Pression digitale sur V artère au-dessus du stéthos
cope^ — Ici les trois degrés de pression avec les doigts, produisent dans le double bruit des modifications analogues à celles de la pression avec le stéthoscope ; avec cette différence cependant, que le premier bruit, au moment qu*il se montre plus intense et plus rude, devient, dans le même temps, plus clair, plus résonnant, et couvre plus facilement le second bruit.
Si Tauscultation révèle un seul bruit dans Tartère explorée, les résultats de la pression centrale (au dessus du stéthoscope) sont ceux qui ont été relatés à propos de la pression avec le stéthoscope, mais ils sont cependant plus prononcés.
3.® Pression digitale au dessous du stéthoscope^. — Si dans l'artère deux bruits, le double souffle, sont perceptibles, par une petite pression inférieure (2 à 3 centimètres au dessous dupoint d'application du stéthoscope), Tintensité, la rudesse et la rèsonnance du second bruit deviennent plus fortes, et le premier bruit est moins manifeste. Par une moyenne pression, le second bruit atteint le maximum d'intensité, de rudesse et de rèsonnance, alors que le premier a beaucoup décru ou déjà ne s'entend plus. Avec le maximum de pression cessent les deux bruits, la disparition du second étant précédée de celle du premier. C'est l'inverse de ce qui s'observe avec la pression centrale ou supérieure (au dessus du stéthoscope).
' Par concision elle po\}TTB,\xs'sipfe\eT pression centrale ou supérieure.
2 Elle pourrait prendre le nom de pression périphérique ou inférieure.
Si Tartère est le siège d'un brait uaiqae. le premier oa le second, la pression inférieure^ dans ses divers degrés, produit dans chacun de ces bruits les modifications indiquées par rapport à chacun d'eux, quand ils coexistent dans la même artère. Aucun auteur que nous sachions, y compris le Dr. Darozier, n'a traité ni même indiqué ces particularités.
Un autre phénomène peut avoir lieu dans l'hypothèse actuelle ; j'appelle sur lui toute votre attention, à cause de son importance. Quand la simple auscultation révèle uniquement dans l'artère le premier bruit, il arrive très-souvent que la pression digitale au dessous du stéthoscope fait apparaître le second bruit anormal, et Ton perçoit de cette façon un double souffle artériel.
Mais, notez-le bien, cela n'a pas toujours lieu, ce dont vous donne un exemple la malade qui fait le sujet de cette leçon; quoique notre observation ait été des plus scrupuleuses et des mieux dirigées, quoique nous ayons fait tous nos efforts pour découvrir un double souffle crural chez cette malade, nous n'avons jamais pu y parvenir.
Il est donc inexact d'affirmer que la pression en aval produit le second bruit, la proposition étant prise dans un sens absolu ou dans toute sa latitude, bien que vraie dans beaucoup de cas.
Je vous présenterai encore une circonstance qui ne laisse pas de réclamer beaucoup d'attention. Il y a des cas, rares à la vérité, dans lesquels la simple auscultation des artères ne dénonce aucun bruit; quel est alors l'effet de la pression sur ces vaisseaux?
L'observation m'a fait voir qu'un certain degré de près-
sion, avec le stéthoscope ou avec les doigts au dessus de cet instrument, donne lieu, dans certains cas, au premirr bruit, et que dans d'antres cas, aucun bruit ne se produit; la pression avec le stéthoscope ou avec les doigts au dessous du stéthoscope rend aussi perceptible le second bruit quelquefois, mais non pas chez tous les malades. On ne saurait donc ériger en loi, que la pression en amont produit le premier bruit, et que la pression en aval produit le second, ainsi qu'on Ta avancé. Toutes les formes ou manières de pression peuvent manifester le premier ou le second bruit, ou simultanément les deux, ou bien rester sans aucun effet.
