‹ Leçon d'ouvertureChapitre 4 sur 6 · CAMPENON · texte numérisé non relu

CAMPENON

trice et acquérir le fonds même de leur instruction scientifique.

Le professeur Lépine, dont je devins l’externe, en 1874, était déjà célèbre. Observateur

ingénieux, plein de science et d’une érudition merveilleuse, il devait bientôt fonder, à Lyon, cette Ecole clinique d’où sortirent tant de travaux remarquables et tant de brillants élèves.

Son nom restera attaché à l’étude appro-

PROFESSEUR LEPINE

fondie des diabètes, de la glycolyse, des affections du foie et du pancréas.

La Providence voulut qu’en même temps, le Professeur Damaschino devînt mon cher Patron. Elève préféré de Henri Roger, Damaschino, agrégé depuis deux ans, était déjà renommé par ses nombreux travaux de pathologie infantile. Il occupait l’une des premières

places parmi les fondateurs de l’Histologie pathologique en France.

Adoré de ses élèves, pour l’instruction desquels il se prodiguait, il personnifiait la Bonté,

PROFESSEUR DAMASCHINO

à la fois indulgente et tutélaire. Petit de taille et d’une élégante minceur, avec sa figure fine et douce éclairée par deux grands yeux, gais, vifs, abrités derrière des verres de myope, Damaschinonous apparaissaitcomme ungrand travailleur, toujours plein d’entrain, heureux

de vivre pour la science et fier d’escompter les nombreuses années qu’il avait encore devant lui. En réalité, atteint, tout jeune, d’endocardite rhumatismale, notre maître aimé suivait, sur lui-même, les progrès de son incurable lésion, avecune sérénité d’âme admirable. Vingt-cinq années durant, il attendit ainsi la mort, debout, impavide et souriant. La terrible épidémie d’influenza de 1889 le compta au nombre de ses premières victimes.

A ce grand éducateur, à cet homme de bien, à ce savant je dois tout : le peu que je sais, ce qu’il peut y avoir de bon en moi, ma situation, ma vie même, qu’il sauva... Excusez donc la profonde émotion que je ressens au souvenir d’un tel Maître, qui se montra pour moi, jusqu’à sa mort, un second père.

Le professeur Parrot, auprès duquel je vécus, en 1875, une année, aux Enfants-Assistés, était déjà à l’apogée de sa gloire.

Plein de finesse et de charme, artiste dans l’âme, Parrot s’était classé comme un savant, aussi tenace dans ses recherches qu’élégant et distingué dans sa vie. Et c’était, pour nous tous, un contraste frappant que de voir, chaque matin, à l’amphithéâtre des morts, cette tête gracieuse, aux longs cheveux d’un blond pâle, penchée obstinément sur d’innombrables cadavres putréfiés, et cherchant, avec une patience inlassable, les caractères distinctifs des ostéopathies syphilitiques et du rachitisme.

A force de persévérance, le maître parvint à élever un monument anatomo-pathologique et clinique impérissable; mais ce fut au prix de sa vie qu’il paya sa part de gloire : Parrot succomba, en 1883, à une pneumonie infec-

Phot. Ber (hier.

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