INCO-WE.NIENTS DE LA RESECTION PRECOCE
tion à streptocoques est plus sévère que celle à staphylocoques au point de vue du pronostic vital immédiat, elle est moins ennuyeuse au point de vue de ses conséquences locales éloignées : elle est caractérisée par moins d'hyperostose, moins de séqaeslres, moins de fongosités profondes. C'est ce que l'état de l'hyperostose me fait espérer chez notre malade *.
La femme que le hasard a amenée, pour ses couches, dans le service, et auprès de laquelle M. Pinard vient de nous conduire va, pour son malheur, servir de preuves à mes assertions de tout à l'heure.
D'abord, quoique l'élève du service chargé de prendre l'observation ait parlé de fracture ancienne, j'affirme qu'il s'agit d'une ostéomyélite, et cela va me permettre de vous expliquer un petit point de diagnostic.
La malade, invitée à raconter ce qui lui est arrivé, dit qu'il y a douze ans, à l'âge de neuf ans, elle a fait une chute de voiture, qu'elle s'est cassé la jambe et qu'on a dû l'opérer au bout de quelques jours. Et votre camarade a ajouté foi à ce récit. Mais la simple inspection du membre m'a mis en défiance.
J'ai vu, en effet, une jambe plus courte de 12 centimètres que celle du côté opposé, incurvée à concavité interne, parcourue dans toute sa longueur, en dedans et en avant, par une cicatrice longitudinale portant les traces transversales d'une suture qui a suppuré. A la palpation le tibia est absent, seul le péroné existe.
Un résultat semblable, après une fracture de jambe même très compliquée, chez un enfant, je n'en ai jamais ni eu ni vu, et tout de suite j'ai posé à la malade deux questions :
1. L'opéialion a été pratiquée le 23 novembre 1901. Je n'ai eu à traverser que 5 ou 6 millimètres d'os nouveau, sous lequel il n'y avait que de petits séquestres lamellaires, entourés de l'ancienne diaphyse éburnée, non nécrosée. A l'huméi-us, la fistule conduisait derrière le col dénude, mais dur, que je n'ai pas cru devoir évider.
DANS L'OSTEOMYELITE 275
— Y a-t-il eu une plaie à la jambe au moment de la fracture?
— Avez-vous pu marcher après raccident?
La malade m'a répondu qu'elle n'avait pas eu de plaie : donc l'hypothèse de nécrose après fracture compliquée devenait impossible. Elle a ajouté qu'elle avait, tout en soulfrant, marché pendant quelques jours, puis que s'était déclaré de la fièvre, et qu'alors on l'avait opérée.
De la sorte tout s'éclaire : il n'y a jamais eu de fracture, mais une ostéomyélite aiguë, avec infection générale qui paraît avoir été grave. Cette ostéomyélite a été traitée par la résection de la diaphyse tibiale, et le résultat est désastreux, La malade marche, me dit-on, sans béquilles; elle a la chance que son péroné, tout en sincurvant, ait assez de force pour supporter le poids du corps. Mais de régénération tibiale il n'y a pas trace, et cela concorde tout à fait avec ce que j'ai vu sur d'autres malades traités par ce procédé. Par la méthode, moins brillante mais plus sûre, que je vous ai recommandée, je n'ai jamais eu de résultat pareil.
Peut-être, malgré ce que je viens de vous dire, douterez-vous de mon diagnostic : regardez l'autre jambe, et tout de suite vont vous sauter aux yeux deux cicatrices blanches, arrondies, adhérentes à la face interne du tibia, l'une en haut, l'autre au milieu. Et la malade raconte que des abcès, qu'on s'est borné à ouvrir sans rien réséquer, sont venus en même temps que celui de l'autre jambe. C'est la signature indéniable de l'ostéomyélite à foyers multiples, et je regrette qu'on n'ait pas traité la jambe gauche comme la jambe droite.