BOLINGBROKE
fj* Ambition \
L*âme active de l'homme n'est que rarement ou même jamais satisfaite de sa condition présente, quelque favorable qu'elle soit. Originairement formée pour un ordre d'objets plus importants , et pour Une sphère de jouissances plus élevées , dans toutes les situations où la place la fortijiiie, elle se trouve à l'étroit et comme emprisonnée. Av<^c le sentiment de ce qui lui manque, elle ne cesse de former des vœux ardents et des souhaits ambitieux pour quelque chose de meilleur que son état
' Voyez les Leçons françaises j tome l.
MORALE £T PRATIQUE. agS
aetueL De là cette inquiétude qui domine si générale* ment iiamii les hommes ; de là ce dégoût des plaiéirs doDC ils ont l'otii; cette pasàion pour la nouveauté ; cette ambiti^Ni de «^élever à une supértorité ou à un bonheur dont ils se sont eux-mêmes formé une idée confuse. Tout cela peut être considéré comme un indice de la grandeur native et originelle de Pâme fautnaine, qui se travaille pour franchir les limiter de sa condition présente» et aspire aux objets plus élevés pour lesquels eUle fut d*abûrd destinée. Heureux 9 si ces restes cachés de notre état primitif servaient à diriger nos vœux vers leur fin légitime 9 et à' nous conduire dans le sentier de la vraie félicité !
Mais dans ce séjour de ténèbres et d'erreur, la ten«^ dan ce présomptueuse de notre nature suit malheureu*sement une direction opposée « et se nourrit d'une trompeuse ambition. Les images séduisantes qui s'offrent icibas à nos sens , lès distinctions que donne la fortunç , les avantages et les plaisirs que nous croyons le monde capable de nous procurer, suffisent aux vœux de la plupart des hommes. Tels sont les objets qui occupent leurs méditations duns la solitude, et animent Tacti* vite de leurs travaux; qui échauffent le cœur du jeune homme, excitent l'industrie de l'âge mûr, et souvent éveillent les passions du vieillard jusqu'au tertne de sd carrière. Assurément il n'y a rien de répréhensible dans DOS désirs pour nous affranchir de tout ce qui noua blesse, et pour jouir plus pleinement des avantages de la vie; mais quand ces désirs ne sont pas réglés par la raison , Il est à craindre qu'ils ne nous entraînent à la folie et au vice.
Vous vous êtes écartés, 6 mes amis, de la route qui
conduit au bonheur: vous avez rabaissé la dignité première de votre àme , en bornant vos vœux aux idées de la grandeur ou de la félicité mondaine. Votre imagination s^égare dans une région de ténèbres : une image mensongère vous abuse; ce n^est qu^un fantôme, une illusion de bonheur qui attire votre admiration, et même une illusion de bonheur qui souvent cache beaucoup de misère réelle. Croyez-vous quUls soient heureux tous ceux qui sont parvenus à ce Êiite des distinctions auquel aspirent tous vos vœux? Hélas I combien souvent Texperienoe a montré que là oii Ton croyait voir fleurir des roses , il n*y avait que des ronces et des épines ! Que de fois la réputation , la beauté , les richesses, la grandeur, la royauté même auraient été volontiers échangées par leurs possesseurs pour cet état plus humUe et plus paisible dont vous êtes aujourd'hui mécontents ! Il a été décidé que le malheur mêlerait ses tristes ombres à tout ce qui brille, à tout ce qui éblouit dans le monde. C'est sur les têtes les plus élevées par la fortune que tombent surtout les grandes disgrâces de la vie : c'est là que l'orage fond avec violence, et qu'éclate la foudre, tandis que plus bas l'habitant du vallon vit sans péril et en sûreté. Fuyez donc ces vains et funestes égarements d'une imagination extravagante; soyez satisfaits de ce qui est raisonnable et à votre portée; ramenez votre esprit à des considérations plus sages sur la vie et sur la félicité humaine.
