N'ATTEINT QUE LES ADOLESCENTS
dont je connaissais théoriquement l'existence pour avoir lu les travaux des chirurgiens viennois. Mais je n'avais été jusqu'ici, et d'ailleurs aucun clinicien de notre pays plus que moi, à même de rencontrer un cas de ce curieux processus. Peut-être s'en est-il déjà présenté, mais ils auront alors passé inaperçus, soit par mégarde, soit par ignorance des travaux étrangers. Voici donc ce que nous apprennent ces derniers.
Le malade, nous disent les Viennois, est un jeune garçon apprenti, ou déjà compagnon tourneur de nacre, âgé de quinze à dix-huit ans, l'âge moyen étant de dix-sept ans et les extrêmes treize et vingt ans. Entre douze et quinze ans, il a commencé son apprentissage, et depuis ce moment il tourne, dix à douze heures par jour, travaillant dans de fétides ateliers peu ou pas ventilés, respirant la poussière de nacre, fine et abondante.
Jl fréquente l'atelier depuis un an et demi, deux ans, lorsque brusquement, sans raison apparente, il ressent un jour, sur une des extrémités le plus souvent, une douleur sourde, dont l'intensité va croissant; mais comme elle est spontanée, comme elle n'augmente pas pendant l'effort local, le patient continue son travail pendant un temps qui varie suivant sa résistance, une dizaine de jours en général. Cette souffrance, qui se manifeste isolée, sans phénomène inflammatoire, est considérée comme le résultat d'une fatigue, ou comme une douleur rhumatismale. La teinture d'iode ou même seulement le mépris font tous les frais du traitement. Mais bientôt le tableau va se modifier, la douleur devient plus vive, rémittente et térébrante, répondant dans la profondeur à la situation des os. Elle est assez caractéristique pour que les malades ayant déjà subi une ou plusieurs attaques antérieures la reconnaissent d'emblée; elle leur signale l'apparition d'une nouvelle poussée.
La palpation à ce moment ne décèle aucune modification des parties molles, rien au niveau des os. Il est à remarquer, d'ailleurs, que le maximum de douleur siège toujours en des points bien déterminés, qui ne changent pas pendant les premiers jours d'une même poussée; en outre, chacun des os atteints est presque toujours frappé au même niveau chez les différents malades. Nous verrons que plus tard, au moment de l'apparition de nouveaux
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symplômes, la douleur se déplace cependant un peu au cours de la maladie.
Le sujet cesse donc son travail au bout de huit à dix jours, du fait de la douleur; mais son état général n'est guère altéré. Lorsqu'il s'observe avec soin, à l'occasion d'une récidive par exemple, il remarque tout au plus une fièvre légère, aux environs de SS^S, sans frisson. Quelques phénomènes généraux apparaissent mais peu marqués : inappétence, soif, sensation de chaleur alternant avec impression de froid, insomnie plus ou moins complète.
Lorsque les phénomènes douloureux ont existé ainsi pendant une quinzaine, presque seuls, un nouveau symptôme se montre, assez brusquement. C'est un gonflement qui occupe le point précis où a débuté la douleur, et qui siège sur les os.
Cette tuméfaction se développe, pour les os longs, à l'une des extrémités de la diaphyse, sans jamais occuper celle-ci, non plus une épiphyse. Ceux des os plats et courts où la maladie a pu être observée sont atteints au niveau d'un point déterminé et limité. Au début, pendant quelques jours, les parties molles adjacentes sont indemnes et la palpation dénote une tuméfaction nettement périostique, dont les limites sont très évidentes : elles sont dessinées par une arête appréciable sous le doigt du côté du corps de l'os et surtout du côté del'épiphyse. Plus tard, et le malade que je vous présente en est à cette période, les parties molles peuvent participer à l'épaississement et occasionner ainsi une forte augmentation de volume du segment de membre atteint. Ce gonflement est très douloureux à la palpation la plus légère. Celle-ci dénote les premiers jours un gonflement mou. Plus tard, la consistance devient plus ferme, et rappelle même celle d'une liyperostose plus ou moins régulière.
Loin de se localiser au point tout d'abord envahi, le gonflement s'étend progressivement en quelques jours, souvent sur une grande partie de l'os, et s'avance toujours d'une extrémité de la diaphyse vers sa partie moyenne. Dans la plupart des cas, il ne dépasse pas celle-ci, et lorsque les deux extrémités de la diaphyse d'un os long sont envahies, elles l'ont été en général isolément, et à