Chez le sexe féminin surtout^ il est plus commode
plus expéditif, plus facile d'ausculter les carotides et les sous-clavières que les crurales;
SL^ Il est fréquent de percevoir distinctement le double souffle dans les carotides et dans les sous-clavières (et dans ces dernières au dessus et au dessous de la clavicule) par la simple application du stéthoscope, sans compression; dans les crurales, c'est plus rare.
Toutes ces raisons sont de grande importance dans la pratique, comme vous le verrez; ne laissez jamais échapper l'occasion de les vérifier.
La dernière considération me conduit à traiter de l'importance de l'effet de la compression des artères sur les bruits dont elles sont le siège. Sur ce point encore, je ne suis pas entièrement d'accord avec l'opinion de Mr. le Dr. Durozier, comme vous allez le voir.
Nous trouvons excessive l'importance que notre distingué confrère français attribue aux bruits artériels obtenus à l'aide de la compression.
En vérité, par la compression on modifie l'état nature des parties, ce qui peut donner lieu â des phénomènes, principalement d'ordre physique, qui auparavant n'existaient pas et qui, sous cette modification, ne se seraient peut-être point produit, et lesquels peuvent alors être de simples effets du moyen employé. De là vient une raison majeure de choisir les carotides et les sous-clavières pour l'auscultation, qui dénonce dans ces artères les bruits anormaux, sans qu'ils soient déterminés par un moyen artificiel, par la compression.
Mon observation ne justifie pas complètement l'opinion de ceux qui, comme Mr. le Dr. Durozier, admettent que
dans l'insuffisance aortique, la pression au dessus du stéthoscope produit le premier bruit, et que la pression au dessous produit le secmd.
Dans un grand nombre de cas d'insuffisance aortique qui se sont offerts à mon examen, j*ai enregistré beaucoup de circonstances relatives à la compression faite tantôt avec le stéthoscope, tantôt avec les doigts, tantôt de ces deux manières simultanément, non seulement sur les crurales, mais encore sur plusieurs autres artères accessibles à ce moyen d'investigation. Je veux vous donner les résultats de mon observation, afin que vous puissiez les confronter avec ceux qu'ont obtenu d'autres praticiens.
Pour vous représenter les modifications qu'offi'ent les bruits artériels par la pression, nous supposerons à cette dernière trois degrés, un premier, un second, un troisième, que par abréviation j'appellerai pression petite ou faible, moyenne et forte, pour chacun des trois modes de l'exercer, c'est-à-dire selon qu'elle est faite avec le stéthoscope ou avec les doigts, tantôt au dessus, tantôt au dessous de cet instrument. Ce que nous allons exposer a rapport à l'insuffisance aortique. Je vous prie, messieurs, de vouloir bien prêter toute votre attention à ce sujet.
I.° Pression avec le stéthoscope, — Il peut se présenter diverses circonstances qu'il convient d'examiner. Dans l'artère il se manifeste deux bruits ou un seul, c'est le premier ou le second.
Si dans l'artère on perçoit deux bruits naturellement, la petite pression (l.®"" degré de pression) augmente l'intensité et la rudesse du premier bruit, et diminue, rend moins apparent le second. Avec l'augmentation de la pression jus-
qu'à UD certain point, pression moyenne (2/ degré de pression), le second bruit cesse et le premier atteint son maximum d'intensité et de rudesse ou il a déjà décru. Ayec la pression maximum (3/ degré de pression qui oblitère complètement ou à peu près Tartère), le premier bruit disparaît également; il y a aphonie complète.
Voilà ce que je tous ai montré dans les carotides et les sous-clavières de notre malade, et aussi dans les crurales du malade de la salle S.^ Sébastien.
Si dans l'artère un seul bruit est perceptible, et c'est le premier, ce qui arrive le plus souvent, ce bruit va croissant en force avec l'augmentation de la pression (faible pression) jusqu'à un certain point (maximum d'intensité du bruit, moyenne pression), au delà duquel il va en décroissant avec l'augmentation de pression jusqu'à ce qu'il cesse complètement (pression maximum); aphonie artériel. C'est ce que vous avez vérifié dans les crurales de cette malade, chez laquelle au lieu d'un double souflfle il n'y a qu'un bruit isochrone avec la dilatation de l'artère.
Si le second bruit artériel est seul manifeste à l'auscultation, ce qui est plus rare, la faible pression rend ce bruit plus accentué, moins cependant que ce qui arrive avec le premier bruit, quand il existe, et d'ordinaire le second bruit anormal s'affaiblit sous l'influence d'une plus grande pression et devient imperceptible plus promptement. Le Dr. Durozier ne dit pas un mot des effets de la pression stéthoscopique ; il l'a complètement négligé, sous ce rapport, comme tous les cardiopathologistes dont nous avons consulté les ouvrages.