Limites des connaissances humaines,
Riea n'excite plus volontiers nos plaintes que les no* tions étroites et imparfaites que nous avons sur la na* ture, sur la Providence et sur tous les objets qui nous environnent; et cependant , après un mûr examen, on trouvera que notre vue s'étend de tout côté précisément aussi loin qu'elle doit s'étendre , et que le privilège de voir et de connaître au delà de ce qui nous est accessible , bien loin de nous offrir quelque avantage , entraînerait des maux certains. Nous cherchons, par exemple, avec une impatiente curiosité à lire les événements futurs ; heureusement pour nous, ils sont couverts d'un voile; et un seul regard derrière ce voile , s'il nous était permis, suffirait pour empoisonner toutes les jouissances^ de notre vie par l'anticipation des chagrins qui nous attendent. C'est ainsi que nous souhaitons souvent avec ardeur de pénétrer dans les secrets de la nature, de contempler le monde invisible, et d'acquérir la connaissance de la destinée entière de l'homme. Nos vœux sont rejetés i nous sommes de toute part environnés de mystères, et ces mystères font notre bonheur; car, si ces grands objets invisibles étaient découverts à nos regards, leur aspect ne servirait qu'à nous confondre et nous anéantir. Ou il troublerait entièrement no» faibles facultés, ou il s'emparerait de notre attention au point de nous faire oublier tous les soins et tous les intérêts de ce monde; il produirait sur nous le même effet que si nous étions enlevés de la terre , et confondus parmi les habitants de quelque autre planète. Les con* Daissances qui nous ont été accordées avaient pour but
de .nous rendre propres à remplir notre destination dans notre état présent. Ainsi donc au point précis où finît l'utilité, là s'arrête le savoir; là naît Tignorance. La lumière brille pour nous aussi long-temps qu'elle sert à nous guider dans notre sentier; mais elle nous abandoBne aussitôt qu'elle devieddrait ntdsible à nos yeux^ et une salutaire obscurité cache le fond de la scène. Il faudrait être stupide et insensé pour ne pas reconnaître dans cette organisation de l'esprit humain , et dans ce rapport exact de ses diverses facultés aux grands objets de la vie 9 la main d'une adorable sagesse aussi^bien que d'une bonté infinie.
Lô méfne.
De Ut cannaissanoe du monde*
Rien n'a exposé leé savants au mépris et au ridicule comme leur ignorance à l'égard de Certaines bhoses connues de tout le monde, excepté d'eux. Ceux qui ont été nourris dans l'opinion que la discipline des écoles donne la dernière perfection à Thabileté humaine soni tout surpris de voir des hommes vieillis dans Tétude avoir encore besoin de s'instruire des plus sitnples règles des convenances 9 ou des plus indispensables fonnalités des trlmsactions ordinaires, et ib rabattent bien tite de leur estime pour des systèmes d'éducation qui , à leurs yeux 9 ne procurent aucune supériorité rôelld sur l6 reste des hommes. •
« Les livres, dit Bacon, n'enseigneront |am<us Tu* sage des livres. » C'est dans le conmierce du monde qtie l'homme de lettres doit apprendre à réduire ses spéculations a la pratique 9 et à faire servir ses connaissaoèes
MORALE teT PRATIQUE. ^ ugg
aux hesdîAM de la vie. G*est une erreur trop commune à ceulc qui ont été élevés pour les proféktsionft savantes, et qui ont passé beaucoup de temps dans les académies, où l'érudition seule conduit aux honneurs , de dédaigner tout autre genre de mérite, et de s*imagfner qu'ils trouveront tous les hommes prêts à rendre hommage à leurs lumières, et à réclamer avec (empressement leurs leçons. Ils pasisent donc de leur cellule dans le monde avec toute la coufiance do Tautorité , et le sentiment de leur importance; ils observent autour d'eux, avec autant d'ignorance que de mépris , des êtres auxquels ils n'inspirent eux-mêmes ni estime ni curiosité, mais dont ils doivent suivre les goûts et adopter les opinions , s'ils veulent vivre heureux dans leur société. Pour affai blîr ce dédain que les savants tétnoignent volontiers à l'égard des affaires du monde, et cette répugnance avec laquelle ils consentent à s'instruire de ce qu'on ne trouve nulle part dans les systèmes de philosophie, il est peut-être nécessaire de considérer que , si les recherches abstraites et les découvertes scientifiques excitent l'admiration, on ne peut réussir à plaire et à obtenir Tafiection que par des qualités plus aimables , et par un mérite plus accessible au vulgaire. Celui qui oe sait s'entretenir que sur des questions que la plupart des hofnmcis écoutent sans intérêt, faute de lumières suffisantes,' doit passer ses fours dans le silence delà solitude , et vivre sans société au milfetl de la foule de ses semblables.
Celui qui n'est fàmais utile que dans les grandes occasions peut mourir sans exercer ses talents, et se voir contraint à dévorer mille vexations qui détruisent le bonheur, et auxquelles i) lui eût été facile de se sous-
3oo PHILOSOPHIE
traire avec une certaine dextérité de conduite et un peu de préseqce d'esprit. Aucun degré de savoir à la portée de Phomme ne suffît pour le mettre au-dessus des besoins qui, à chaque moment, réclament une assistance, ou pour éteindre le désir des attentions délicates et des soins complaisants : ainsi donc on ne doit pas regarder comme inutile d'apprendre Part de gagner les cœurs. L'affection ne se maintient que par une constante réciprocité de services ou un échange de plaisirs; mais on ne peut rendre aux autres que les services qu'ils sont capables de recevoir, ni leur faire goûter que les plaisirs qui ont pour eux des attraits.
