‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 16 sur 317 · RECHERCHE DES RENSEIGNEMENTS HEREDITAIRES · texte numérisé non relu

RECHERCHE DES RENSEIGNEMENTS HEREDITAIRES

indiscrètes. Il m"a suffi de poser une seule question, d'apprendre une longue histoire de naissances avant terme, pour diagnostiquer avec certitude la syphilis et instituer le traitement convenable. Mais après notre départ, mon interne Herbinet a recueilli des confidences que leur netteté rend pour vous particulièrement instructives.

La femme a été mariée deux fois : de son premier lit, quatre enfants, dont Taîné, âgé de dix-sept ans, est actuellement vivant et a toujours été bien portant, dont les trois autres sont nés morts et avant terme. Or, elle raconte très franchement qu'elle a eu la syphilis — de son premier mari, prétend-elle, ce qui, d'ailleurs, nous est indifférent — et qu'elle a été contaminée quinze jours avant la fin de sa première grossesse.

Yoilà un fait intéressant, nous expliquant la venue à terme et la bonne santé ultérieure de l'enfant correspondant, presque bon à naître lorsque fut produite l'inoculation syphilitique, touché par conséquent tard et légèrement, si même il a été touché. Tandis que les suivants ont été infectés in utero assez gravement pour succomber avant de naître; et ces accidents ont eu lieu malgré un traitement assez régulier et assez prolongé.

Puis la femme a divorcé, et environ un an plus tard, il y a douze ans, après s'être soignée de nouveau, elle s'est remariée : et cette fois le temps avait accompli son œuvre, la vérole s'était calmée, car des quatre enfants du second lit il semble qu'un seul, l'aîné, soit syphilitique. Un est mort de bronchopneumonie consécutive à la rougeole ; un autre est en ce moment même soigné par moi pour coxalgie ; un seul est bien portant : en sorte que la diathèse maternelle paraît bien avoir mis les descendants, de façon indirecte, en état de déchéance générale, de réceptivité morbide, mais vous remarquerez que parmi les rejetons de la deuxième série un seul, le premier, présente des lésions sûrement syphilitiques. Je me garderai bien d'affirmer leur absence complète chez les autres, et d'affirmer aussi que, malgré cette absence, ils sont à l'abri des réveils tardifs que je signale en ce moment à votre attention.

Le fait certain est que chez la fille que nous soignons, la

Bkoca. — Leçons cliniques, 2^ série, 3

syphilis tibiale semble avoir deux ou trois mois de date et a les caractères de la syphilis héréditaire tardive, mais que peu après la naissance l'infection s'est manifestée par une de ces fausses « paralysies » que déjà je vous ai décrites'. Et vous concevez, d'autre part, l'impossibilité oii nous sommes de remonter, par l'anamnèse, à d'autres lésions précoces, mais superficielles, aisément méconnues ou même oubliées.

Rien d'analogue n'est relevé dans les antécédents de notre grand garçon; et d'autre part les renseignements collatéraux sont nuls. Le père est mort alcoolique et tuberculeux; la mère, bien portante, a élevé sept enfants bien portants, dont celui-ci est le cinquième, ce qui est contraire à l'hypothèse d'une syphilis contractée par elle, chemin faisant. Mais je dois reconnaître que sur les accouchements avant terme, sur la possibilité de fausses couches intercalaires, je ne sais rien de précis : l'enfant, dont la mère habite la province, m'est conduit par sa tante, qui le garde à Paris avec elle, et n'est documentée que par à peu près.

Car ne croyez pas que, avec la meilleure foi du monde de la part des parents, ces enquêtes soient toujours très faciles à tirer au clair : vous venez d'assister à une histoire à cet égard probante.

Hier, juste après la fille dont je viens de vous parler, on m'a présenté un garçon de douze ans, dont l'état local, au tibia droit également, ne permettait pas davantage le doute, malgré l'absence — comme chez la fille d'ailleurs — de toute autre altération squelettique. Là encore, aucun stigmate dystrophique, aucune autre trace de lésion préalable.

Le garçon était conduit par son père : celui-ci se souvient d'avoir eu la chaudepisse, mais affirme n'avoir jamais eu ni chancre, ni accident quelconque semblant syphilitique. Il m'a dit avoir procréé dix enfants, dont trois seulement en ce moment vivants, les autres étant morts en bas âge, mais nés à terme. En tout cela, je le crois de très bonne foi ; les syphilis ignorées sont très fréquentes, et quant à l'échéance exacte des grossesses dans la classe ouvrière, le père, insouciant, en perd vite souvenir. La mère,

Page 1