‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 15 sur 317 · VALEUR CLINIQUE DES DOULEUUS NOCTURNES · texte numérisé non relu

VALEUR CLINIQUE DES DOULEUUS NOCTURNES

donc plus accessible. Vous remarquerez que sur les deux os le contour de l'ancienne diaphyse est marqué par une ligne droite et nette, d'apparence normale.

Ces caractères sont ceux de la syphilis, et presque, au volume près, indépendamment de l'âge du patient. Néanmoins, avant de vous présenter le malade, j'ai voulu être sûr de mon fait : je le suis, car j'ai institué le traitement mixte — frictions hydrargiriques et 3 grammes d'iodure de potassium — et aujourd'hui, au bout de quinze jours, les souffrances ont cessé, les hyperostoses ont considérablement diminué. Les diamètres osseux, celui du fémur surtout, étaient environ doublés au début, ils ne sont plus guère accrus que d'un tiers.

Vous noterez en passant que chez cet enfant, où le diagnostic est certain, les douleurs n'ont pas affecté la prédominance nocturne fréquente dans la syphilis. Cela vous prouve que ce caractère, dont la valeur clinique est réelle, n'est pas absolu. Et, d'autre part, il n'est pas exclusivement réservé à l'ostéite syphilitique : il se contente d'y être bien plus fréquent que dans les autres ostéopathies. Autrefois, on a imaginé des fables pour l'expliquer, on a fait intervenir l'action de la lune et des étoiles. 11 nous semble, aujourd'hui, que la cause en soit la chaleur du lit : c'est le jour, pendant qu'ils sont couchés, que souffrent les malades à profession nocturne, les ouvriers boulangers par exemple, et, d'après Rollet, les Kabyles, qui couchent par terre, sans lit, en sont exempts. Phénomène de second ordre, dont l'absence n'infirme pas les conclusions que nous devons tirer des l'enseigncments si concordants fournis par l'aspect physique de l'hyperostose, par la radiographie, par l'action si nette du traitement spécifique.

Notre malade est donc syphilitique, mais sa vérole est-ello héréditaire ou acquise?

De quelque côté que nous retournions le sujet, nulle part nous ne trouvons sur lui de stigmates imputables à la syphilis. Aussi

peut-il vous paraître étrange qu'à l'âge où les lésions ont débuté, je vous parle d'hérédité. Mais pour peu que vous ayez fréquenté déjà des services de médecine ou de chirurgie infantiles, vous avez appris, que lorsqu'un sujet est héréditairement taré par la vérole, il est exposé à des accidents tardifs variés, sur le système osseux en particulier, survenant avec prédilection vers la puberté, soit de douze à quinze ans, possibles, il est vrai, à tout âge, soit avant, soit après, et même quelquefois à très longue échéance.

Cela veut-il dire que ces sujets aient été jusque-là réellement indemnes, et que dès lors il faille établir une démarcation franche entre ces faits et ceux où la diathèse évolue pendant plusieurs années de suite, marquant sa trace, sans trêve, par des lésions successives, tout comme cela se fait dans la syphilis acquise? Certainement non, et très souvent il y a eu des manifestations précoces (dont nous devons toujours chercher les marques indélébiles, précieuses pour le diagnostic) suivies d'un assoupissement plus ou moins prolongé.

Hier, par exemple, vous avez pu vous en convaincre, à la consultation, sur une petite malade dont je n'ai pas besoin de vous décrire le tibia, identique à celui de notre malade actuel, avec une hyperostose bosselée, fusiforme, diaphysaire, les épiphyses paraissant saines.

Cette fille, actuellement âgée de onze ans, est née à terme : elle était cependant syphilitique en toute certitude, puisqu'à l'âge de cinq semaines on l'a guérie d'une « paralysie » par le traitement spécifique. Cela vous apprendra une fois de plus que l'évolution complète de la grossesse n'est pas un argument suffisant pour nier la syphilis héréditaire : la répétition de fausses couches, de naissances avant terme est une preuve de vérole, mais l'absence de ce commémoratif n'est pas un argument contre '.

Je n'ai pas interrogé de près cette femme en votre présence, en pleine salle de consultation, parce que, sur ces sujets délicats, nous devons nous enquérir avec prudence, ne pas nous exposer à faire naître des |complications conjugales par des investigations

i. Voy. p. 5.

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