‹ Leçon cliniques sur les maladies du cœur, trChapitre 21 sur 28 · DE 1826 A · texte numérisé non relu

DE 1826 A

Au docteur Piorry revient la gloire de la découverte de la percus^on médiate (1826) et de la plus grande impulsion donnée à remploi de ce moyen fécond d'investigation.

Nos organes donnent à la percussion des sons différents, c'est un fait connu de tous; mais en outre de cette différence de son, les organes offrent également une différence très-notable relativement au degré de plus ou moins grande résistance qu'ils opposent aux doigts employés à la percussion ; le premier phénomène est perceptible non seulement pour rindividu qui fait Texploratioo, mais encore pour les assistants^ tandis qu'au contraire le second Test uniquement pour celui qui percute. Ce fait est un des plus remarquables de rhistoire de la percussion et demande beaucoup d'exercice pour être facilement apprécié dans la pratique.

Gorvisart avait déjà reconnu une certaine différence dans la résistance opposée par les organes à la percussion, ainsi qu'il résulte du passage suivant: «Une grande habitude de percuter, dit-il, fait ressentir au bout des doigts je ne sais quelle sensation qui avertit quelquefois si c'est un solide

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OU un fluide^» Làennec fait aussi allusion à la senscttion d'élasticité que Ton perçoit par la percussion. Mais de cette vague mention du phénomène à sa description, à la détermination de sa valeur sémèiologique, il y a un large inter<^ valle que découvrit le professeur Piorry, qui semble attacher plus d'importance à cette sensation tactile qu'aux sons tirés de sa percussion ^

Le phénomène était à peine entrevu, l'idée était à peine éveillée, que le dr. Piorry la féconda et donna naissance â une riche moisson de connaissances.

Nous devons avertir dès à présent que dans la pratique la Sensation tactile et la sensation aamsiique, fournies par la percussion, se confondent et, pour ainsi dire, se véri« fient mutuellement : c'est seulement en théorie qu'on peut les étudier séparément. Mr. Piorry insiste sur ce point dan» ses différents ouvrages sur la percussion et dans son traité de pathologie iatrique. La division des sons établie par le dr. Piorry, en pulmonaire, intestinal et hépatique, etc., que M. Skoda repoussa sans raison et si vivement dans son traité de percussion et d'auscultation, repose tout en<tière sur la notion du son et de la résistance à la perçus* sion. Walshe, partisan des idées de Mr. Piorry, reconnaît quatre espèces principales de modifications du son : 1 .^ une diminution de clarté qui arrive par degrés au son mat complet, avec diminution proportionnelle de la durée du son et augmentation de la résistance ; 2.* une augmenta-

^Nouvelle méthode^ etc. Trad. d'Avènbrugger; Paris, 1808.

^ Skoda, Traité de percussion et i" auscultation ;\T9A\i\i parAran;

Paris, 1854.

Il4

tion de clarté et de darée avec dimination de la rësistan- 08 ; 3.* une augmentatiOD de dartè et de darëe avec àagmentatioD de résistance ; 4.* des altérations de qualité qui se rapportent à trois types, son de bois, son tympanique et son creax ; ce dernier comprend trois variétés, son tnbaire on tabulé, son ampboriqne et son de pôt-félé K

Il est évident, d'après ce qui vient d'être exposé, que si par hasard on envisage la classiGcation de Piorry ou celle de Walsbe seulement par un de lenrs côtés, on les trouvera très-défectueuses, bien qu'elles soient éminemment pratiques.

Jusqu'à M. Piorry, on n'avait jamais parlé de circonscrire les organes abdominaux; ce médecin eut, le premier, pareille idée et la réalisa. Dans ce but il se livra à des observations cliniques et à des expériences cadavériques.

Cependant, chose remarquable, malgré la solidité des bases sur lesquelles M. Piorry appuie sa doctrine, elle fut si fortement combattue que le plus profond dédain atteignit non seulement sa découverte, mais encore celle d'Avenbrugger. Voici comment s'exprime M. Mailliot à ce sujet: cOn confondit tout en France dans la proscription générale; la découverte passée, la découverte présente: Âvenbrugger et Piorry.» Et cependant, l'ouvrage de Mr. Piorry avait été couronné par l'Académie des Sciences de Paris.

