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Exécution de Crvùnmer, archevêque de Cantorbéry ,
en i556.
Granm^cr avait été long -temps retenu prisonnier, mais la reine Marie se décida enfin à le faire exécuter; et , afin de satisfaire plus complètement sa vengeance , elle résolut de le punir pour hérésie plutôt que pour trahison. Il fut cité par le pape pour être jugé à Rome ; et quoiqu'on sût fort bien qu'il était étroitement gardé à Oxford 1» il fut, à défaut de comparution, condamné
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>coinme contumace. On envoya Bouncr, évèque de Londres 5 et Thirleby^ évêque d*Ély, pour le dégrader; et le premier exécuta cette triste cérémonie avec les transports de joie qui convenaient si bien à sonN caractère féroce. L^implacable ressentiment de la reine, peu satisfait de Texécution de la terrible sentence qui le condamnait , lui inspira la pensée de flétrir l*honneur de Cranmer et de couvrir son nom d*infamie. On employa des émissaires pour l'attaquer, non par la voie de la discussîon, contre laquelle il était suffisamment armé, mab parla flatterie, Tinsinuation et les arliflces; en lui représentant les dignités auxquelles il avait droit par son caractère ^ s'il voulait les mériter par une rétractation ; en lui donnant Tespoir de Jouir long-tçmps de rafiection des amis puissants qu'il s'était attachés par ses qualités bienfaisantes pendant sa prospérité. Vaincu par l'amour impérieux de la vie , effrayé par la perspective des tourments qui l'attendaient , il permit dans un moment de faiblesse aux sentiments de la nature de triompher de sa résolution , et il souscrivit aux doctrines de la suprématie papale et de la présence réelle. La cour, également artificieuse et cruelle, avait résolu que sa rétractation serait inutile : elle envoya des ordres pour exiger qu'il reconnût ses erreurs dans l'église devant tout le peuple ; et pour le faire ensuite conduire immédiatement au supplice. Cranmer, soit qu'il eût reçu un secret avis de ce dessein , soit qu'il se repentit de sa pusillanimité, surprit l'auditoire par une déclaration contraire. Il dit qu'il connaissait bien l'obéissance qu'il devait à sa souveraine et aux lois , mais que cette obéissance ne s'étendait pas plus loin que de se soumettre patiemment à leurs décrets et de souffrir sans résistance les
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mortifications qu'il leur plairait de lui imposer : qu*un devoir supérieur , le devoir par lequel il était lié envers son Créateur^ Tobligeait à dire la vérité en toute occasion', et à ne pas abandonner par une lâche trahison la sainte doctrine que l'Être suprême avait révélée au genre humain .: qu'il y avait dans sa vie une faute plus grave que les autres, et dont fl se repentait amèrement, la profession de foi peu sincère à laquelle il avait eu la faiblesse de consentir,, et que lit crainte de la mort lui avait seule arraqhée; qu'il saisissait cette occasion d'expier son erreur par un retour franc et sincère ; qu'il voulait sceller de son sang une doctrine qu'il croyait fermement émanée du ciel; et que^^ puisque sa main avait failli en trahissant son cœur, elle serait punie la première par^ un châtiment sévère, mais légitime» et qu'elle paierait son offense. Il fut ensuite conduit à l'échafaud au milieu des insultes des catholiques; et rappelant toute la force de son âme, il supporta leurs mépris ainsi que les tourments du supplice avec un courage étonnant. Il étendit sa main sans laisser apercevoir sur son visage ou dansses mouvements le moindre signe de faiblesse ou même de sensibilité , et il la tint dans les flammes jusqu'à ce qu'elle fût entièrement consumée- Son esprit semblait uniquement occupé de réflexions sur sa première faute,, et il s'écria plusieurs fois d*une voix forte : « Cette mairt. a péché. » Satisfait de cette expiation , il montra alors sur son front une grande sérénité ; et lorsque le feu atteignit son corps, il parut devenir entièrement insensible à ses souffrances , ramasser en quelque sorte , par la force de l'espérance et de la résolution, son âme en lui-même, et triompher de la fureur des flammes. C'était , sans aucun doute , un homme d'un mérite ,
d*un savoir et d'une habileté remarquable; doué de ta>' candeur, de là sincérité » de la bienÊiisance et de toute» les vertus qui pouvaient le rendre aimable et utile à la société. .
Lt même.
Exécution de Marie Stuart.
Le mardi ^ sept février , les deux comtes arrivèrent ^ Fotherlngay : ils demandèrent à voir la reine, lurent devant elle sa sentence , et Tinvitèrent à se préparer à la mort pour le lendemain matin. Marie les écouta jusqu'à la fin sans émotion ; et faisant le signe de oroix ; au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit^ » Cette âme 9 dît-elle , n*est pas digne des faveurs du ciel , qui s'afflige de ce que le corps doit tomber sous le gls^ve du bourreau ; et quoique je ne m'attendisse pas que la reine d^Angleterre donnerait le premierexemple de violer la personne sacrée d'une souveraine , je me- soumets volontiers au sort que la Providence m'a réservé. » Elle posa alors la main sur une Bible qui se trouvait près^ d'elle , et protesta solennellement qu'elle était innocente de la conspiration que Babington avait tramée contre la vie d'ÉIiisabetb. Elle rappela ensuite la prière contenue dans sa lettre à Elisabeth, mais elle n'obtint aucune -réponse satisfaisante. Elle demanda avec âe vives instances que du moins dans ses derniers moments on permit à son aumônier de l'accompagner, afin qu'elle pût jouir de la consolation des pieuses cérémonies prescrites par sa religion. Cette faveur même, qu'on cTccorde ordinairement aux plus vils criminels , lui fut positivement refusée.
