‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 153 sur 317 · FOYERS OSSEUX MULTIPLES · texte numérisé non relu

FOYERS OSSEUX MULTIPLES

est assez régulièrement arrondie, la peau sus-jacente est un peu rouge. Rien au niveau des phalanges et du poignet, pas de veines anormalement dilatées.

Le pied gauche offre une tuméfaction uniforme, moins marquée et moins rouge que celle de la main, sur la face dorsale, au niveau des deuxième et troisième espaces interosseux et du troisième métatarsien; elle empiète un peu sur les deuxième et quatrième métatarsiens. Pas d'exagération de la circulation veineuse collatérale .

La palpation fournit, à la main droite, une sensation de rénitence sur toute retendue de la tuméfaction, surtout au niveau de la face dorsale des métacarpiens. La pression n'est vraiment douloureuse qu'au niveau du deuxième métacarpien qui paraît douJilé de volume dans ses deux tiers supérieurs. La main, appliquée sur la région gonflée, y perçoit une sensation de chaleur à peine marquée au centre du gonflement.

Au pied gauche, la tuméfaction donne aussi la même sensation de résistance uniforme, plus marquée au niveau du deuxième métatarsien. C'est en ce point seulement aussi qu'elle est douloureuse, et le doigt reconnaît une notable augmentation de volume de l'os à sa partie moyenne. Les premier et deuxième espaces interosseux et les premier et troisième métatarsiens ne sont pas douloureux à la pression. Il existe, ici encore, une sensation de chaleur à peine marquée.

Les tuméfactions paraissent au pied, et, plus nettement encore, à la main, indépendantes des tendons extenseurs et sous-jacentes à ces derniers.

Les mouvements du poignet, des doigts, d'opposition du pouce sont faciles, indolores; de même, au membre inférieui', la flexion et l'extension du pied et des orteils sont faciles et sans douleur. Je vous ai déjà dit que le malade, bien que souffrant depuis une quinzaine, n'avait cessé son travail que depuis deux jours, et que d'ailleurs il avait pu venir à pied à l'hôpital.

Tandis qu'avaient lieu ces poussées nouvelles, l'ancien foyer de la main gauche ne s'était nullement réchauffé. Fallait -il donc opérer de même la main droite?

OSTÉITE DES NÀCRIERS

Je fis encore faire une radiographie et les épreuves nous montrent autour du deuxième métacarpien droit une ossification périostique de 2 à 4 millimètres d'épaisseur, qui débute, mince, au niveau de Funion de la base et du corps de l'os et s'étend jusqu'à quelques millimètres du cartilage de conjugaison. Nous retrouvons

FiG. 63. — Périoslose du 2'= métacarpien droit.

FiG. 66. — La main gauche après guérison.

la même disposition, mais à peine appréciable, au niveau du deuxième métatarsien gauche. Il y a d'ailleurs une analogie parfaite entre cette épreuve et celle qui fut faite en décembre 1902 sur la main gauche. Le corps du troisième métacarpien de celle-ci se montre encore sur l'épreuve actuelle excavé en certains points et en d'autres, au contraire, soulevé par de véritables exostoses. Une

LESION DES MÉTACARPIENS ET MÉTATARSIENS 299

FiG. 67. — Très légère périosLose du •2« métatarsien.

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de celles-ci se montre aussi très développée, en forme d'épine, sur la face cubitale du corps du deuxième métacarpien gauche, qui est épaissi ainsi que la base de cet os. Le quatrième métacarpien également offre un épaississement de son corps. Le tissu propre de ces os apparaît en outre en une silhouette beaucoup plus opaque que normalement, comme s'il avait élé le siège d'un processus actif d'ostéite condensante.

Je posai encore une fois, faute de mieux, le diagnostic d'ostéomyélite du deuxième métacarpien droit et des deuxième et troisième métatarsiens gauches. Néanmoins je faisais de grandes réserves, étant donnés les phénomènes observés au cours des interventions précédentes et les symptômes eux-mêmes, qui ne se rapportaient pas à une autre affection que l'ostéomyélite et qui, cependant, étaient loin d'en offrir le tableau parfait.

Désireux de m'éclairer le plus possible sur ce cas quelque peu insolite, j'avais prié mon interne M. Tridon d'étudier ce malade avec le plus grand soin et de rechercher tout ce qui pouvait apporter quelque lumière sur la question. Il vint à se demander si le travail du malade ne pouvait pas donner lieu à une fatigue spéciale, à une contusion légère mais répétée, qui aurait expliqué la localisation de l'infection, la porte d'entrée pouvant être trouvée dans la crise d'appendicite avec péritonite généralisée dont il fut opéré dans mon service en mai 1902. En se faisant expliquer le travail du malade, mon interne apprit donc entre autres choses que celui-ci tournait la nacre, et ces trois mots, lorsqu'il me comrnuniqua le résultat de son enquête, éclairèrent pour moi brusquement la situation, jusqu'ici assez obscure.

Il s'agissait là de l'affection spéciale, décrite par Englisch, puis Gûssenbauer. C'était bien, à n'en pas douter, « l'inflammation osseuse multiple et récidivante », mise en évidence par le premier de ces. auteurs chez les tourneurs de nacre viennois, affection

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