Il ne faut pas s'en étonner; celui qui approfondit quelque branche de la médecine recontre beaucoup de zolles; s'il atteint le but il est toujours inter labores et tœdia. Mais cette circonstance, loin de refroidir le zèle, doit inspirer

1 Aran; Trad. citée, note.

plus de courage, parce que la difficulté de Tentreprise grandit le succès. Le passade suivant d'Avenbrugger mérite d'être médité: «lai bien prévu les graves écueils que j'avais à traverser^ aussitôt que je publierais ma découverte. Car la troupe des envieux, des jaloux, des médisants et des calomniateurs même n'a jamais manqué de poursuivre encore ceux qui ont illustré ou perfectionné les arts et les sciences par découvertes. Je suis décidé a courir le même péril ; mais avec cette ferme résolution que ce n'est pour aucun de ceux que je viens de nommer, que je vais rendre compte de mes observations.» (Inv. novum, prœf.) Rien n'est plus difficile que de vaincre l'envie ; notre illustre poète a fait consister la plus grande gloire de Don Fernando de Castro à être loué par ses propres envieux :

Debaixo desta pedra esta metido, Das sanguinosas armas descansado, Capitao illustre e assignalado, Dom Fernando de Castro, e esclarecido.

Este por todo o Oriente tâo temido; Este da propria Enveja tâo cantado.

Este, enfim, rayo de Mavorte irado, Aqui esta agora em terra convertido.

Et en parlant du Vice-Roi Don Luiz de Ataïde» il exprime la même pensée, dans le sonnet suivant:

Que vençays no Oriente tantos Reys; Que de novo nos dés da India o Ëstado;

Que escureçays a Fama qne hao ganbado Aqnelles que a ganharao de infieys :

Qae vencidas tenhays da Morte as leys; E que vencesseys tado, enfim^ armado; Maes é vencer na Patria desannado, Os monstros, e as Chimeras qae yenceys, Sobre vencerdes, poys, tanto enemigo.

E por armas fazer qae sem segundo No Mando o vosso Nome oavido seja; que vos da maes Fama inda no Mundo, He vencerdes, Senhor, no Reyno amigo, Tantas ingratidôes, tao grande enveja^

C'est ce qui arriva à M. Piorry: M. Mailliot afSrme avoir va, dans quelques diniques de Paris, la percussion traitée avec dédain; et les médecins, pensant faire preuve de science, déversaient le ridicule sur cette découverte et son auteur. Nous qui avons eu la bonne fortune de suivre pendant quelque temps la clinique de Tillustre médecin de La Charité, nous avons toujours été son admirateur. Son aptitude dans ce genre d'explorations est, en vérité, très-remarquable; dans les divers hôpitaux étrangers que nous visitâmes, nous n'avons vu aucun praticien qui puisse, sous ce rapport, rivaliser avec M. Piorry.

Ce professeur a divisé la poitrine en un grand nombre de régions qu'il a circonscrites par des lignes, et il a indiqué le son que chacune donne à la percussion. Il a ensuite appliqué la percussion au diagnostic de la plupart des affections de la poitrine, et à un degré de minutiosité ex-

1 Camôes, Rimas, sonetos 63 e 64.

tréme. LMlIustre professeur a fait de même pour les organes abdominaux: le foie, la rate, les reins, la vessie, l'uté* rus, l'estomac, le canal intesiinai, furent limités, leur si* tuation, leur forme, leur volume et leurs rapports, tout a été déterminé.

De cette manière M. Piorry établit Vorganograpkisme^ nom qu'il a donné à la méthode d*investigation, qui con-^ siste à dessiner à la périphérie du corps les différents or-^ ganes, tant sains que malades, dans le but de déterminer leurs altérations de forme et de volume, en facilitant le diagnostic, et de suivre la marche des maladies et les rér sultats du traitement. . ;

À la suite d'une longue lutte pour démontrer l'utilité de la percussion, M. Pyorry ftit aidé, dans cette tâche, par de3 nombreux travaux publiés sur ce sujet.

Au milieu de tous les écrits relatifs à la percussion, les ouvrages de Avenbrugger et de Piorry brillent d'un vif éclat, tant par le mérite de l'invention que par les faits pratiques qu'ils renferment.

Chez ces deux savants on rencontre, comme Ta fait observer le dr. Mailliot, la même direction dans les idées, la même tendance au positivisme^ les mêmes efforts, les mêmes conquêtes scientiflques, tous deux travaillant au milieu de toute espèce de dégoûts.

La percussion directe a dissipé beaucoup de doutes qui, dans le milieu du xvni siècle avaient entravé le diagnostic des maladies de poitrine; la percussion médiate, quelques années après, répandit une vive lumière sur la con« naissance des maladies thoraciques et abdominales.