En descendant ainsi du faite des arts, on ne perdra aucun honneur ; car les condescendances du savoir lui sont toujours payées avec une généreuse gratitude. Vu beau génie occupé à de petits objets ressemble,, pour me servir de la comparaison de Longin , au soleil à son couchant : il perd de son éclata mais il conserve toute sa grandeur, et il plaît davantage, quoiqu'il éblouisse moins.
Johnson.
Importance d'une bonne éducation.
Je considère l'âme humaine sans éducation comme le marbre dans la carrière, qui ne montre aucune de ses beautés intérieures, tant que Part du marbrier n'en a pas fait ressortir les couleurs , n'en a pas poli la surface , et n'a point découvert toutes les nuances, les tacbes, et les veines qui lui servent d'ornement. De même l'éducation, quand elle met en œuvre une âme généreuse, produit au grand jour tous les te^lents y les vertus et les perfections
MORALE ET PRATIQUE. 3oi
qui, sans son secours , ne seraient jamais sortis de leur obscurité.
Si le. lecteur me permet de lui présenter sit6t une image nouvelle » je me servirai, pour montrer la force de l'éducation , du même exemple qu'emploie Ariàtote pour expliquer sa doctrine des formes substantielles , quand il nous dît qu'une statue est cachée dans un bloc de marbre 9 et que Tart du statuaire se borne à élaguer la matière superflue , et à la débarrasser d*ui!^e enveloppe grossière. La figure est dans le bloc, et le sculpteur ne fait que l'en tirer. L'éducation est à l'âme humaine ce que la sculpture est à un bloc de marbre. Le philosophe , le saint ou le héros , le sage , l'homme de bien , ou le grand homme , sont fort souvent cachés et ensevelis dans tel plébéien qu'une éducation convenable eût tiré de l'oubli et rendu à la lumière. Aussi je suis charmé quand je lis les annales des nations sauvages, et que je contemple leurs vertus grossières et imparfaites : j'aime à voir comment leur courage se manifeste par la férocité, leur fermeté par l'obstitiation, leur habileté par la ruse, leur constance par l'opiniâtreté et le désespoir.
Les passions des hommes opèrent diversement, et produisent différentes sortes d'actions, selon qu'elles sont plus ou moins contenues et réglées par la raison. Quand on entend parler de ces nègres qui, à la mort de leur maître, ou en changeant de service, vont se pendre à un arbre voisin, comme il arrive quelquefois dans nos plantations américaines, peut-on s'empêcher d'admirer leur fidélité , quoiqu'elle s'exprime d'une manière si terrible ? A quelle élévation la grandeur d'âme sauvage qui se montre chez ces pauvres malheureux en
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pluaîeorf oeoaiiioiis n*auraU-eUe pa» pu atieUidre si elle eût été soigneusement cultivée ? Et quelle CMnbre d^exca»e ayous-iious pour justifier le mépris que nous témoigaons à cette portion de ootre espèce ; pour ne les pas traiter selon les lois communes de rhumanité; pour condamner seulement à um amende insignifiante Vhomme qui leur donne la mort; enfin pour leur ravir, autant qu'il dépend de nons^ îusqu'à l'espoir du bonl)eur dans l'autre monde» aussi-bien que dans celui-ci, en leur refusant les moyens que nous jugeons les plus propres pour y parYcnk ? C'est donc un bonheur inestimable que d*étre né dans ces parties du monde où fleurissent la sagesse et les science», quoiqu'on doive reconnaître qu'il y a même dans ces contrées quelques pauvres personnes sans instruction qui sent bien peu au-dessus des peuples dont je viens de parler : de même que ceux qui ont recueilli les avantages d'une éducation plus libérale s'élèvent les uns au-dessus des autres par divers degrés de perfection. Car^ piourrevenir à notre statue dans le bloc de marbre, nous la voyons quelque fois à peine ébauchée parle ciseau» quelquefois grossièrement façonnée, mais offrant déjà quelques traces d'une figure humaine; quelquefois aussi nous voyons l'homme paraître distinctement avec toMS se$ membres et ses proportions; quelquefois nous trouvons la figure ciselée avec une rare élégance, mais rarement nous en voyons une à laquelle la main d'un Phidias ou d'un Praxitèle ne pût donner un fini plus délicat et des touches plus moelleuses.
Amusos.
MORALE ET PRATIQUE. 3o3
Réflexions dans Cabbaye de WestminsUr.
Qoand je gui» d'uûe humeur sérieuse, je vais souvent me promener seul dans l'abbaye de Westminster , où l'obscurité du lieu, la destination k laquelle il est consacré, l'aspect imposant de l'édifice, et le sort de ceux qui y reposent, remplissent naturellement Tàme d*unc sorte de mélancolie, ou plutôt de rêverie, qui n*est pas
sans charme.
