‹ Leçon cliniques sur les maladies du cœur, trChapitre 20 sur 28 · PERCUSSION DIRECTE DU THORAX! DE LA MOITIÉ DU ^S^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

PERCUSSION DIRECTE DU THORAX! DE LA MOITIÉ DU ^S^ SIÈCLE

jusqu'au COMVIENCEMENT DU 19/

Cette période est beaucoup plus importante, beaucoup plus remarquable, par la nouvelle et brillante clarté qu'elle a répandue sur le diagnostic, jusqu'alors très-obscur, d'une grande partie des maladies des organes thoraciques.

Pour nous convaincre de Tétat des connaissances médicales sur le diagnostic de ces affections, il suffit de lire les premières pages du Traité d'auscultation médicale de l'immortel Laennec; il n'a pas craint d'affirmer que: «Avant la découverte d'Avenbrugger, la moitié des peripneumonies et des pleurésies aigiies, ainsi que presque toutes les pleurésies chroniques, devaient nécessairement être méconnues ; et que dans les cas où le tact d'un médecin éclairé les aurait pu faire soupçonner, rarement pourrait-il lui inspirer assez de confiance pour le déterminer à employer un moyen héroïque.*»

Aujourd'hui que l'on pratique à merveille la percussion thoracique, aujourd'hui que l'on connaît tout le parti qu'on

1 Traité de Vauscultation médicale, t. l.**, pag. 7, 4.' éd. Paris, 1837.

en tire pour asseoir on diagnostic avec fermeté et conviction, comme on a coutume de le faire, on peut apprécier combien serait regrettable l'absence de ce moyen d'exploration, puisque tous les praticiens reconnaissent la communauté des symptômes généraux de la plus grande partie des affections intrathoraciques, et que Ton sait que les variétés de ces symptômes ne correspondent point, d'une manière constante, à des modifications dans les altérations organiques.

II revient à Avenbrugger la gloire immortelle d'avoir appliqué la percussion au diagnostic des maladies thoraciques; il a ouvert à l'étude un champ entièrement nouveau. Ce médecin donne de la publicité à la découverte en faisant paraître en 1761 un petit livre intitulé: Inventum novum ex percussùme thoraois humaniy ut signo abstruses intetTii pectoris morbos detegendi.

En méditant cet ouvrage, on reconnaît facilement, comme le remarque avec raison le dr. Malliot, la méthode et la clarté des observations de son célèbre auteur; on y voit l'état physiologique déterminé pour servir de terme de comparaison, ce que ses prédécesseurs n'avaient jamais fait. Avenbrugger a cherché à bien délimiter la situation, l'étendue et les rapports du cœur et des poumons. Cette connaissance préalable de l'état normal était indispensable, et c'est pourquoi Avenbrugger consacra les premières pages de son ouvrage à l'examen de la poitrine saine, à la détermination des sons tirés par la percussion de ses différentes régions. Il établit ainsi que la résonnance du thorax, obtenue par la percussion, s'étend à la partie antérieure, à droite, depuis la clavicule jusqu'à la 6.*' côte; à gauche de la cla-

Yicole à la 4/ cAte seulemeDt; sar les côtés, depuis le creux axillaire jusqu'à la 7/ côte ; en arrière, des omoplates à la 9/ ou 10.^ côte. Le même résultat s'obtient dans la colonne vertébrale dans la partie correspondante au thorax. Toute la région sternale résonne, excepté dans les points occupés par le cœur: au-dessous de la 4.® côte gauche le son est mat, ce qui est dû à la présence de l'organe central de la circulation. Il y a ici quelques inexactitudes qui furent successivement corrigées.

Avenbrugger décrit sa manière de percuter, qu'il réalisait en frappant la poitrine lentement et doucement avec l'extrémité des doigts rapprochés les uns des autres et étendus; c'est le procédé que nous employons aujourd'hui pour produire l'ondulation des liquides contenus dans le ventre.

Le savant médecin a ensuite tracé les règles nécessaires pour faire la percussion, qui sont: rendre saillante la région que Ton veut percuter; par exemple, diriger la partie antérieure de la poitrine en avant, en tendant les muscles, les côtes et la peau; la paroi postérieure est rendue saillante en dirigeant en avant les épaules; les parois latérales, en étendant les bras sur la tête. Il conseille de couvrir la poitrine avec la chemise, ou de percuter avec la main garnie d'un gant, qui ne soit pas uni; de percuter durant l'inspiration et l'expiration, et plus fortement chez les personnes grasses que chez les maigres, etc.

Après ces préceptes et bien d'autres, Avenbrugger passe à l'appréciation de la valeur diagnostique des sons anormaux et fait suivre ses considérations, essentiellement pratiques, de véritables aphorismes, relatifs à la connaissance de telle ou telle affection.

 la suite de ces généralités, Tinventeur de la percussion thoracique entre dans des détails au sujet de quelques maladies aiguës et chroniques des poumons, de la plèvre^ du cœur et du péricarde.