Avenbrugger vit son ouvrage mal apprécié par les contem-

porains, mieux accueilli en pays étranger que dans sa propre patrie. Piorry passa par les mêmes épreuves» recevant des attaques de toute espèce ; son ouvrage fut aussi mieux accueilli par les étrangers que par ses compatriotes.

Avenbrugger prévit Torage qu'allait soulever la pablication de sa découverte ^ et cependant il ne renonça pas à son entreprise; il méprisa ses adversaires, lear disant que ce n'était pas pour eux qu'il écrivait*. Piorry se vit entouré de détracteurs, et il poursuivit toutefois avec une plus grande vigueur dans son ouvrage de prédilection; il plaignit l'aveuglement de ses ennemis et chercha à les éclairer.

C'est par des épreuves analogues qu'ont passé tous les génies dévoués à la science; et toujours, plus leurs rivaux cherchent de les déprécier, plus eux aussi, redoublant d'efforts, s'élèvent et les surpassent.

Les ouvrages de Piorry sur la percussion firent époque. Son traité de Percussion médiate^ et celui de Pkssiméirisme et organographisme^, sont deux monuments qui perpétueront la gloire de l'inventeur de la percussion médiate, que personne n'a encore surpassé dans ce genre d'explorations.

Le premier de ces ouvrages, dont la dédicace aux ma-

^ Prœvidi autem multum bene, quod scopulos non exiguos sulituros sein.

^ . . .Sed eo proposito, ut praedictorum nemini méaruns observationuns rationem suis redditorus.

3 Paris, 1828.

« Paris, 1866.

nés d'Avehbrugger, de Coroisart et de Laënnec, tradnit la vë* nération que le dr. Piorry consacrait aux initiateurs des deux plus grands moyens de diagnostic, se compose de deux parties, en outre d'une riche et longue introduction, formée de cinq chapitres consacrés à des généralités sur les signes fonctionnels et les signes physiologiques (Chap. 1.^, à la percussion directe (Ch. 2.^), â la percussion médiate et au plessimëtre (Ch. 3.^), aux sons plessimétriques et leurs variétés (Chap, 4.*), et à la division du tronc en régions pour lexamen des organes (Chap. 5.®). Le docteur Piorry consacre la première partie de son ouvrage, divisée en 4 chapitres, à l'étude des maladies des parois et des organes du thorax, la seconde, subdivisée en 4 sections et chacune en 3 chapitres, aux maladies des parois et des organes de l'abdomen^ toujours par rapport à la percussion médiate.

A propos de chacun des organes, le fondateur de la percussion plessimétrique présente: 1.^ des considérations anatomiques relatives à l'état physiologique et à l'état pathologique, et concernant les dispositions physiques que la percussion médiate peut révéler; 2." les expériences et observations, faites chez les individus sains ou malades et sur le cadavre, pour faire connaître ces dispositions physiques, accessibles à la percussion médiate. Un ouvrage fondé sur ces bases, que nous indiquons très brièvement, doit être immortel.

Le traité de plessimétrisme et d'organographisme *■ du dr. Piorry contient en un substantiel résumé ce que ce méde-

* Un vol. in 8.* de xvi, 752 p.

cil) a publié sur la percussion médiate dans beaucoup de mémoires, opuscules et articles de journaux. Cet ouvrage est divisé en deux parties: dans la première, composée de 48 chapitres que l'on pourrait appeler Plessimétrie générale, l'auteur présente des notions sur les phénomènes physiques attenant au plessimétrisme, étudie les sensations qu'il détermine, décrit les instruments et la manière de les appliquer, traite de l'organographisme en général puis dans son rapport particulier avec le plessimétre, montre l'importance pratique de ces deux moyens en ce qui concerne le diagnostic et la thérapeutique, étude le stéthoscopisme réuni au plessimétrisme, et Qnalement indique les régions où le corps peut être divisé au moyen de lignes tracées sur la peau, délimitant des espaces dont les noms correspondent à ceux des organes situés au dessous.

La deuxième partie, subdivisée en 26 chapitres et qui pourrait recevoir le nom de plessimétrie spéciale, est consacrée à l'application de faits reconnus, dans la première partie, à chaque organe en particulier^ en commençant par les parties externes et unissant par les organes internes.

Dans chacun des chapitres le dr. Piorry offre une interéssante esquisse historique sur le sujet, traite de l'anatomie normale et anormale de l'organe dans leurs rapports avec le plessimétrisme, rapporte les expériences, les faits cliniques et les résultats obtenus par la percussion médiate, indique les précautions et les règles de Texamen p'essimétrique, et fait voir finalement les applications pratiques de ce moyen d'exploration au diagnostic et à la thérapie.

