LESIONS MULTIPLES ET SUCCESSIVES
quelques jours ou quelques semaines d'intervalle. On peut ainsi voir sur un même os deux tuméfactions qui progressent l'une vers l'autre, et arrivent à se fusionner.
La plupart des os des membres, quelques-uns des os de la face et exceptionnellement du thorax peuvent être le siège des lésions. Chacun d'eux est généralement frappé d'une manière déterminée.
La clavicule est en cause 4 fois sur 26 observations. Sa partie externe est la première atteinte, le gonflement débutant à un centimètre en dedans de l'extrémité acromiale et la respectant dans son extension.
L'envahissement de l'humérus est rapporté dans 2 observations, débutant par l'extrémité inférieure.
Le cubitus et le radius sont très fréquemment atteints et souvent simultanément. Le cubitus est cité 12 fois, le radius 11 fois et je vois que 5 des observations relatent l'association des lésions des deux os de l'avant-bras. L'envahissement se fait aussi bien par l'extrémité inférieure que par la supérieure. Il semble cependant que, lorsque les os sont pris en môme temps, les accidents débutent à la fois au niveau des extrémités en regard et plutôt au niveau des inférieures.
Les métacarpiens sont souvent frappés, dans 9 observations sur 26, et nous trouvons, à propos de l'envahissement de ces os, un des phénomènes les plus remarquables et, il faut le dire, les plus difficiles à expliquer en apparence, dans l'évolution de la curieuse affection qui nous occupe. En effet, le processus évolue sur ces os avec beaucoup de régularité, et même sur la série de ces os. C'est ainsi que l'on voit la douleur apparaître toujours au niveau de la base des métacarpiens, de même aussi que la tuméfaction qui la suit, et, l'une précédant l'autre, elles s'avancent vers la tête métacarpienne, qui reste d'ailleurs dans tous les cas indemne. En outre, le premier métacarpien n'est jamais frappé et les accidents débutent presque régulièrement sur la base du deuxième, puis peuvent envahir successivement les troisième, quatrième et cinquième métacarpiens, de telle sorte que le processus est presque éteint sur le deuxième métacarpien alors qu'il débute seulement sur le cinquième. Les accidents peuvent d'ailleurs respecter le
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deuxième métacarpien et débuter sur le troisième pour envahir ensuite les quatrième et cinquième. Cet ordre d'atteinte est toujours observé.
L'omoplate est souvent touchée, 9 fois sur 26 observations que nous avons pu rassembler, et notre malade d'aujourd'hui en est un nouvel exemple. Nous voyons, dans ces observations, le processus débuter presque toujours au niveau de l'angle inférieur de l'os ou de son bord spinal, rarement au niveau de la partie moyenne de l'épine, et se porter en haut, en dehors et en avant. Voici ce que nous dit Gtissenbauer à propos d'un cas qu'il a personnellement examiné: « Il existait une tuméfaction arrondie, assez nettement limitée de tous côtés, très douloureuse sous la partie moyenne de l'épine du scapulum ; les parties molles n'y prenaient qu'une faible part. Les bords et les parties indemnes de l'os étaient indolores. » La description suivante, empruntée à une observation de 0. Weiss, répond mieux au tableau ordinaire : « Depuis un mois, dit-il, est apparu un gonflement de l'angle inférieur et du bord interne de l'omoplate gauche, qui s'élève jusqu'à l'épine. L'angle inférieur fait une saillie sous les téguments normaux au niveau du dos, dure, grosse comme une petite pomme, douloureuse spontanément et à la pression. La rotation du bras faite avec quelque précaution est indolore, mais l'élévation de l'humérus au-dessus de 4S degrés est la cause de vives douleurs. » Le gonflement envahit souvent toute la fosse sous-épineuse, puis l'épine, et cesse sur l'acromion par une arête très douloureuse qui répond à la zone cartilagineuse interposée entre l'épine et la partie de l'acromion qui, se développant par un point accessoire, joue par rapport à l'épine le rôle d'une épipliyse.
Et nous retrouvons chez notre malade actuel, la plupart de ces traits. Nous avons déjà reconnu tout à l'heure le gonflement œdémateux et en même temps, si je puis dire, légèrement phlegmoneux des parties molles recouvrant la fosse sous-épineuse. J'ai démontré par la palpation l'existence d'une augmentation notable du volume de l'omoplate en cette région; mais de plus, un examen plus approfondi va me montrer que certaines parties de la région sous-épineuse de l'os sont plus particulièrement tuméfiées: