‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 17 sur 317 · POSSIBILITÉ DE SYPHILIS ACQUISE EN BAS AGE · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉ DE SYPHILIS ACQUISE EN BAS AGE

qui porte, le conserve mieux : et si déjà, sans plus ample informé, cette mortalité infantile énorme, même à terme, m'avait frappé l'esprit, aujourdliui j'ai été définitivement fixé quand j'ai appris que toutes les grossesses s'étaient terminées prématurément à sept mois et demi au plus tard, et que tous les enfants étaient morts en quelques jours : presque seule la syphilis est capable de semblables méfails.

Ainsi, il y a des cas de syphilis tertiaire tardive oîi la notion héréditaire est certaine, soit par l'étude d'accidents en série présentés par le sujet lui-même, soit par les commémoratifs collatéraux. Mais quand sur ces deux pistes nous sommes en défaut, nous ne sommes pas en droit d'éliminer de parti pris la syphilis acquise : à tous les âges, nous en avons tous observé, avec le chancre initial dû à une contamination des plus variables. Et il est même possible que certaines véroles des nourrissons puissent — quoique avec bien moins de vigueur que la vérole du fœtus — marquer sur le malade, par leur action dystrophiante, les tares classiques, mais légères, de la syphilis héréditaire. Car on peut dire, d'une manière générale que le mode d'infection, héréditaire ou acquis, ne change par la nature des lésions ultérieures; les particularités propres à la syphilis héréditaire lui sont imprimées par l'âge du sujet sur lequel elle évolue. Pour revenir plus spécialement à notre propos, nous pouvons dire que ses lésions osseuses tardives sont semblables à celles de la syphilis tertiaire acquise de l'adulte, et non point spéciales comme celles de la syphilis héréditaire précoce. Elles sont constituées par des gommes, dont nous connaissons aujourd'hui l'origine habituellement profonde, médullaire, et non point superficielle, périostique, comme on Fa cru pendant longtemps.

Cette ostéomyélite gommeuse, dont Gangolphe (de Lyon) nous a donné une bonne description, est due au spécifique tissu gommeux, avec sa structure et son évolution habituelles. Il s'amasse en syphilomes tantôt circonscrits et tantôt diffus. Dans les épiphyses, dans le tissu spongieux des os courts, dans les diaphyses, on voit des foyers circonscrits et ocreux plus ou moins régulièrement sphériques, enkystés dans une couche osseuse protectrice,

éburnée. Quant à l'ostéomyélite syphilitique des os longs, elle se caractérise par une infiltration gommeuse qui s'insinue partout où il y a du tissu médullaire, dans les canaux de Havers, aussi bien que dans le canal central, en sorte que l'os est rongé, vermoulu, raréfié par places.

Autour de ces foyers, le tissu osseux subit une irritation qui aboutit à l'hyperostose, à l'éburnation en particulier; il y a facilement production d'os nouveau sous-périosté, et cela a lieu même chez l'adulte, d'oiî les bosselures significatives présentées par les faces et bords superficiels des os malades, en particulier au tibia. Jl va de soi que ces proliférations osseuses sont surtout rapides et intenses pendant que l'os est en voie d'accroissement physiologique d'oii, chez l'enfant et l'adolescent, des hyperostoses particulièrement volumineuses, d'où, par exemple, ces tibias énormes, arqués en fourreau de sabre, dont Lannelongue et son élève Berne nous ont appris la valeur clinique. Mais cette déformation n'est pas, quoi qu'on en ait cru, exclusivement réservée à l'enfant : par exception, elle est possible chez l'adulte, par syphilis acquise, et Gangolphe en a rapporté des exemples probants.

D'autre part, il est certain que chez Fenfant les lésions sont volontiers localisées, au début, vers la face diaphysaire des cartillages conjugaux, dans ces « bulbes » de l'os qui, destinés à l'accroissement en longueur, sont le siège d'une activité formatrice particulièrement intense : d'où des hyperostoses demi-fusiformes dont notre fémur nous offre aujourd'hui le type. Mais cela encore n'est nullement obligatoire, et sur trois tibias de suite, dont une fois avec confirmation radiographique, nous venons d'observer l'hyperostose fusiforme avec intégrité de la région conjugale.

Si on ne traite pas attentivement les sujets ainsi atteints, ils sont exposés à de réels ennuis locaux. Il n'est pas rare que vous en rencontriez chez lesquels l'hyperostose est devenue énorme (lîg. 21), prend surtout les deux diaphyses tibiales entières, avec des bosselures gommeuses fluctuantes, ailleurs avec des cicatrices adhé-

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