ROBERTSON
Bataille dC Hastings.
Les Anglais et les Normands se préparèrent alors au combat , mais les deux camps dans la nuit qui précéda la bataille offraient un tableau bien différent. Le^i Anglais passaient leur temps dans la débauche, la joie et les désordres : les Normands dans le silence , la prière et les autres exercices de leur religion. Au matin , le duc rassembla ses principaux officiers , et leur adressa un discours conforme aux circonstances. Il leur représenta que l'événement auquel ils aspiraient tous depuis longtemps approchait ; que le sort de la guerre dépendait maintenant de leurs épées , et serait décidé dans une seule action : que jamais armée n'avait eu de plus puissants motifs pour déployer un courage intrépide , soit qu'ils considérassent le prix réservé à leur victoire , ou la tuîne inévitable qui suivrait leur défaite ; que, si leurs vieilles bandes, pleines d'une ardeur martiale, pouvaient rompre une fois ces. soldats sans expérience, qui
avaient eu la téméraire audace de venir à leur rencoii^ tre ^ ils gagnaient d*un seul coup un royaume , et s'en partageaient à juste titre toutes les possessions, comme la récompense de leur heureuse valeur : que si , au contraire, ils démentaient leur bravoure accoutumée, un ennemi furieux tombait sur leur arrière-garde , la mer s'opposait à leur retraite , et une mort ignominieuse était le châtiment certain de leur imprudente lAcheté ; qu*en rassemblant une armée si nombreuse et si aguerrie , il avait pris toutes les précautions humaines poui' assurer le succès ; que le chef des ennemis , par sa crl-> minelle conduite, lui donnait une raison légitime d'espérer en la faveur du Tout-Puissant, qui seul tenait dans ses mains le sort des guerres et des batailles : qu'un parjure usurpateur , frappé d'anathème par le souverain pontife , et poursuivi par le sentiment de sa déloyauté, serait saisi de terreur à leur aspect, et pressentirait le destin que ses forfaits sans nombre avaient si bien mérité. Le duc partagea ensuite son armée en trois corps: le premier, conduit par Montgomery, consistait dans les archers et l'infanterie armée à la légère ; le second , commandé par Martel , était composé de ses plus braves bataillons , pesamment armés et serrés étroitement ; sa cavalerie, à la léle de laquelle il se mit lui-même; formait la troisième ligne; elle était disposée de manière qu'elle débordait l'infanterie et protégeait les deux ailes de l'armée. Il fit donner le signal de la bataille. Aussitôt toute l'armée s'ébranlant à la fois , entonna l'hymne de Roland, fameux pair de Ghariemagne, et s'avança contre l'ennemi , eu bon ordre et avec assurance. ' Harold profita de Tavantage d'une éminencc , et après avoir ^ussi tiré quelques retranchements pour
couvrir ses flancs 9 ré90lut de se tenir sur la défensive , et d'éyiter tout engagement avec ia cavalerie ennemie^ supérieure (en force à la sienne. Les hommes de iLent étaient placés à Tavant-garde , poste que toujours ils avaient réclamé comme leqr privilège ; ceux de JL.Qndres gardaient Tétend^rd; et le roi luî-mèj^ , accom* pagné de «es deux vaiUants frèresr » Gurtb 9 et Léofwln , desoep^Jt de cheval ^ et se miii à tè^e 4^ son infanterie , eu exprimât sa résolution de vaincre ou de périr dans la balaiUe. Le jpromier choc des Normands {91% terrible 9 mais il fut reçu avec une égale valeur par les Anglais ; et, api^ un engagement furieux doxit le sucoès resta loQg^emps inceI^tain, les premiers, accablés par te ^ésajvantage du terrajua» et pressés vigoureusement par leurs ennemis , commencèrent à ralentir leurs efforts^ et puis à lAcher pied ; déjà la confusion se répandait dans les rangs , lorsq^ie GuiUaume , qui se voyait au boni, de sa ruine , s'élança avec une troupe d'éltte au secQurs de se^ bataillons rompus- Sa pi:ésexice ri^t^dWit le combat ; les Anglais furent contraints de se retirer avec perte ; et le duc p ordonnant à sa jsciconde lign^ de 8>va,pcer , recommença Tattaqi^e avec dos troiApes fralçl^s , et une nouvelle ardeur. Comme M s!apefçut q\^ les ennemis 9 secondés par ra,vantiige du terr^iin , e^ ^n^^s par Texemple de leur prince , opposaient encpre une vigoureuse résistance , il eut recours k u^^ stratagème dont inexécution était fort dédiicate , mais qui semblait justifié par l'extrême danger d'mie situation dans laquelle 9 s'il ne itemportait pas une viçtqk^ décisive , il était entièrement p^du. il commanda à ses troupes de battre en retraite précipitaipment , et d'attirer les eouen^is hors de leur position par une fuite simulée.
