RELATION AVEC LES CARTILACES CONJUGAUX
Ces reliquats d'ostéite ressemblent quelquefois, lorsqu'ils sont bilatéraux, à des exostoses symétriques.. Une des radiographies de notre malade montre une disposition de ce genre.
Fait curieux, lorsqu'il s'agit d'une inflammation osseuse débutant au Yoisinage des épiphyses, il ne paraît jamais y avoir de retentissement sur les articulations voisines. D'ailleurs, l'envahissement de l'épiphyse elle-même n'est que rarement cité, et il ne se produit que lorsque celle-ci est soudée. Les articulations n'offrent même pas d'épanchement séreux, et l'amplitude normale de leurs mouvements est à peu près conservée, vous venez de le voir sur notre sujet, pour l'articulation scapulo-humérale. Toutefois nous ne pouvons arriver jusqu'au maximum d'amplitude physiologique, mais le fait est dû, soit au volume d'une luméfaction qui arrête mécaniquement le jeu du squelette, soit surtout, comme ici, à la douleur provoquée par la contraction ou la distension des muscles œdématiés.
La fièvre légère, que je vous ai dit exister dans la plupart des cas, persiste tant que les lésions osseuses sont en activité ; ses petites oscillations vont de 37°8 environ, le matin, à 38°6, le soir; elle peut durer ainsi pendant plusieurs semaines. Elle reparaît ou s'élève dans le cas d'envahissement d'un os jusque-là indemne.
On est frappé, à l'étude des observations, de la fréquence assez grande des lésions symétriques, qui constitue un fait intéressant dans la symptomatologie de l'affection. Quant à l'envahissement en série régulière des métacarpiens et des métatarsiens, je viens d'y insister comme il convenait.
Je vous ai fait remarquer aussi tout à l'heure, à propos de l'énumération rapide des os atteints, que pour chacun d'eux, l'affection se localise de préférence au niveau d'une extrémité diaphysaire déterminée. Mais, pour ce qui est de l'association des localisations sur ditTérents os, il n'y a aucune règle. C'est ainsi que, par exemple^ nous voyons atteints successivement dans l'observation Y d'Englisch : le fémur droit, le tibia droit, le cubitus gauche; dans l'observation VI du même auteur : le tibia gauche, le métatarse gauche, le fémur gauche et l'omop'ate droite. 11 est rare de trouver une manifestation qui reste isolée. Yous avez vu que sur
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notre malade, ont été pris : le métacarpe gauche, puis le droit,
le métatarse droit, l'omoplate droite.
Aussi lorsque le malade, à peu près guéri, a repris son travail,
après quelques semaines ou mois de repos, il est fréquent de voir se "développer, à quelques mois de là, une ou plusieurs localisations
nouvelles.
Je terminerai enfin cet exposé clinique en vous signalant deux
faits : on n'observe jamais de nouvelle atteinte après la soudure
complète des épiphyses, et passé la puberté, la maladie disparaît.
De plus cette ostéite, quelle qu'ait été son apparente gravité, n'est jamais suivie de troubles dans la croissance des os. Après gué-
rison en un point, elle prend d'autres os, mais ne récidive pas
sur place.
Pour ce qui est de l'anatomie pathologique, nous ne possédons que des notions assez imparfaites, les accidents n'entraînant jamais la mort, et guérissant même sans intervention. Ce que nous savons de plus précis nous a été montré par les radiographies et par le curettage du métacarpe que j'ai fait il y a environ un an, lorsque, ne connaissant pas cliniquement cette affection, je l'ai traitée comme une banale ostéomyélite.
L'étiologie et la pathogénie ont été assez longuement étudiées par Englisch et Gûssenbauer. Nous ne nous arrêterons pas aux considérations un peu théoriques d' Englisch sur l'immersion fréquente des mains dans l'eau au cours du travail, sur le prétendu envahissement primitif constant de l'extrémité de la diaphyse vers laquelle se dirige l'artère nourricière.