Les progrès de la science ne feront gtière que modifier

OU rectifier rt)uvrage monumental du dr. Piorry, fondé sur des bases si solides ; nous croyons que de nouvelles additions y seront peut-être introduites, soit par rapport au mode de délimitation rigoureuse des organes, soit en ce qui con-* eeme l'explication des faits en harmonie avec les connais* sances actuelles de physique.

A mesure que le dr. Piorry assurait sa découverte et dé-* montrait la puissance du nouveau procédé d*investigation, dq)uis son premier travail présenté le 28 février 4826 à r Académie de médecine de Paris qui lui conféra en 4829 un prix Monthyon, jusqu'à ses plus récentes publications, un grand nombre de médecins véritablement dévoués au culte de la science, ont entrepris d'importants travaux qui contribuèrent beaucoup à démontrer l'importance de la percussion médiate et à vulgariser l'emploi de ce moyen d'exploration. La France, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie produisirent des ouvrages d'une haute valeur. Dans cette pléiade illustre de médecins laborieux, figurent les noms de Gras*, Déniaû', Marlin-Solon ^, Mailliot *, Monneret et Fleury ^, Louis, Bouillaud, Trousseau, Barth et Roger,

^ De la Percussion dans le diagnostic des affections de poitrine. Thèse inaugurale Paris, 1828.

^ Des signes qui fournissent la percussion et l'auscultation dans les principales maladies du^ poumon. Thèse inaugurale. Paris,

' Dictionnaire de médecine -et de chirurgie pratiques, Paris, 1834.

* De la percussion et de Pauscultation de la poitrine à Vétat fior" mal. Paris, 1843. Traité pratique de percussion. Paris, 1843. Histoire de la percussion. Paris, 18S2.

^ Compendium de médecine pratique. Paris, 184K.

Bouchot, Skoda s Zehetnlayer^ P. Niemeyer^, W. Stokes^ Walshe» Peacok» BacceUi, dans les traités classiques.

Depuis les trayaux si lumineux du dr. Piorry on a beaucoup cherché et écrit sur la percussion ; mais, aucune importante découverte n*a été faite qui ne se lie aux faits déjà établis; une interprétation ou une autre, plus ou moins heureuse, d'un phénomène déjà connu; une amplification quelconque des résultats déjà enregistrés^ voilà tout. Le sujet avait été largement exploré et mûrement médité. Dans la plessimétrie du dr. Piorry se rencontre peut-être, çà et là, quelque indication qui paraîtra exagérée ou moins bien fondée, laquelle sera facilement relevée, en appliquant à l'ouvrage la sentence d'Horace:

Yenun ubi plora nitent in carminé, non ego pancis Offendar macolis, qnas aat incuria fadit, Âat humana parum cavit natura.

La découverte de la percussion médiate est un fait capital, qui constitue la plus grande gloire du dr. Piorry.

La pratique de la percussion est difiQcile, demande beaucoup d'attention, beaucoup d'exercice, beaucoup de persé-

^ Abkandlung ûber Perkussion und Auskultation, dont on a publié diverses éditions à Vienne, une traduction à Pavie par G. Broglia en 1846 et une à Paris par F. Â. Aran en 1854.

^ Grundzuge der Percussion und Auscultation, etc. Vienne, 1842-45.

' Grundriss der Percussion und Auscultation, Erlangen, 1871. Traduct. portuguaise par J. F. Pereira. Lisbonne, 1874.

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yérance, une grande aptitude et une éducation soignée des sens. C'est seulement après y avoir été convenablement préparé que le médecin pourra tirer parti des applications anatomiques, physiologiques, chirurgicales, obstétricales et médicales de la percussion, comme elles ont été magistralement enseignées par le fondateur du plessimétrisme et de Torganograpbisme.

Pour notre part nous nous sommes efforcé de démontrer la nécessité de Téducation médicale des sens et Timportance pratique de la percussion. Il serait oiseux d'insister sur ce sujet, alors que tous les médecins, même les plus réfractaires au progrès, sont aujourd'hui d'accord sur ce point.

Nous terminons ici cette notice historique, que nous avons résumée et abrégée autant qu'il nous a été possible. Nous avons fixé les périodes capitales de l'histoire de la percussion, et rappelé les noms de ceux qui l'ont le plus éclairée. Tel était notre but.

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