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DE LA GUTTA-PERCHA

les formes qu’on lui a données, et elle devient alors plus dure que la corne et le bois. Son moulage, facilité par la température et la pression, peut reproduire les plus fins détails et le poli des moules; aussi est-ce principalement avec elle que les galvanoplastes prennent en creux les empreintes des médailles et autres objets qu’ils veulent reproduire en métal.

Elle ne possède, du reste, à aucune température, cette extensibilité élastique qui caractérise le caoutchouc.

La gutta est à peine attaquée par les huiles grasses, l’alcool et l’éther.

Les huiles volatiles, l’huile de houille, la benzine, la dissolvent partiellement à froid, mais presque en totalité à chaud. Le sulfure de carbone et le chloroforme la dissolvent facilement à froid, et à chaud ils en prennent des proportions notables.

L’acide azotique concentré l’attaque très-vivement : les acides sulfurique et chlorhydrique ont aussi sur elle une certaine action et la rendent cassante. Les alcalis concentrés sont sans action.

Usages. — C’est en 1842 que la découverte de cette singulière substance fut faite par un Anglais, le docteur Montgommerie, qui vit à Singapore différents ustensiles fabriqués avec elle par les indigènes ; il s’en procura une certaine quantité, et en reconnut les principales propriétés.

Les Indiens l’appliquent à la préparation des toiles imperméables, des chaussures, des manches d’outils, d’instruments divers et d’une foule d’ustensiles de ménage. Ses propriétés physiques l’appellent à jouer le rôle du cuir, qu’elle surpasse par la faculté de se ramollir dans l’eau chaude, et de reprendre la dureté du bois au-dessous de + o0°. Tous les objets fabriqués en gutta-percha sont résistants, non fragiles, et, lorsqu’ils sont hors de service, il suffit de les tremper dans l’eau chaude pour les raccommoder ou pour les faire servir à une nouvelle fabrication. Un autre avantage, c’est que les objets en gutta-percha ne subissent aucun changement dans les climats chauds et humides, tandis que les objets en caoutchouc deviennent à peu près inutiles dans ces localités.

11 n’en fallait pas tant pour attirer l’attention du commerce anglais : aussi, depuis 1844, s’expédie-t-il de très-grandes quantités de cette substance en Angleterre ; l’on craint même déjà que l’exploitation inconsidérée des arbres qui la produisent n’amène prochainement leur extinction totale dans les pays où ils croissent.

Les applications de la gutta-percha sont devenues innombrables en Europe. On en fait des courroies pour les transmissions de mouvement dans les machines; des fils, cordes et lanières pour former des ligatures tenaces qui résistent parfaitement à l’humidité; des tubes et tuyaux de tous calibres pour la conduite des liquides ; des feuilles excessivement minces pour interposer entre les doublures des vête-

ments; des cannes, des fouets, des cravaches, des rouleaux pour l’impression typographique, des vases de toutes formes, des instrumenls de chirurgie et cent autres objets d’utilité ou d’ornement. On confectionne aussi avec la même substance des tubes acoustiques et des tubes servant à soutenir les fils électriques des télégraphes sous-marins, car c’est encore une des remarquables propriétés de la gutta-percha, lorsqu’elle est pure, d’être aussi peu conductrice de l’électricité que la résine ou le verre. MM. Bickford-Davey-Chanu et Cie, des Chartreux, près Rouen, garantissent de toute humidité leurs fusées de mine en les recouvrant d’une couche mince de gutta-percha, si bien qu’elles peuven brûler sous l’eau aussi facilement que dans les terrains secs.

Plus récemment, on a eu l’idée de soumettre la gutta-percha à la vulcanisation, soit seule, soit mélangée avec deux fois son poids de caoutchouc, et on lui a communiqué plus de fermeté, plus de résistance aux températures élevées, si bien qu’elle est devenue propre à la confection des chaussures, des rondelles de robinets, des obturateurs et soupapes pour les appareils à eaux gazeuses, etc.

La solution de gutta-percha dans le sulfure de carbone, décolorée par le noir animal à une douce chaleur, laisse déposer par son évaporation sur une surface de verre des lames très-minces, homogènes, d’une blancheur qui les fait ressembler à de l’ivoire, et qui présentent l’aspect et la demi-transparence du papier. M. Perrot a pu s’en servir pour tirer des épreuves de gravure et de lithographie. En chauffant ces feuilles au-dessus de -f- 60°, leur porosité diminue et elles ont alors l’aspect du papier huilé.

Je m’arrête; j’en ai dit assez pour vous faire comprendre l’importance de cette singulière substance, qui, non moins prélieuse que le caoutchouc, est devenue indispensable à l’industrie et à l’économie domestique. On n’en importe pas moins de 60000 kilogr. en France chaque année.

principes immédiats colorants ou Matières colorantes.

T. a nature a répandu avec profusion sur les plantes et les animaux une variété infinie de couleurs qui rivalisent souvent, par leur éclat et leur pureté, avec les nuances de l’arc-en-ciel. Ce phénomène de coloration présenté par les matières organiques a, dans tous les temps, attiré l’attention des observateurs et éveillé leur curiosité sur la cause qui le produit.

Croyant, d’abord, qu’il était dû à une substance particulière, créée dans l’intérieur des organes et plus ou moins modifiée par les agents extérieurs, les anciens chimistes admirent un principe colorant uni que, qu’ils ne purent, toutefois, obtenir à l’étal de liberté. Mais, en étu-

DES VÉGÉTAUX ALIMENTAIRES

diant mieux les caractères de ces couleurs si diverses, en comparant leur manière d’être, et en apprenant à les isoler des cellules Organiques où elles sont déposées, leurs successeurs ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’il y avait, pour ainsi dire, autant de principes colorants que de couleurs distinctes; car on ne saurait confondre sous un même type le rouge vif de la cochenille, le jaune de la gaude et le bleu si intense de l’indigo.

Cette variété de nuances des tissus animaux et végétaux fut, dès lors, attribuée à la différence de constitution chimique des matières colorées ou colorantes qu’ils renferment, et l’on parvint peu à peu, à l’aide de recherches patientes et laborieuses, à mettre hors de doute l’existence de principes immédiats de nature variable, qu’on réunit dans une seule classe, sous les noms génériques de Matières colorantes et de Principes colorants.

Ce serait ici le lieu de faire l’étude de ces principes spéciaux, mais il me paraît préférable de ne pas séparer cette étude de celle des matières qui les fournissent ou de ce qu’on appelle les Matières tinctoriales , et par suite des applications qu’on en fait à la coloration des fibres textiles. Ce ne sera donc qu’après avoir parlé de ces dernières que je reprendrai l’histoire des matières colorantes. 11 y aura ainsi pins d’unité et d’intérêt dans cette partie si importante de la chimie industrielle.

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