PROFESSEUR VULPIAN
clinicien d’une rare expérience, il menait une existence entourée de respect, tout entière vouée au laboratoire et à l’hôpital. La droiture de son caractère, sa haute honnêteté scienti-
fique, ses travaux célèbres sur la physiologie du système nerveux et sur les maladies de la moelle épinière allaient lui ouvrir les portes de l’Institut de France.
Sa belle tête, au front pensif, barré de rides profondes et surmonté d’une puissante chevelure, réalisait, à nos yeux d’adolescent s, l’image d’Esculape, le dieu de la Médecine. En lui, le savant uni au médecin formait une combinaison si harmonieuse, si exemplaire, qu’il forçait l’admiration universelle.
Vers la même époque, Victor Campenon, qui devait devenir pour moi un grand frère bien-aimé, m’apprit la Pathologie et m’entraîna, par son exemple, dans la voie périlleuse, mais si passionnante, des concours. La maigreur de Campenon était légendaire dans l’internat. Elle égalait sa mémoire prodigieuse et son inépuisable érudition. En ce temps-là, où les Précis et les Manuels n’existaient pas encore, la Pathologie était éparse, documentaire ; elle ne s'apprenait guère que « par bribes » dans les travaux originaux. Campenon était le Livre vivant, universel, dans lequel on trouvait sur-le-champ, en ordre, bien au point et résumé à souhait, tout ce qu il fallait savoir. Bien avant d’être professeur agrégé et alors que la Faculté ne songeait pas à instituer ces « Cours complémentaires )> qui eurent tant de succès auprès des étudiants, Campenon avait fondé son cours libre de la rue Mignon. Une foule de méde-
cins parmi les plus renommés, d’aujourd’hui, y allaient chercher la bonne technique éduca-