L'ouvrage d*Avenbrugger fut traduit en français par Rozière de la Chassagne (1770), mais il parait que cette version fut peut lue; on n'en parla point ou fort peu en France^ dit Pariset.

La même chose arriva en Angleterre à la notice, quoiqu' incomplète, publiée par Cullen, et en Allemagne malgré les éloges de Stoll et la recommandation de son digne et savant commentateur, le distingué praticien de Vienne, I Eyerel.

Tel fut l'abandon où tomba la découverte d'Avenbrugger, que même dans les écoles médicales de France on ne disait pas un seul mot sur la percussion.

Le médecin qui, le premier en France, l'employa sur une plus grande échelle et avec le plus de succès, fut un praticien déjà renommé par ses études spéciales sur les maladies du cœur et dont les écrits avaient vivement impressionné le monde savant: ce fut le célèbre Corvisart qui, ne connaissant point au début de sa clinique la découverte du médecin de Vienne, se contenta, après avoir pratiqué pendant plus de vingt ans le nouveau moyen d'exploration, de traduire et de commenter Avenbrugger * dés qu'il eût entendu parler de son ouvrage. Nous citerons un passage de Corvisart qui prouve de la façon la plus évidente la noblesse

^ Nouvelle méthode pour reconnaître les maladies de la poitrine, etc., par Avenbrugger: ouvrage traduit du latin et commenté par J.N. Corvisart. Paris, 1808.

de son caractère, car le langage de cet illustre médecin est vraiment admirable: c J'aurais pn, dit-il, m'élever an rang d'auteur en refondant l'œuvre d'Avenbrugger et en publiant un ouvrage sur la percussion. Mais par là, je sacriGais le nom d'Avenbrugger à ma propre vanité, je ne Tai pas voulu; c'est lui, c'est sa belle et légitime découverte que j'ai voulu faire revivre*.»

Honneur à Corvisart qui sut être juste à l'égard d'Avenbrugger. Chez les honunes probes les sentiments élevés s'associent ordinairement au mérite.

Corvisart était en réalité un médecin de véritable science ; il était supérieur à la plupart des praticiens de son époque, et cette supériorité, dit Pariset, il la devait non seulement à la perfection des sens, mais encore à l'éducation qu1l leur avait donné. Il serait bien à désirer que l'on gravât dans Tesprit des jeunes médecins la partie de In préface de l'ouvrage de Corvisart, dans laquelle ce clinicien profond démontre la nécessité d une éducation médicale des sens.

Corvisart fut le premier qui distingua dans la percussion la sensation tactile de la sensation acoustique.

Non seulement il donna une grande impulsion à loiivrage commencé, par le médecin de Vienne, mais encore il rectifia quelques uns des points déjà établis par ce dernier. Les commentaires de Corvisart sont en réalité lumineux.

Avenbrugger n'avait rien dit des altérations du son dues à rélévation du diaphragme, dans les cas de grossesse, hypertrophie hépatique, etc. Corvisart indique que la poitrine offre alors sa résonnance dans une moindre étendue.

^ Op. cit. prëf. du trad. p. xni.

SUR LES MALADIiSS DU CGEUR 153

Quant à la percussion thoraciqae dans les états morbides, Corvisart a beaucoup augmenté ce qu^Avenbragger avait enseigné.

Le savant cardiopatbologiste répandit Tétade de la percussion parmi ses élèves, démontrant chaque jour à sa clinique médicale les grands avantages de la nouvelle méthode d'exploration ; ses élèves la propagèrent dans toute FEarope.

Après Corvisart un grand nombre de médecins ont persévéré dans rétude de ce moyen d*exploration. Nous devons cependant noter qu'avec la découverte de l'auscultation médiate la percussion fut presque mise de côté, car celle-là attirait d'avantage l'attention tant à cause de sa nouveauté qu'en raison de ses secours extraordinaires. Laênnec ne flt donc point faire un pas à la percussion, tout absorbé qu'il était par l'étude du nouveau procédé d'investigation. C'est ainsi que se trouva paralysée letude de la percussion, bien que quelques médecins, parmi lesquels figure le dr. Mérat, soutinssent la lutte et eussent renversé les assertions des détracteurs de cette méthode d'exploration.

Ici finit la seconde période avec la décadence de la percussion. Il résulte de ce que nous venons de dire qu elle se compose de deux âges, l'un d'Avenbrugger, l'autre de Corvisart, et que la percussion eut une époque de prospérité et une autre de décadence.

Une nouvelle ère, messieurs, va s'ouvrir à votre méditation; c'est la période la plus brillante, que nous pouvons saluer avec ces paroles du poète de Mantoue: tMagnus ab ifUegro seculorum nasdtur or do *.»

* Virgile: Églog.

. Cette période constitue la plus grande gloire de M. Piorry» comme celle de la découverte de l'auscultatioa médiate fit la gloire toute entière de Laënnec.

Troisiôme période

PERCUSSION MÉDIATE DU THORAK ET DE l'aBDOBIEN

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