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Durant cette conversation , ses domestiques étaient baignés de larmeS) et, quoique intimidés parla présence des deux comtes , .étouffaient avec peine leurs plaintes ; mais aussitôt que Kent* et .Shrewsbui^ .furent partis , ila coururent à leur maîtresse 9 et laissèrent éclater les . plus touchants témoignages de tendresse etd'afQiction^ . Néanmoins, Marie, non seulement conserva une parfaite tranquillité d'âme, maîgelle s'efforça de calmer l'excès de leur douleur. Elle tomba à genoux avec tousses do-« mestiques autour d'elle , remercia le ciel de ce que ses souffrances étaient enfin si près de leur terme , et demanda la grâce de pouvoir endurer ce qui lui restait à souffrir avec dignité et avec courage. £lle employa la plus grande partie du. soie à régler ses affaires temporelles. Elle écrivit soa testament de sa propre main; elle distribua son-argent , ses joyaux etses habits à ses domestiques, selon leur rang ou^leurs services.. Elle écrivit une courte lettre au roi de France et uneautreau duc de Guise,. pleine de sentiments tendres. mais magnanimes;, elle recommanda soa âme à leurs prières et ses ser* lâteurs affligés à leur protection. Au souper, elle mange» sobrement suivant sa coutume, et s'entretint, non seulement avec aisance, mais avec gaieté; elle but à la santé de chacun de ses domestiques , et les pria de lui pardonner, si jamais elle avait manqué à quelqu'un de ses devoirs» à leur égard. Elle se mit au lit comme à. Tordinaire , et dormit paisiblement quelques heures. Le matin elle se retira de bonne heure dans son cabi*"
net , et employa un temps considérable à des exercices de dévotion. A huit heures, le shérif et ses officiers entrèrent dans sa chambre, et la trouvèrent encore age-< nouillée au pied de l'autel. Elle se leva aussitôt 9 et d'ua
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air majestueux 9 a^ee un visage plnlèt joyeux qtt^abattu, elle s^avança vers ie lieu de Texéeutiony a[>proyée sur deux domestiques de Paulet. Elle était vêtue d'un habit de deuil, mais avec tine élégance et un éclat anquel elle avait renoncé depuis long- temps, excepté dân» un petit nombre de jburs de fête. Un Agiiui Dci était suspendu à son cou par une chaîne de pommés de senteur ; elle portait à sa ceinture un rosaire et à sa main un crucifix d'ivoire. Au bas deresi^alier, les deux conitc^, suivis de plusieurs gentilshommes du voisinage^ viurelil la retïevoir; et là, sir André Melvil, grand-maitre de sa maison, qui depuis plusieurs semaines était séparé d*e)le , eut la permission de lui faire seÉ derniers adieux. A la vue d'une maîtresse qu'il aimait tendrement , dans une pareille situation , il fondit en larmes; comme il se plaignait de son sort et accusait la rigueur du destin qui le condamnait à porter en Ecosse la nouvelle de ce triste événement , Marie répondit : v Né pleui>e pas , bon Meivil ; tu as bien plutôt maintenant des motifs de tè néjouir. tu verras aujourd'hui Marie Stuàrt délivi'ée de tous ses chf^rins , et affranchie de ses pénit^leS Souffrances par une fin qu'elle attendait depuis long-temps. Sois témoin que je meUrs constante dans ma religion, ferme dans ma fidélité envers l'Ecosse, et inébranktl^e dans mon affection pour la France. Recommande ma mémoire à mon fils ; dis-lùi que je n'ai rien fait dé préjudiciable à son royaume, à son honneur^ ou à set^ droits ; et Dieu veuille pardonner à tous cetix qui , sans aucune raison , ont eu soif de mon sang! »
Elle obtint des deux comtes, avec beaucoup Vie peitie et après des soliicitattbos réitéréei^^ la permbsidti pour Meivil, ainsi que pour trois de ses serviteurs et deux d%i
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ses suivantes, de i^accompagner à l'échafiiud. Il était dressé dans la même salle où elle avait été jugée, un peu au-dessus do parquet, et couvert, aussi-bien qu^un fauteuil, un coussin et le billot, d'un voile noir. Mairie monta les degrés d^un pas ferme, contempla tout cet appareil de mort avet une contenance assurée, et faisant le signe de la croix, s^assit dans le fauteuil. Bealelut à haute voix sa sentence de mort; elle Técouta d*un air indifférent et comme occupée d'autres réflexions. Alors le doyen de Peterbo- Fough commença un discours religieux convenable à sa situation présente, et adressa pour elle des prières au ciel; mais elle déclara qu'elle ne pouvait en conscience écouter Tun ni se joindre aux autres; et, se mettant à genoux, elle répéta une prière latine. Quand le doyen eut achevé son exhortation, Marie prenant la parole en anglais, d'une voix claire et intelligible, recommanda à Dieu Tétat déplorable de TËglise, pria pour la prospérité^ de son fils, et souhaita une longue vie et un règne paisible à Elisabeth. Elle déclara qu'elle espérait en la compassion divine, seulement par la mort du Christ, aux pieds duquel elle versait son sang avec joie ; puis , levant au ciel et baisant le cruciflx, elle lui adi'essa ces mots : c Comme tes bras j ô Jésus, ont été étendus stir la croix, ainsi daigne me recevoir en m'ôuvrant les bras de ta miséricorde^ et pairdoiine-mbi nies fautes ! »