Je passai hier toute l'après-midi dans le cimetière, les cloîtres et r^çUse , à examiner les pierres sépulcrales et les inscriptions que je rencontrais dans ces diverses régions de la mort. La plupart des épitaphes n'apprenaient rien sur la personne inhumée, sinon qu'elle était née un jour et qu'elle était morte un autre jour; en sorte que toute l'histoire de sa vie se bornait à ces deux circonstances, qui sont communes à tout le genre humain. Je ne pus me défendre de considérer ces archives de l'existence, gravées sur le marbre ou l'airain, comme une espèce de satire contre. les défunts, qui n'avaient laissé d'autre souvenir, sinon qu'Us étaient nés et qu'ils étaient morts.
En marchant vers l'église, je m'arrêtai pour voir creuser une fosse, et j'aperçus, k chaque pelletée qu'on rejetait sur le bord, des débris d'ossements ou de crânes, mêlés avec une sorte de terre fraîchement réduite en poudre, qui, dans un temps ou dans l'autre, avait eu place dans la composition du corps humain. Je me mis alors à considérer en moi-même quelle foule innombrable de gens reposaient ensemble sous le pavé de cette ancienne cathédrale ; combien d'hommes et de femmes.
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d*amîs et d'ennemis, de prêtres et de soldats» de moines et de chanoines > étaient ensevelis, les uns auprès des autres , et entassés dans un gouifre commun ; que de beauté , de force , et de jeunesse , réunies à la vieillesse, aux infirmités et à la laideur , étaient confondues pêlemêle dans un amas informe de matière. '
Après avoir ainsi contemplé ce vaste dépôt des victimes de la mort, pour ainsi dire en bloc, je Texaminai avec plus de détail par le moyen des inscriptions que je trouvai sur plusieurs des monuments élevés dans toutes les parties de cet antique édifice. Quelques uns sont chargés d'épitaphes si extravagantes , que s'U était possible au défunt de les connaître il rougirait de Thommage que lui ont décerné ses amis. D'autres sont tellement modestes , qu'elles expriment en grec ou en hébreu le caractère de la personne qui n'est plus, et par conséquent ne sont pas comprises une fois en une année. Dans le quartier poétique , je trouvai qu'il y avait des poètes sans monument, et des monuments sans poète. J'observai il est vrai que la guerre actuelle avait rempli l'église d'un grand nombre de ces cénotaphes, érigés à la mémoire de ceux dont les corps sont peut-être ensevelis dans les champs de Bleinheim ou dans les abîmes de l'Océan.
Je lus avec beaucoup de plaisir plusieurs épitaphes modernes, remarquables par une heureuse élégance d'expression, et par la justesse des pensées, et qui, pour cette raison , font honneur aux vivants aussi bien qu'aux morts. Comme un étranger se forme assez naturellement une idée de l'ignorance ou de la politesse d'une nation d'après le caractère des monuments et des inscriptions publiques , on devrait les soumettre à
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rexamen des savants et des hommes de génie, avant d*eD permettre l'exécution.
Le mausolée de sirCloudesley Shovelm'a plus d*une fois donné de Thumeur. Au lieu du brave amiral anglaÎF, du vrai marin , car tel était le caractère distinctif de cet homme simple et vaillant , il est représenté sur son tombeau , avec Pair d'un petît-noialtre , coiffé d'une énorme perruque , et assis , parmi des coussins de velours 5 sous un dais magnifique. L'inscription répond au monument; car, au lieu de célébrer tant d'actions remarquables par lesquelles il s'est signalé au service de son pays , elle rapporte uniquement le genre de sa mort, qui ne put rien avoir de glorieux pour lui. Les Hollandais, que nous méprisons volontiers comme dépourvus de génie, montrent dans leurs édifices et leurs monuments de ce genre beaucoup plus de goût que nous n'en trouvons dans ceux de noire pays. Les mausolées de leurs amiraux, élevés aux frais de Tétat , les représentent tels qu'ils étaient en effet, et sont décorés de couronnes rostrales, d'ornements guerriers , et de beaux festons d'algues marines, de coquillages, et de corail.
