‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 159 sur 317 · IV. — Fragilité osseuse congénitale ou ostéopsathyrosis · texte numérisé non relu

IV. — Fragilité osseuse congénitale ou ostéopsathyrosis

Toutes les femmes sont cagneuses, c'est-à-dire qu'elles ont les genoux saillants en dedans, les jambes obliques en dehors et qu'elles ne peuvent pas, sans tricher, se mettre exactement à la position du soldat sans armes, les talons joints, les condyles internes au contact. Si leurs condyles se touchent, leurs talons s'écartent un peu. Cet angle obtus, ouvert en dehors, entre la cuisse et la jambe, existe d'ailleurs à l'état normal chez les hommes également, toutefois bien moins marqué que chez la femme.

Mais la fille de neuf ans que je vous présente exagère vraiment trop, pour être gracieuse, la conformation propre à son sexe.

314 GENU VALGUM GRAVE, BILATERAL

Quand elle marche, elle est forcée de fléchir les genoux, et elle oscille de façon tout à fait déplaisante. Si nous la faisons arrêter debout devant nous, toute nue et immobile, les bords internes de ses pieds restent distants de 15 à 20 centimètres; et tout de suite, il est évident qu'une parlie de la difformité est masquée par un artifice d'attitude. En effet, les deux genoux sont encore un peu fléchis, les deux membres inférieurs sont dans la rotation en dehors et les deux condyles fémoraux ne se touchent pas selon leur axe transversal, mais l'un d'eux se met en avant de l'autre.

Couchons donc l'enfant, mettons la face postérieure des cuisses bien à plat sur la table, les rotules droit en avant, les condyles internes au contact par leurs pôles : et les deux jambes, à partir du genou, s'écartent presque à angle droit; entre les deux talons, la distance est de 32 centimètres.

Cet état est celui que, dans le langage chirurgical, on désigne sous le nom de grenu valgum\ et pour compléter l'examen local, deux ou trois menus faits doivent être relevés.

D'abord, vous remarquerez que, si je fais fléchir le genou, le talon vient, comme à l'état normal, toucher l'ischion : la jambe est alors bien parallèle à la cuisse, et la déviation en dehors a disparu; la rotule, déjetée forcément en dehors dans l'extension, reprend peu à peu sa position normale. 11 en est toujours ainsi, ce qui a donné lieu à plusieurs théories dont je n'ai pas à vous entretenir, mais ce qui vous explique pourquoi, la difformité étant ainsi diminuée, les sujets fléchissent le genou pour marcher plus commodément.

En second lieu, je recherche avec soin si dans les genoux non fléchis je peux communiquer des mouvements de latéralité, et je constate qu'il n'y en a pas. Fait important, car la mobilité latérale, très fréquente en pareille occurrence, est une cause de faiblesse persistante des membres après redressement de la déviation.

En troisième lieu, nous devons établir si la difformité tient à une incurvation du fémur, du tibia, ou des deux à la fois. Or, d'après la palpation et l'inspection, il me semble que le tibia est hors de cause et que la seule anomalie osseuse appréciable est ici

Page 1