DIAGNOSTIC AVEC LA TUBERCULOSE, L'OSTÉOMYÉLITE
tout nu dans son lit, je passai en revue tous les os de son squelette et je tombai en arrêt sur le tibia gauche, manifestement liyperostosé, presque aussi gros relativement que le fémur droit. Lui aussi était cylindroïde, bosselé, faisait à la face interne une saillie convexe, au lieu de l'ordinaire surface aplatie ; partout la peau et les parties molles sous-jacentes étaient saines, souples et mobiles. Les caractères étaient donc semblables à ceux du fémur, et d'ailleurs les deux os avaient été pris en même temps, les douleurs paraissant avoir commencé parle tibia. Une petite différence, toutefois : tandis qu'au fémur l'hyperostose est demi-fusiforme, au tibia elle est réellement fusiforme, ayant son diamètre maximum un peu au-dessus du milieu de la diaphyse et mourant de là peu à peu vers les deux épiphyses, dont aucune ne semble atteinte. (Voyez radiographie, fig. 20.)
Cette altération simultanée du tibia nous permet de diagnostiquer presque à coup sûr la syphilis : le malade est vigoureux et bien portant, quoique ayant maigri un peu depuis qu'il souffre et un ostéo-sarcome à deux foyers de cette importance aurait déjà gravement compromis la santé générale. Quant à l'ostéomyélite chronique d'emblée, l'intégrité, au tibia, des cartilages épiphysaires, son point de départ presque obligatoire chez l'enfant, la rendent tout à fait invraisemblable, surtout avec une multiplicité de lésions qui n'est pas dans ses habitudes, surtout avec une conservation semblable de l'état général. La réaction souvent est légère, mais au bout de quatre mois le sujet a cependant presque toujours pâli et maigri.
De plus, il y aurait probablement un peu de retentissement inflammatoire vers le plan sous-cutané, vers la peau : un peu de circulation veineuse exagérée, un peu d'oedème.
Or, d'après les radiographies, seule l'ostéomyélite chronique peut être mise en parallèle avec la vérole : car sur les clichés nous voyons que l'hyperostose est exclusivement due à l'apposition de couches nouvelles entre la diaphyse ancienne, à contours nets, et le périoste. Cet os nouveau est grisâtre, moins foncé que l'os ancien; sa face externe est irrégulièrement bosselée. Or, les ostéosarcomes les plus volumineux, qu'ils rongent ou non la diaphyse,
RADIOGRAPHIES D'H YPEROSTO SES SYPHILITIQUES
sont transparents aux rayons X ou à peu près ; même les « sarcomes ossifiants » ne produisent pas de pareilles ossifications sous-périostées. La radiographie nous prouve encore que cette
FiG. 19. — Fémur avec hyperostose remontant à partir de l'épiphyse inférieure.
Fio. 20. — Tibia du même sujet.
Hyperostose débutant loin de l'épiphyse.
ossification anormale s'étend tout autour des os atteints; qu'au fémur elle remonte tout près du grand trochanter, là où nos doigts sont impuissants à la percevoir; qu'au tibia la face interne paraît plus malade exclusivement parce qu'elle est plus superficielle,