Je sais que des amusements de cette nature éveillent d'ordinaire de noires et de sinistres pensées dans les âmes pusillanimes, et dans les imaginations mélancoliques ; mais pour moi, quoique je sois toujours sérieux , je ne sais ce que c'est que la tristesse , et par conséquent |e contemple la nature dans ses tableaux les pins sombres et les plus sévères avec autant de plaisir qi;e dans les scènes les plus aimables et les plus riantes. Par ce moyen je puis m'instruire à la vue des objets que d'autres considèrent avec terreur. Quand j'observe les
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tombeaux des graads, tout sentiment d'envie disparaît en moi ; quand je lis les épitaphes de la beauté , tout désir profane m'abandonne; quand je trouve les témoignages de douleur des parents sur une pierre sépuclrale j mon cœur s'attendrît de compassion ; quand je vois la tombe des parents eux-mêmes , je songe à la folie de s'affliger pour eeux qu'on doit bientôt rejoindre. Quand j'aperçois les souverains couchés près de ceux qui les déposèrent; quand je vois rangés côte à cdte les beaux esprits rivaux , ou les hommes saints qui divisèrent le monde par leurs querelles et leurs débats, je réfléchis avec étonnement et chagrin aux frivoles intrigues , aux factions , et aux disputes du genre humain. Quand je lis les différentes dates gravées sur les tombeaux des hommes, dont les uns moururent hier, et dont les autres moururent il y a six cents ans, je considère ce grand jour où nous serons tous contemporains, et où nous paraîtrons tous en n^ème temps.
Le même.
La Jeunesse \
La jeunesse est la saison des émotions vive« ~ei généreuses : le cœur s'ouvre alors spontanément à l'admiration de ce qui est grand ; il s'enflamme d*amour pour ce qui est beau et excellent ; il s*attendrit à la vue de l'affection et de la bienveillance. Dans cette saison , nous devons tâcher , par un examen sage et raisonné d'établir nos principes ; de ne point les laisser ébranler par les railleries des libertins et par les sophisme»
' Voyes le» Leçons françaises, tome H.
des sceptiques. Jamais la licence du jeune âge , ni la complaisance pour la folle gaieté des autres, ne doivent nous arracher de profiames saillies.
La jeunesse ne doit pas être stérile en progrès dans la vertu , progrès si essentiels à notre félicité future et à notre honneur.
Elle est pour la vie la saison des semences. Notre caractère est alors , sous Tautorité divine, remis à notre discrétion : notre sort est , en quelque sorte , confié à nos mains. La nature est encore souple et flexible ; les habitudes n*ont pas encore établi leur empire ; les préjugés n'ont pas préoccupé notre entendement; le monde n'a pas eu le temps de rétrécir et de dégra-* der nos affections. Toutes nos facultés sont plus vigoureuses , plus actives , plus libres qu'elles ne le seront désormais à aucune époque. Quelque impulsion que nous donnions maintenant à nos désirs et à nos passions, cette direction doit vraisemblablement continuer. Elle formera le lit où notre vie va couler ; elle peut même déterminer son cours irrévocable.
Dne jeunesse vertueuse amène par degrés une maturité florissante et accomplie; et une telle maturité passe sans effort pénible à une vieillesse paisible et respectable. Mais si la jeunesse s'est écoulée sans progrès dans la vertu, Tâge mûr sera méprisable , et la vieillesse malheureuse. Si le malin de la vie a été vanité , le soir ne peut être qu'affliction d'esprit.
Blaib.
ao.
3d8 philosophie
L'Age mûr \
A mesure que nous avançons de la jeunesse vers l'âge mûr , une nouvelle carrière s'ouvre devant nous 9 et exige une conduite différente. L'effervescence d'une humeur légère et trop vive commence à se calmer : la vie prend par degrés un caractère plus grave , Tesprît un tour plus sérieux et plus réfléchi. L'attention passe maintenant du plaisir à l'intérêt , c'est-à-dire au plaisir pris dans un sens plus étendu » et dans une sphère d'opérations plus importantes.
Auparavant la jouissance du moment actuel absorbait toute notre attention. Maintenant aucune de nos actions ne se borne à son objet immédiat : toutes ont rapport à quelque but éloigné. Mous recherchons la richesse et le pouvoir , comme les instruments d'une satisfaction durable, avec plus d'ardeur que n'en inspirait aucun plaisir. La sagesse et la prévoyance forment leur plan ; l'industrie poursuit ses patients efforts; l'activité se porte en avant ; l'habileté est mise en œuvre. Ici 9 c'est un ennemi à déjouer ; là , un rival à supplanter 9 un concurrent à vaincre. Ainsi le torrent du monde nous entraine de plus en plus.
Le même*
La Vieillesse '.
Dans la carrière de la vie humaine 9 la vieillesse est un terme où chacun se flatte de parvenir. C'est un âge
* Voyei les Leçons françaises , tome II.
* Voyesles Leçons françaises , et les Leçons latines, tome II.
qui a des titres légitimes au respect général. Ses faiblesses mêmes doivent être touchées d'une main délicate. Si toutes les époques de la vie sont exposées à des désagréments, néanmoins y dans nos jeunes années, les affaires ou les plaisirs servent à en affaiblir rimpression 9 en offrant à notre âme un aliment.
