DANGER DE TOUT ACTE OPÉRATOIRE
normale. Cette hyperthermie, notée par quelques autres observateurs au cours de poussées articulaires chez des hémophiles, est identique à celle qui accompagne souvent les hémarthroses traumatiques ordinaires, et sur laquelle j'ai attiré l'attention il y a longtemps déjà, en l'attribuant à la résorption du sang épanchée Notion ici utile, pour n'en pas conclure, en raison de l'acuité d'un début souvent sans cause connue, à une arthrite aiguë nécessitant l'arthrotomie : car la différence capitale avec rhémarthrose ordinaire est que l'incision, inutile dans cette dernière chez l'enfant, mais non point nuisible, peut être tout à fait dangereuse chez un hémophile.
De notre diagnostic rectifié, en effet, notre traitement fut la conséquence ; immobiliser en rectitude dans une gouttière plâtrée, comprimer, ne pas même masser. Toute plaie, toute écorchure peut être, chez un hémophile, la source d'un suintement hémorragique incoercible et mortel ; toute contusion, tout effleurage peut être l'origine d'un hématome.
Croyant à une tumeur blanche, deux fois Kônig réséqua le genou, et ses deux malades ont succombé. Morts aussi plusieurs de ceux auxquels on a pratiqué l'arthrotomie; morts encore quelques autres qui avaient subi une banale ponction; mort enfin, à la suite de simples pointes do feu superficielles, un malade dont Poucet (de Lyon) a publié l'histoire en 1871.
Ponction, incision même, n'ont point fatalement pareille conséquence. On en a vu guérir, après une hémorragie dont la gravité insolite mit le chirurgien sur la voie du diagnostic. On en a même vu qui ne saignèrent pas du tout, et c'est ce qui eut lieu chez mon malade; rien ne s'écoula par le trocart, ce qui vous prouve une fois de plus que du sang épanché dans un genou se coagule; rien ne suinta de la petite perforation cutanée. Mais
■l. Voy. leçon II de la lr= séi'ie.
232 ARTHROPATHIES DES HEMOPHILES
soyez assurés que si j'avais reconnu au premier abord la nature exacte du mal, je me serais abstenu de toute piqûre.
Le malheur est que le diagnostic d'emblée, par l'examen objectif, est à peu près impossible; seule la connaissance d'autres accidents hémophiliques permet de l'établir.
Donc, je n'ai rien prescrit d'actif, et voici le malade à peu près dans l'état où il se trouvait avant la crise : synoviale épaissie, contenant sûrement des caillots assez denses; os paraissant normaux, musculature fortement atrophiée. Et je ne saurais, comme pour une hémarthrose ordinaire, conseiller le massage, capable de provoquer un nouvel épancheaient intra-articulaire.
Dans quelques jours le malade va se lever, reprendre doucement sa vie habituelle, de lui-même mobiliser peu à peu sa jointure : et au moindre choc, peut-être sans cause connue, — on en a vu se produire au lit, — il est exposé à des récidives multiples, donl les exemples foisonnent dans l'histoire des hémophiles. La quarantaine est un chiffre fréquent, et souvent dépassé : il le serait sans doute presque toujours ,si bien des malades ne mouraient jeunes.
Encore notre garçon doit-il compter avec la multiplicité habituelle des arthropathies hémophiliques. Son genou seul est malade, mais ses autres jointures sont menacées; sur 32 cas, la multiplicité est notée 28 fois, l'atteinte du genou étant constante et presque toujours initiale. Malgré trois ans écoulés depuis le début, il serait imprudent de considérer notre cas comme une exception à la règle. Est-il exact que ces rechutes sur place, ces attaques multiples, soient favorisées par le froid et Fhumidité, soient plus fréquentes au printemps ou à l'automne? Influences possibles, mais non démontrées, dont vous ferez bien toutefois de tenir compte dans les conseils que vous donnerez au malade, en même temps que vous lui recommanderez surtout d'éviter les efforts, les entorses et les heurts.
Ces arrêts multiples, au moment des épanchements aigus, sont déjà fort désagréables. Mais cette répétition des hémarthroses est, en outre, localement nuisible, et l'on observe ici, au plus haut degré, les troubles qui rendent parfois si pénible le pronostic