THEORIE NERVEUSE INADMISSIBLE
Les caractères cliniques sur lesquels Chassaignac insiste à bon droit sont : V instantanéité de l'invasion, au moment d'une traction vive et soudaine sur f avant-bras, la perte des mouvements spontanés alors que les mouvements communiqués sont possibles, l'aspect du membre qui pend en pronation le long du corps. Mais il s'est trompé quand il a aflirmé l'absence de tout désordre anatomique, en sorte que, tout en commençant son mémoire par de sages restrictions sur l'avenir réservé à ses opinions, il finit par conclure que, tout signe local faisant défaut, il convient d'incriminer le système nerveux. Il se demande s'il n'y a pas, à l'origine de cette « paralysie » ou « torpeur douloureuse », un ébranlement, une commotion, un tiraillement du plexus brachial, et il finit par élablir une comparaison avec les paralysies du nerf circonflexe consécutives aux luxations de l'épaule. Avec des variantes, cette théorie nerveuse a été reprise, de nos jours, par Brunon (de Rouen), par Bézy (de Toulouse). Brunon, et son élève Bertrand, invoquent une paralysie par inhibition due au souvenir d'une douleur provoquée par la traction ; à la suite d'expériences instituées, à sa demande, par Abelous, par Gliarpy, Bézy conclut à un tiraillement des nerfs du plexus brachial, quelque chose comme un premier degré de ces paralysies radiculaires aujourd'hui bien connues.
A mon sens, toutes ces opinions sont insoutenables : depuis plus de dix ans que je suis chargé de services fort actifs de chirurgie infantile, j'ai observé un nombre considérable de cas semblables, et toujours — vous m'entendez bien, toujours — j'ai trouvé avec évidence une lésion ostéo-articulaire expliquant l'impotence du membre tiraillé.
Cette lésion pourra être, par exception, une entorse de l'épaule ou du poignet ; par exception aussi une douleur à la pression, avec un peu de gonflement persistant pendant quelques jours audessus de la base de l'apophyse styloïde radiale, vous permettra de diagnostiquer une de ces faibles amorces de décollement épi-
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physaire auxquelles Ollier donnait le nom d'entorse juxta-épiphysaire.
Mais — quoi qu'on en ait dit parfois pour cette dernière lésion — cela est exceptionnel : dans ces cas, on peut dire que cest toujours au niveau du coude que r exploration révèle dey, signes physiques ; et parmi les impotences provoquées par traction sur le membre supérieur, c'est à celles-là seidement quil faiit réserver le nom de pronation douloureuse .
Comment concilier cette assertion avec celle des auteurs qui affirment l'absence fréquente de tout signe physique? Par une erreur évidente de ceux-ci : pour Chassaignac parce que, peu habitué à la chirurgie infantile, il n'a pas cherché à vérifier des descriptions que certainement il ignorait, d'après son mémoire, quoiqu'elles fussent en somme déjà classiques ; pour ses successeurs parce que, avant tout médecins, ils laissent facilement passer inaperçus des signes légers, qu'une main exercée ne méconnaît pas.
. La preuve de ce fait va sûrement vous être fournie par l'enfant qui est devant vous : elle m'a été amenée ce matin par un de vos jeunes maîtres les plus distingués, mais pas chirurgien, parce qu'il ne pouvait s'expliquer cette impotence dont aucun signe physique ne lui donnait la raison, et, au lieu de se payer de mots en parlant d'une paralysie bizarre, il a préféré, confessant son ignorance, soumettre la malade à l'examen d'un chirurgien spécialement voué à la pédiatrie.
Or, constatant l'attitude que je viens de décrire, jointe à l'absence de toute déformation du membre, de tout signe extérieurement appréciable au niveau du poignet, de l'avant-bras, du bras, de la clavicule, je vous dis : Cette enfant ne bouge pas son bras tout simplement parce qu'à tout mouvement elle en souffre, et j'ajoute qu'elle en souffre au niveau du coude.
Elle en souffre : en effet, dès qu'on l'approche pour saisir le poignet, elle commence à crier, quoique cela fait on puisse appuyer sans provoquer de douleurs sur l'extrémité inférieure des os de l'avant-bras. Mais si vous cherchez à soulever le membre, pour faire plier un peu le coude, pour écarter le bras du tronc, un