Le premier effet de la vieillesse est de rendre les hommes incapables de goûter les plaisirs, ou de prendre une part active aux affaires ; en même temps qu'elle leur ôte leur énergie ordinaire , elle leur impose un fardcc^u toujours croissant d'infirmités^
Dans les premiers jours de leur voyage^ l'espoir ne cessait de leur offrir des perspectives riantes et délicieuses ; mais à mesure que la vieillesse s'avance , toutes ces illusions s'évanouissent : la vie se resserre dans un cercle étroit et monotone. Chaque année leur dérobe quelqu'une de leurs jouissances , les prive de quelqu'un de leurs anciens amis 9 émousse quelques uns de leurs orr ganes, et les rend inhabiles à quelque fonction de la vie.
Le ton grondeur qu'on leur impute doit être plutôt considéré comme une faiblesse naturelle que commQ un vice. On ne peut justifier de même cette humeur chagrine contre les mœurs de la jeunesse , et cette âpre censure de ses plaisirs , qui accompagne quelquefois le déclin des ans.
Il est trop commun de trouver les vieillards en guerre ouverte avec le système entier des mœurs et des coutumes nouvelles ; déclamant sans cesse contre la dépravation croissante du genre humain , et contre les folies et les vices étranges de la génération naissante. Tout, à les entendre, est menacé d'une prochaine <)i$^oiu.-
3io PHILOSOPHIE
tion ; la décence et le bon ordre ont pér! sans retour avec les sages institutions à Tombre desquelles ils ont eu le bonheur de passer leur jeunesse.
Les anciennes folies ont disparu et sont dans roubli; celles de Page présent attirent Tobservation , et réveillent la censure. Si la corruption du genre humain avait continué à s'accroître dans la même proportion que ces tristes calculs , qui , depuis tant de siècles , représentent chaque génération comme pire que la précédente , on ne verrait plus parmi les hommes luire un seul rayon de bon sens, ni briller une seule étincelle de vertu et de piété.
Le même.
UOrtie et la Rose,
Nous pouvons considérer la vie humaine comme un jardin où sont confondues les orties et les roses , et où souvent nous sentons la piqûre de Portie malfaisante , lorsque nous respirons les parfums de la rose vermeille. Ces berceaux délicieux , formés de chèvre-feuille et de jasmin , dont nous cherchons Pombrage favorable pour nous garantir des ardeurs du soleil j sont fréquemment Je repaire de serpents, de vipères et de reptiles venimeux qui nous blessent tandis que nous nous reposons sans défiance dans ces retraites consacrées au plaisir.
De même que l'année a ses saisons , et que l'hiver et Pété se succèdent régulièrement, ainsi la condition des mortels est variable ; et comme les éléments sont fréquemment troublés par les orages , les vents et les tempêtes , ainsi la vie humaine est souvent en proie au désordre et aux agitations , jusqu'à ce que la pure lu-
MORALE ET PRATIQUE. 3ii
ntière de la raison et de la philosophie reparaisse et perce les nuages. Les rives du ruisseau qui coule avec un doux murmure , et les bocages solitaires , n'en déplaise aux fictions d'une imagination poétique, ne sont pas toujours le théâtre de plaisirs sans mélange» ni Tasile d\ine félicité inaltérable.
Le malheureux Florio a langui plusieurs mois dans les larmes , sur les bords fortunés de la Saverne : il se plaignait de la cruauté de Taimable Anabella , et racontait ses tendres peines aux eaux de ce fleuve impé* tueux qui poursuivait son cours sansTentendre. Il cueillait les lis des champs; mais les lis n'étaient pas si beaux que son Anabella , ni les parfums de la rose épanouie aussi doux que son haleine ; les agneaux n^étaient pas si innocents , et le son du hautbois dans la prairie était bien m'oins mélodieux que sa voix^ Le temps néanmoins a uni Florio et Anabella par les nœuds de Thymen , et les plaintes du berger sont différentes Le charme de riUusion s'est évanoui ^ et il regarde aujourd'hui avec froideur, avec indifférence , avec dégoût, ce qu'il considérait naguère comme le seul objet digne ici-bas de ses soins : la jouissance a métamorphosé la rose en ortie.
Ernest , malgré son inclination ^ a été contraint par ses parents à épouser raîmablé Clara , dont l'esprit , la tendresse et les vertus ont bientôt fixé le cœur du volage Ernest; ee qui était d*abord la cause de ses chagrins et de son ennui lui est devenu peu à peu familier , agréable el délicieuiç. Ici y Tortie s'est changée en rose.