Si en vue des faits que j'ai observés, j'avais à formuler mon opinion sur ce sujet, je m'exprimerais ainsi:
La pression graduée, jusqu'à un certain point, sur les artères avec le stéthoscope ou avec les doigts, tantôt au dessus tantôt au dessous, rend plus manifestes leurs bruits, et les découvre dans beaucoup de cas où ils étaient imperceptibles : la pression au dessus ou supérieure est la plus efficace pour la manifestation du premier bruit, et la pression au dessous ou inférieure pour celle du second bruit.
Il est superflu de vous prévenir que c'est simplement pour rendre plus tranchés les résultats de la pression sur les artères, dans les diverses circonstances supposées, que nous avons admis trois degrés dans cette pression. Ces degrés, comme les modifications acoustiques qui leur correspondent, n'ont point de limites rigoureuses; on passe insensiblement, par une série d'oscillations, de l'un à l'autre, et c'est l'ouie qui les distingue et les limite. Mais il
est certain que depuis la plus légère pression jusqu'à celle
qui oblitère Tartëre, le bruit oITre deux périodes, l'une dans laquelle il va en augmentant d'intensité jusqu'au maximum, l'autre dans laquelle il descend jusqu'à s'éteindre, et par conséquent on a un accroissement, un maximum, une décroissance, un minimum, puis une extinction complète.
Tel est, messieurs, le résumé des résultats de mon observation sur le sujet délicat qui a occupé notre attention. C'est une matière qui n'a pas été entièrement explorée ; elle n'est probablement connue que d'un petit nombre de praticiens. Je n'ai vu aucun écrit dans lequel soient rapportées toutes les particularités que nous avons étudiées, et ont été indiquées. Même dans son travail déjà cité^ travail spécial et le plus complet sur la matière, et dont la lecture vous doit être profitable, M. le Dr. Durozier a limité son étude clinique au double souffle crural, tandis que non seulement nous avons considéré les autres artères de grand calibre, mais nous avons encore traité des effets de la pression sur les deux bruits artériels simultanément et sur chacun d'eux en particulier; et même du cas spécial où la simple auscultation ne dénonce aucun bruit artériel, et bien plus, des , effets de la combinaison de la pression stéthoscopique et digitale sur les bruits artériels, comme je vous le ferai voir.
Dans ce grand hôpital civil, où vous faites vos études pratiques, se trouvent beaucoup d individus atteints de maladies cardiaques; nous avons ici une mine fort riche de cas cliniques, que vous devez explorer avec toute attention et tout le soin possibles, pour le bien de la science et de l'humanité, qui attendent beaucoup de vous.
Je terminerai cette leçon, en vous présentant les conclu-
sions fondamentales qui se déduisent de tout ce que nous avons dit:
t;^ Dans l'auscultation des artères, la pression soit avec le stéthoscope, soit avec les doigts, au dessus ou au dessous du point où Ton ausculte, est um moyen auxiliaire utile pour la connaissance des bruits artériels;
â.® Le double souffle crural est un symptôme important pour le diagnostic de Tinsufiisance aor tique, mais ne constitue pas un signe constant, pathognomonique de cette maladie ;
3.® Par la plus grande fréquence et sa manifestation plus facile, le double souffle des carotides et des sous-clavières a une plus grande valeur séméiologique, dans l'insuffisance aortique, que le double souffle crural;
Ces conclusions résument l'opinion que depuis longtemps je me suis formée sur ce sujet"; aujourd'hui encore je la conserve intacte. Le champ est ouvert et libre pour vos proprès recherches. Acquerrez toute l'adresse possible dans les précieux moyens d'exploration, que possède la science; récueillez avec beaucoup de soin les faits, car vous faciliterez ainsi la construction de l'édifice. Ne laissez pas refroidir votre ardeur devant les aspérités du chemin que vous avez à parcourir; avec de la persévérance et la rectitude du jugement vous réussirez à aplanir beaucoup de difficultés.