ou sans chaux, est destinée à remplacer la saponification à air libre, en raison de l’économie et de la bonté des produits.
DES PRINCIPES IMMÉDIATS NEUTRES (süite).
Sommaire. — Corps gras difficilement saponifiables. — Blanc de baleine. — Des bougies diaphanes. — Des Cires, et en particulier de la Cire d’abeilles. — — Des bougies de cire. — Des Huiles volatiles. — Propriétés et nature chimique. — Modes d’extraction. — Du parfum des fleurs. — Production artificielle des huiles volatiles. — Leurs nombreux usages.
2e CLASSE. — CORPS GRAS DIFFICILEMENT SAPONIFIABLES.
Les corps gras compris dans cette classe sont, comme je l’ai déjà dit, le Blanc de baleine et la Cire. Voyons ce qu’il y a d’essentiel à connaître sur chacun d’eux.
Ou Blanc de baleine.
On connaît depuis fort longtemps dans le commerce, sous les noms de Blanc de baleine et de Spermaceti , une matière grasse, solide, d’un blanc éclatant, formée par la réunion de petites écailles luisantes, douces et onctueuses au toucher, d’une odeur faible.
État naturel. — Extraction. — Cette matière est tenue, partie en suspension et partie en dissolution, dans une huile grasse abondante qu’on trouve dans l’énorme cavité crânienne de plusieurs espèces de cachalots et des autres cétacés, mais principalement du physeter ma crocephalus.
Cette sorte de cachalot, qui parvient à une taille de 22 à 25 mètres et dont le corps offre une circonférence de 14 à t6 mètres environ, a une tête énorme, en forme de cube imparfait, qui fait à peu près le tiers de sa longueur. C’est dans les vastes chambres qui occupent la partie supérieure et antérieure de cette tête qu’est rassemblée l’huile, d’un jaune ambré, qui renferme quelquefois jusqu’à 20 tonneaux et au delà de blanc de baleine.
Cette huile, étant retirée des cavités qui la recèlent, puis abandonnée à l’air pendant quelques jours, se fige en refroidissant et se prend en lames cristallines, qui restent en suspension dans un fluide jaunâtre. On lui donne à cet état le nom de blanc de baleine ou blanc de cachalot brut. Il en arrive ainsi de grandes quantités en barriques de 5 à 600 kilogr. des États-Unis et de quelques autres pays.
En séparant par la filtration à travers des sacs de laine les deux parties dont se compose ce produit brut, on obtient le liquide qui prend le nom d'huile de cachalot, et une substance grenue d’une couleur