L'inconstant qui , au gré de ses amoureux caprices, cherche .la rose dans des sentiers interdits , qui foule
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sous ses pieds les tendres plantes qui s'offrent à sou passage, et, qui erre de fleurs en fleurs, comme Pabeille, uniquement pour leur dérober leurs parfums , finira par s'égarer , et , surpris par la nuit , sera réduit à se reposer tfur un Ut douloureux, hérissé de piquantes orties.
La rose riante est étrangère au domaine de Tambition. Là , de sombres nuages voilent sans cesse la douce lumière du soleil ; là, les zéphyrs caressants ne soupirent jamais dans les bocages , mais des vents furieux se livrent en sifflant d'éternels combats , et le climat ne produit que des orties et des ronces.
La rose brille de tout son éclat dans le jardin de Tin-dustrie , où le sol n'est ni trop prodigue ni trop avare. La tempérance la rafraîchit par sa douce haleine ; la santé et le contentement se jouent autour d'elle. Là , l'ortie ne parait pas plus tôt que l'œil vigilant de la prudence la découvre ; et quoiqu'il soit impossible dé la déraciner entièrement , on ne la laisse jamais croître en liberté.
Puisque ta vie humaine est un jardin où les fleurs et les ronces naissent indistinctement , faisons tous nos efforts pour encourager la culture de la rose , et pour nous garantir du voisinage de l'ortie. Quelque stérile que soit le terrain qui nous tombe en partage , un travail soigneux et assidu contribuera beaucoup à rendre le jardin agréable et délicieux,
( Extraits morcmx. )
MORALE ET PRATIQUE. 3i3
U Echelle des êtres \
Quoiqu^il y ait un plaisir infini à contempler le monde matériel, et j'entends par là le système des corps que la nature a combinés si merveilleusement, en façonnant la matière inanimée, avec les rapports divers que ces corps ont entre eux , on éprouve , ce me semble, encore plus de surprise et de ravissement dans la contemplation du monde vivant, et j'appelle ainsi cette foule d'animaux qui peuplent toutes les parties de Tunivers. Le monde matériel n'est que l'enveloppe de l'univers, dont le monde vivant représente les habitants.
Si nous considérons les parties du monde matériel qui sont le plus rapprochées de nous, et qui par conséquent tombent dans le domaine de nos recherches et de nos observations, nous serons confondus de voir cette foule d'animaux dont elles sont remplies. Chaque particule de matière est peuplée ; chaque feuille de verdure fourmille d'habitants. Il existe à peine une seule humeur dans le corps de l'homme, ou dans celui de tout autre animal, où nos microscopes ne découvrent des millions de créatures vivantes. Nous trouvons même dans les corps les plus solides , comme le marbre , des cellules et des cavités innombrables qui sont pleines d'habitants imperceptibles, trop chétifs pour que la vue les aperçoive. D'un autre côté, si nous observons des parties plus considérables de la nature , nous voyons les mers, les lacs et les fleuves regorger de prodigieux essaims de créatures vivantes. Nous trouvons les mon-^
' Voyez les Leçons françaises , lomu 1.
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tagnes et les étangs , les déserts et les forêts^ abondamment fournis de bétes et d^oiseaux ; et chaque portion de matière pourvu^ des aliments et des objets nécessaires à la conservation des nombreux animaux qui rhabitent.
L'auteur de la Pluralité des mondes tire de cette considération un fort bon argument pour en conclure que chaque planète est habitée : et en effet, il semble très probable par l'analogie du raisonnement que, si aucune partie de la matière qui nous est connue n^est oisive et inutile , ces grands corps placés à une telle distance de nous ne sont pas non plus vides et déserts, mais plutôt qu'ils sont peuplés d'êtres appropriés à leurs situations respectives.
L'existence n'^^t un bienfait que pour les créatures douées de perception : elle devient en quelque sorte un don stérile pour la nature inanimée 9 quand elle n'appartient pas à des êtres qui ont le sentiment de leur existence. Aussi nous trouvons par les corps soumis ù nos observations que la matière est destinée uniquement à servir d'asile et de soutien aux animaux, et qu'il y a précisément autant de l'une qu'il est nécessaire à l'existence des autres.
La bonté infinie a un tel caractère de grandeur et de générosité, qu'elle semble se plaire à communiquer la vie en suivant tous les degrés de l'existence capable de perception. Comme c'est vme pensée que j'ai souvent méditée avec beaucoup de satisfaction pour uioi-méme, je vais la développer un peu davantage en considérant la partie de l'échelle des êtres qui nous est connue.