§8 PTARRATIONS.
L*artîfi<)e^téassit contre ces soldats sans expérience 9 qui , échaùjfés par Taction , et enivrés de l'espoir du suc<!ès , poursuivirent vivement les Normands dans la plaine. Guillaume donna ordre que sota infanterie , par une rapide- évolution , ftt face aux assaillants , en même temps que «a cavalerie les attaquerait sur les ailes y et que Tune et Vautre profitassent de Tavanta^e que 'leur donnerait la surprise et laterreur de renneini^ dans cémoment critique et décisËT. Les Anglais tarent en effet repoussés avec un grand csffnage , et ramenés jusqu'à la colline où , ralliés de nouveau par la bravoure d'Harold, ils purent , malgré leur perte, conserver leur poste , et continuer le combat. Le duc essaya une seconde fois le même stratagème avec autant de succès ; cependant , même après ce double avantage , il trouva an corps considérable d'Anglais , qui , inébranlables dans leur position , semblaient résolus à disputer la victoire jusqu'à la dernière extrémité. Il ordonna à son Infanterie pesamment armée de les cbai^er de front 9 tandis que ses archers placés par derrière inquiéteraient les ennemis, qui étaient exposés aux traits par la situation du téîvain , et occupés à «e dé* fendre contre les épées et les lances des assaillants. Cette manœuvre décida enfin la victoire : Harold fut tué d'une flèche y tandis qu'il combattait à la tête de ses gens avec une rare 'valeur ; ses'nieux frères partagèrent le mente sort : les Anglais }^déeoUi*a^ par la chute de ces princes 9 plièrent de tous côtés, et furent poursuivis avec un grand carnage par les Normands victorieixx. Néan^ moins quelques débris de l'armée vaincue eurent encore le courage de revenir sur leurs pas y et attaquant leurs adversaires sur Un terrain humide et fangeux , ils ven-
:^èrent un pqu Içur sanglante défaite et le déshonneur de cette JQurnée. Mais la. présence du duc les contraignit .<le chercher leur salut dans la fuite ; et à la faveur des 4énèbres ils échappèrent à la poursuite de Tennenii. Ainsi, fut remportée par GuiHaume, duo de Normandie , la décisive et mémorable victoire d'Hastings 9 après une bataille qui dura depuis le matin jusqu'au coucher du soleil, et qui parut digne , par les exploits héroïques des deux arniées«t des deux généraux, de décider le des- XÎB d*vm royaume puissant. Guillaume eut trois chevaux •tué»90Uft lui , «t il périt environ quinze mille hommes du côté des Normands. La perte fut encore plvis consi- .dérable<;hezlesvaincvis, outre la mort du roi et de ses deux frères. On apporta le corps d:Harold à Guillaume qui le rendit généreusement sans rançon à sa mère. L'armée des. Normands n'abandonna pas le champ de bataille sans offrir au ciel de solennelles actions, de grâces pour cette victoire ; et le prince après avoir fait r^oser ses troupes , se prépara à poursuivre tous ses : avantages contre les Anglais divisés , abattus et affaibljs.