Elle se prépara ensuite à poser sa tète sur le billot, en ôtant son voile et ses autres'omements. Comme un des^itéouteurs s'enipressait brutalement de l'aider , elle le repoussa avec douceur, et dit eu souriaht qu'elle n'avait pas été accotitutaiée à se déshabiller devant un isi grand nombre de spectateur, ni à recevoir les; isoîns de pareils serviteurs. Elle mit son cou sur le billot avec un
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courage calme et intrépide ; et, tandis qu'un des exécuieurs lui tenait les naaiiis, Tautre, au second coup 9 trancha la tête, qui , en tombant de la coiffure, laissa voir ses cheveux, déjà blanchis par les inquiétudes et par les chagrins. L'exécuteur leva cette tète encore sanglante, et le doyen s'étant écrié» « Ainsi périssent tous les ennemis de la reine Elisabeth I » le comte de Kent répondit seul A men. Les autres spectateurs gardèrent le silence : tous fondaient en larmes , incapables, dans ce nokomenC, d'aucun autre sentiment que la pitié ou Tadmiration.
ROBBRTSON.
Jugement et exécution du comte eUStrafford, qui périt victime de la violence des facj^ions, sous le règne de Charles I"^ .
Le comte de Strafford se défendit contre les acousatiens de la chambre des communes avec toute la présence d'esprit, le jugement et la sagacité qu^on pouvait attendre de rinnocence et du talent. Ses en faats étaient placés près de lui , tandis qu'il défendait à la foissa vie et la cause du roi son mattre. Après avoir réfuté, dans un discours étendu et éloquent, prononcé sans préparation , toutes les accusations de ses ennemis , il conclut ainsi : « Mais, milords, je vous ai importunés trop longtemps, plus long -temps que je n'aurais fait sans mon amour pour ces chers gag^ qu'une sainte dans le^iel m'a laissés. » A ces mots il s'arrêta , laissa tomber une laime, regarda ses enfants et ccmtinua. « Ce que je perds pour moi-même est peu de chose : mais que mou imprudence puisse nuire à ma postépité, cettQ
pensée me déchire lé cœur. Pardonnez ma faiblesse. J'aurais voulu ajouter quelque chose, mais j*en suis incapable; je supprime donc toute réflexion» Mainte* nant j milords , un mot sur moi-même. J'ai appris depuis long-temps que les afflictions de cette vie sont plus que compensées par cet étemel trésor de gloire qui attend rinnocence. Ainsi, milords 9 et seulement ainsi, je me soumets avec résignation à votre jugement, soit quMI porte la vie ou la mort. Que ta volonté, ô mon Dieu, et non la mienne, s'accomplisse! »
Son éloquience et sa vertu émurent la compassion des juges les plus ardents à le condamner. Le roi luimême se rendit à la chambre des lords, et parla quelque temps pour le justifier; mais l'esprit de vengeance, enchaîné depuis onze ans , avait alors brisé ses liens , et rien que le sang du comte ne pouvait satisfaire le peuple. Il fut condamné par les deux chambres du parlement^ et il ne restait plus an roi qu'à sanctionner le bill d'exécution. Mais dans ce temps de désordre ou se serait aisément dispensé du consentement du roi, et de grands dangers auraient pu être la suite d'un refus.
Néanmoins, Charles qui aimait tendrement StFaf<^ ford, hésita et témoigna sa répugnance ; il essaya tous les expédients pour se soustraire à la douloureuse nécessité de signer l'arrêt de mort. Tandis qu'il était en proie à cette agitation d'esprit et à cette incertitude, tous ses doutes furent enfin dissipés par un trait sublime de magnanimité dans le lord condamné. Le roi reçut une lettre de cet infortuné seigneur , qui demandait que sa vie fût offerte en sacrifice pour obtenir une réconciliation entre le prince et son peuple. Il ajoutait qu'il était prêt à mourir, et qu'il n'y avait aucune in-
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justice à autoriser un acte volontaire. Ce noble exemple de générosité fut mal récompensé par son maître , qui céda à sa demande. Il consentit à signer le bill fatal par procuration 9 et Strafford ftit décapité à Tower-HUI, après avoir constamment montré toute la fermeté de résolution qu'on attendait de son caractère.