Il y a plusieurs créatures vivantes qui ne s'élèvent que bien peu au-dessus de la matière inanimée : je ne
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citerai que cette espèce de poisson à coqiiilie en forme de cône, qui natt à la surface de quelques rochers, et meurt aussitôt qu^on le sépare du lieu où il était attaché. Il y a plusieurs autres créatures supérieures à celle-là d^un seul échelon, et qui n'ont d'autre sens que ceux du toucher et du goût. D'autres ont encore de plus le sens de l'ouïe ; "d'autres celui de l'odorat ; d'autres enfin celui de la vue. Ce n'est pas sans une profonde surprise qu'on observe^ par quelle graduelle progression le monde vivant traverse une prodigieuse variété d'espèces, avant de former une créature pourvue de tous ses sens ; et même parmi celles-ci il y a tant de divers degrés dans la délicatesse des sens que tel anin^al possède à un plus haut point qu'un autre, que , bien que le même sens dans les différents animaux soit désigné par une dénomination commune, il semble presque d'une autre nature. Si nous considérons après cela les diverses gradations de finesse et de sagacité , ou de ce qu'on appelle en général instinct, nous trouvons qu'elles s'élèvent de la même manière imperceptiblement les unes au-dessus des autres, et qu'elles reçoivent de nouveaux accroissements selon le rang assigné à l'animal. Cette progression de la nature est .^ si bien observée, que l'être le plus parfait d'une espèce inférieure approche de très près de l'être le plus imparfait de Tespèce qui vient immédiatement au-dessus.
La bonté inépuisable et infinie de TÊtre suprême, dont la providence embrasse tous ses ouvrages , se révèle clairement, comme je Tai déjà fait entendre , par le soin qu'il a eu de créer si peu de matière , au moins dans ce que nous connaissons, où ne fourmillent les germes de la vie. Et cette bonté n'est pas moins visible
3i6 PHILOSOPHIE
dans là diveraité que dans le nombre des créatures vivantes. S'il n'avait fait qu'une seule espèce d^animaux, aucune des autres ne jouirait du bonheur d'exister : aussi a-t-il classé dans la création tous les degrés de la vie, toutes les combinaisons possibles de l'existence. L'intervalle immense de la nature, depuis la plante jusqu'à l'homme, est rempli de diverses classes de créatures qui s'élèvent les unes au*dessu9 des autres par une gradation si douce et si facile , que les légères transitions et les nuances d'une espèce à l'autre sont presque insensibles. L'espace intermédiaire est si habilement distribué et ménagé, qu'il y a à peine un seul degré de perception qui ne se montre quelque part dans le monde vivant. Est -ce la bonté ou la sagesse de la Pivînité qui se manifeste le mieux dans le plan qu'elle a choisi ? .
Outre les conséquences que j'ai déjà indiquées, il y en a une qui semble sortir tiaturellement des considérations précédentes. Si l'échelle des êtres monte par une progression si régulière jusqu'à l'homme, nous pouvons, en suivant l'analogie, supposer qvi'elle passe graduellement à travers tous les êtres d'une nature supérieure à la nôtre , puisqu'il y a un intervalle et un champ bien plus vaste pour divers degrés de perfection entre l'Être suprême et l'homme qu'entre l'homme et le plus méprisable insecte.
Dans ce magnifique système de l'existence, aucune créature n'est aussi étonnante par sa nature^ et 'ne mérite autant toute notre attention, que l'homme, qui remplit l'espace intermédiaire entre la nature animale et la nature intellectuelle, entre le monde visible et le monde invisible; et qui, dans la chaîne des êtres^
MORALE ET PRATIQUE. Si;
forme l'anneau qui les réunit; en sorte que cel6i qui, sous un rapport^ est associé aux anges et aux archanges , qui peut regarder un être d*une perfection infinie comme son père, et voir ses frères dans Tordre le plus élevé dès esprits célestes, peut, sous un autre aspect, dire à la corruption, tu es ma mère; et au reptile, tu es mon père et mon frère,
Addisou.
3i8 LETTRES.
PRECEPTES
« C'était la sagesse des anciens âges, dit Sénèque, de considérer comme le plus glorieux ce qui est le plus utile. » Si on applique cette règle aux ouvrages de génie, presque aucun genre de composition ne mérite mieux d'être cultivé que le style épîstolaire, puisqu*aucun n'est d'un usage plus divers ou plus fréquent dans toutes les circonstances de la vie humaine.
Il est arrivé néanmoins que, parmi les nombreux écrivains que notre nation a produits, toujours égaux peut-élre en force et en génie, et depuis quelque temps en élégance et en exactitude, à ceux de tout autre pays, très peu ont entrepris de se distinguer en publiant des lettres , excepté celles qui avaient été écrites dans Texercice des fonctions publiques , et dans le cours d'affaires importantes. Quoique ces lettres fournissent des précédents au ministre, et des' renseignements à l'historien, elles ne sont d'aucune utilité comme exemples du style familier, ou comme modèles de correspondance privée.
Si les étrangers demandent comment a lieu cette indigence dans une des branches de la littérature d'un pays dont tous les citoyens parlent ou écrivent avec si