PROFESSEUR PARROT
tieuse contractée dans son terrible laboratoire. Le même sort était réservé à Vulpian, quatre ans plus tard.
Le professeur Ulysse Trélat, qui me prit comme interne, en 1876, était professeur de pathologie chirurgicale depuis quatre ans : il jouissait d’une réputation universelle. Chirurgien d’une habileté manuelle incomparable, amoureux de son art, Trélat était une
intelligence d’élite servie par le don merveilleux de la parole.
Rompu aux opérations les plus délicates, il se plaisait aux autoplasties les plus ardues, aux interventions les plus périlleuses. Ce fut un véritable précurseur : il réalisa l’asepsie avant même que le mot n’eût été créé, comme, du reste, il avait su, par ses pansements à l’alcool dilué, bannir, de son service hospitalier, la suppuration et instituer, bien avant la pratique de l’antisepsie, le traitement antiseptique des plaies chirurgicales.
Nourri de belles-lettres et de hautes pensées philosophiques, philanthrope et sociologue éclairé, Trélat était, de plus, né orateur. Son éloquence ne lui servait qu’à la défense ardente de ce qu’il croyait être la vérité : cette éloquence, alors, se développait, puissante et magnifique, et, dans un style impeccable, n’usant que de termes précis, elle s’imposait, entraînant la conviction.
Le masque rugueux, couturé de plis expressifs, cachait une âme exquise révélée par un regard pénétrant, plein de feu, loyal et franc. La voix, chaude et prenante, était, dé temps à autre, coupée par une quinte de toux rauque, déchirante. Et cette toux même, qui venait ainsi briser l’efTet de l’harmonieuse période, ajoutait encore à l’argumentation un je ne sais quoi de douloureux, d’angoissant;, qui servait à l’orateur et achevait la conquête de son auditoire !
Les hasards du concours me firent, en 1879, interne médaillé d’or chez le professeur Michel Peter.
Phot. Gersclcel.
PROFESSEUR ULYSSE TRELAT
Fils de ses œuvres, Peter était, à cette époque, parvenu, par son énergie indomptable et sa ténacité, à la plus haute situation médi-
cale. En lui, le lettré était autant, sinon plus remarquable que le clinicien, élève de notre grand Trousseau. Les cliniques de Peter avaient un succès retentissant ; il les rédigeait en un style étincelant de verve, plein d’humour, où les mots heureux éclataient à chaque page, sertis dans leurs assonnances ou leurs consonnances souvent curieuses, toujours imagées.
Petit, aminci encore par sa légendaire redingote noire, Peter, avec sa tête expressive, quelque peu hirsute, à la barbe grisonnante, « en broussaille » , réalisait le type du polémiste ardent, combatif, toujours prêt à l’attaque pour la défense des idées qui lui étaient chères. Ses travaux sur la tuberculose, sur les maladies du cœur, sur les affections des voies digestives, le montrent, aujourd’hui encore, tel qu’il était : vivant sa vie intensive, fidèle à ses haines plus encore peut-être qu’à ses amitiés, en véritable héritier de Broussais, dont il continua, jusqu’au dernier jour, la tradition, la méthode et les errements.
Deux de mes maîtres, Cornil et Hanot, me restent à rappeler, avant de clore ma liste, et ces deux hommes, si différents l’un de l’autre par leur caractère, leur.tendance scientifique et leur enseignement, se sont cependant trouvés liés l’un à l’autre d’une si sincère, d’une si fidèle amitié, qu’il m’est impossible de les séparer dans mon souvenir.
Hanot, mon fidèle ami et mon maître, mort
professeur avant d’avoir eu la joie suprême de prononcer sa leçon inaugurale, Hanot était l’élève chéri de Lasègue.
Phot. Liebert.