Le seul fait qui paraisse hors de cause, c'est l'influence nocive de la poussière de nacre, qui est très ténue et produite en abondance pendant le travail. Celui-ci, en effet, consiste à user la matière première sur des meules à grain plus ou moins fin, ce qui détache d'innombrables particules de nacre. Celles-ci sont si
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légères, que dans les ateliers viennois, ceux d'il y a vingt ans tout au moins, petits et mal ventilés, les vêtements se couvrent en quelques miilutes d'une couche grisâtre, qui va s'épaississant rapidement. Et, si les expériences de Gûssenbauer semblent prouver l'action nocive de cette poussière, ce fait est corroboré par l'absence ou la rareté de la maladie en France, où nos ouvriers travaillent dans de bien meilleures conditions hygiéniques. Voici comment Gûssenbauer comprend la pathogénie des accidents. La poussière de nacre pénétrant, grâce à sa ténuité, dans le sang parles voies respiratoires, y perdrait ses sels calcaires, à la faveur de l'acide carbonique dissous. La trame organique, la conchioline de Frémy, resterait alors seule et, entraînée dans le courant circulatoire, elle parviendrait ainsi aux différentes parties du corps, entre autres, à la moelle osseuse; là une disposition spéciale des petits vaisseaux, en entonnoir renversé, donne lieu à un ralentissement de la masse liquide, qui laisse déposer les particules de conchioline. Celles-ci s'agglomèrent et forment embolie, d'oii œdème et inflammation de la moelle osseuse voisine. Je ne puis vous garantir l'exactitude de cette théorie; ce qui est certain, c'est que Gûssenbauer n'a jamais observé d'ostéite sur les animaux en expérience auxquels il faisait, en 1875, inhaler de la poussière de nacre.
Je vous ai dit combien la maladie paraissait rare en France, et je crois vous en montrer le premier cas indigène. T a-t-il une raison à la fréquence relative de cette affection chez les Viennois, et à sa rareté en France? Oui, et j'y ai fait allusion il y a un instant, quand je vous ai parlé de la poussière de nacre comme principal facteur de la maladie.
Les ateliers viennois, tout au moins ceux que nous décrit encore Otto AVeiss en 1886, sont des pièces basses, obscures, petites, où les ouvriers travaillent soit chez eux, soit chez de petits patrons. Ils sont là, au nombre de trois à dix, dans une chambre encombrée par les tours, au milieu desquels ils peuvent à peine circuler et ils travaillent dix à douze heures par jour, au milieu d'une poussière fine et dense.
En France, les nacriers sont occupés surtout à la fabrication
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des boutons^ et constituent une corporation d'au moins 3.000 individus; d'autres, moins nombreux, sont les monteurs de jumelles et les fabricants de bibelots en nacre. Les tourneurs de boutons n'habitent point Paris pour la plupart. Ils se trouvent dans le département de l'Oise, aux environs de Beauvais. J'ai fréquenté pendant plusieurs années, de 1873 à 1892, un village oii cette inductrie s'exerçait, et bien que, pendant une dizaine d'années de cette période, j'aie eu connaissance des travaux d'Englisch et de Giissenbauer, je n'ai pas rencontré une seule fois cette lésion. Mais aussi, là, quelle hygiène meilleure que dans les ateliers viennois!
Certains ouvriers travaillent dans de vastes ateliers d'usines, oi^i, le terrain étant sans grande valeur, on n'a pas ménagé la place. D'autres travaillent chez eux, et peut-être moins bien installés, possèdent cependant de plus vastes emplacements que les habitants des faubourgs de Vienne, et profitent de l'air plus pur et de l'alimentation plus saine des campagnes.
En outre, à Vienne, le travail est ou était tellement insalubre et désagréable, que les ouvriers sont presque toujours de jeunes garçons. Arrivés à l'âge adulte, ils renoncent au métier spontanément, ou atteints d'accidents pulmonaires. Chez nous, l'hygiène meilleure fait que les ouvriers continuent le travail jusqu'à quarante, cinquante ans, et nous avons vu que l'ostéite épargnait les adultes. Nos ouvriers sont surtout décimés par l'alcool, car ils boivent beaucoup en raison de la poussière.
C'est à ces différents faits que l'on doit, selon moi, attribuer en France, la rareté de la maladie dont je vous entretiens actuellement.
Le pronostic est-il grave? Non, qiioad vitam^ tout au moins, et même au point de vue fonctionnel, puisqiie toutes les observations montrent que la résolution a été spontanée, avec retour parfait des fonctions du membre. Notre malade, dans ses deux premières atteintes, en est un exemple frappant.
Mais il existe des éléments de gravité relative : ce n'est pas