‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 10 sur 317 · BENIGNITE HABITUELLE DU PRONOSTIC · texte numérisé non relu

BENIGNITE HABITUELLE DU PRONOSTIC

forcément par ne reconnaître que les cas accentués. Je vous ai expliqué que, même dans l'état actuel de nos connaissances, certains auteurs admettent l'entrée en jeu du système nerveux central, faute d'avoir su trouver un signe léger, gonflement ou simple douleur à la pression. Avant d'être instruit par des cas graves, le clinicien le plus avisé méconnaîtra forcément ces ébauches du mal, et le pronoslic, mauvais quand la syphilis a été assez puissante pour désorganiser profondément les os, s'améliore pour les atteintes bénignes qu'aujourd'hui nous savons diagnostiquer.

Même pour ces cas graves, à lésions osseuses avancées et multiples, voire avec décollement épiphysaire, le pronostic fatal de Parrot ne saurait être admis, et cette divergence d'opinions tient à la différence du milieu ofi nous observons. Parrot était médecin des Enfants-Assistés, et là on lui apportait de petits misérables, cachectiques, privés des soins maternels, que forcément il fallait élever au biberon, car on ne saurait mettre un nourrisson syphilitique à un sein autre que celui de sa mère. Et qu'était l'allaitement artificiel il y a quelque trente ans, lorsqu'on n'avait aucune notion sur la stérilisation du lait! Pour le plus sain des enfants il était dangereux; pour un syphilitique un peu gravement touché, il était encore plus aléatoire. Cela dit en thèse générale, songez au bouge infâme, malpropre et encombré qu'était alors l'hospice des Enfants-Assistés. Parrot a réalisé des progrès sérieux, en particulier par l'allaitement direct des nourrissons syphilitiques au pis de la chèvre, mais il était habitué à voir succomber, avec les ressources hygiéniques dont il disposait, à peu près tous les enfants entachés de syphilis héréditaire un peu sérieuse ; et c'était le cas pour les lésions épiphysaires qu'à cette époque on savait diagnostiquer.

Mais même pour celles-là, en observant dans un autre milieu, les médecins et chirurgiens d'enfants ont vite réformé de fond en comble le jugement de Parrot, Pour ma part,, j'ai soigné des cas très graves, des décollements épiphysaires multiples, chez des sujets déjà gravement cachectiques, et j'ai toujours été étonné par la rapidité de la guérison.

Je vous dirai même, en passant, que ces lésions osseuses précoces obéissent mieux que les tardives au traitement spécifique, et je n'ai pas observe les récidives in situ, qui rendent si ennuyeuse l'ostéomyélite gommeuse des os longs chez l'enfant plus âgé, l'adolescent et l'adulte.

Donc, tous mes malades ont guéri. Mais aucun d'eux n'a été hospitalisé, même pas avec sa mère, et c'est une condition capitale de succès. Je suis bien sûr que, même aujourd'hui, malgré les soins si particulièrement compétents assurés dans ce milieu par Hutinel en médecine, par Jalaguier en chirurgie, malgré les progrès d'hygiène considérables réalisés depuis quelques années dans l'établissement, la mortalité des jeunes hérédo-syphilitiques reste fort élevée à l'hospice des Enfants-Assistés. Mais je suis sûr aussi que même dans ce milieu, la léthalité énorme signalée par Parrot n'existe plus, et cela est dû, en grande partie, à l'éducation clinique par laquelle nous avons appris à dépister de bonne heure, à l'aide de quelques signes frustes, les amorces les plus légères de la « maladie de Parrot », de façon à ne pas laisser à la cachexie syphilitique le temps de s'aggraver.

Je ne veux pas, aujourd'hui, entrer dans le détail de la thérapeutique, vous exposer les indications possibles sur telle ou telle manière d'instituer la médication spécifique.

La plupart du temps, chez les nourrissons, j'ai recours aux frictions mercurielles quotidiennes : leur rapidité d'action est très grande, et dans une bouche privée de dents, elles n'ont pas, comme chez l'adulte, l'inconvénient de provoquer facilement la stomatite. C'est seulement pour certains cas très graves, où il importe d'agir très vite, que j'ai recours aux injections hypodermiques. Chez l'enfant actuel, avec une vérole certainement bénigne, pour le moment au moins, je n'y ai pas songé.

Dans les cas très graves, il est quelquefois bon d'associer tout de suite l'action de l'iodure à celle du mercure, et pour un enfant nourri au sein on peut administrer le médicament à la mère, parce qu'il enfpasse dans le lait. Je ne l'ai pas fait ici, parce que le cas est léger et parce que, de son côté, la mère ne présente aucune lésion en activité, indiquant de la traiter pour son compte.

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