‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 168 sur 317 · PRÉDOMINANCE CHEZ LA FILLE, A GAUCHE · texte numérisé non relu

PRÉDOMINANCE CHEZ LA FILLE, A GAUCHE

regrette d'avoir une fois de plus à constater que cela tient à ce que l'inscription des diagnostics dépend des élèves en médecine, et non plus d'un infirmier. Sur 208 cas, il en est 78 où le côté n'est pas précisé ; les 130 restants se décomposent en :

Adroite 50

A gauche 80

Ces relevés sont assez nombreux pour que je sois en droit de déclarer inexacte l'opinion des auteurs, qui avec Chassaignac considèrent le sexe et le côté comme indifférents, ou ne s'occupent même pas de ces conditions étiologiques.

D'abord, quelle est la raison de la prédominance à gauche ?

La raison en est que la plupart des mères donnent la main droite à l'enfant qu'elles conduisent dans la rue, lui prennent par conséquent la main gauche ; et sur ce point, j'ai fait quelques relevés statistiques.

En bloc, l'enfant est à la droite du conducteur dans la proportion de 2 contre 1. Mais si l'on regarde ceux que conduit un homme, on voit que c'est inexact: ceux-là sont presque toujours à gauche et d'autre part sont d'ordinaire, sauf le dimanche, des sujets âgés de plus de cinq ans. C'est avec la mère, allant au marché, que sort la marmaille en bas âge : et les femmes du peuple dans ces conditions donnent la plupart du temps la main droite, parce qu'à gauche elles portent un paquet, soit le panier à provisions, soit le dernier-né qui ne marche pas encore ; même en dehors de ces conditions, d'ailleurs, les femmes, dans la rue, portent très souvent des paquets, et la plupart du temps de la main gauche, pour garder libre la main droite. Celle-là leur sert à tenir l'enfant, qu'on lâche au besoin pendant une emplette, ou une conversation, durant laquelle il se cramponne à la jupe de sa mère, immobile. Tandis que l'homme, possesseur de poches dans ses vêtements, n'a pas besoin de s'encombrer la main gauche de paquets, et quand par hasard il mène promener le mioche, c'est celle-là qu'il lui donne pour garder libre, le plus possible, la droite, de laquelle, d'ailleurs, il tient assez souvent une canne.

Or, presque tous les enfants sont conduits dans la rue par des

332 LA PRONATION DOULOUREUSE

femmes, et voilà pourquoi la pronation douloureuse est plus fréquente à gauche qu'à droite, avec, cependant, une prédominance moindre que ne le ferait pressentir ma petite statistique de promenade : cela tient à ce que, pour relever un enfant qui vient de tomber, on lui tend la main droite, mais on prend celle qu'il tend, et celle-là est, je crois, plus souvent la droite, d'autant plus que les droitiers tombent plus souvent sur le côté gauche, plus faible, et dégagent moins vite la main gauche prise sous le corps.

Le côté n'a encore rien à voir dans l'affaire pour les cas oii on produit les lésions en tirant sur le membre pour l'enfiler dans une manche d'habit. Ces étiologies sont encore assez fréquentes et font forcément baisser le pourcentage de la prédominance à gauche.

Pour l'âge, je confirme ce qu'ont vu tous les observateurs; j'insiste sur la fréquence beaucoup plus grande d'un à trois ans, sur la décroissance rapide après quatre ans. Passé cinq ans, je trouve dans mes registres deux enfants de sept ans, un de huit ans, et c'est tout.

Le mécanisme exact de la lésion n'est pas absolument déterminé, quoique depuis plus d'un siècle divers auteurs s'en soient occupés. Nous apprenons tout de suite que le bras a subi une traction brusque: mais dans quelle direction? Est-ce une traction simple, comme le voulaient Duverney et Fournier ; ou faut-il y joindre un mouvement forcé de pronation, comme l'ont dit Bottentuit, Goyrand ; une adduction de la main comme le croyait Pinel ? Il faut reconnaître, avec Chassaignac, que l'on ne peut guère préciser ces détails et que d'ailleurs la main, lorsque l'enfant est conduit dans la rue, est d'ordinaire en position moyenne de pronation. Peut-être cependant faut-il dans l'attitude quelque chose de spécial puisque, sur la quantité incalculable d'enfants quotidiennement soumis à ce trauma, un très petit nombre seulement subit la lésion.

Quelle est au juste cette lésion : cela est utile à déterminer le plus exactement possible pour instituer un traitement convenable. Or, signons n'avons pas la certitude, nous avons cependant quelques notions assez probables.

REDUCTION. GUERISO.N INSTANTANÉE 333

Conséquent avec ses idées pathogéniques, Ghassaignac conseillait la simple mise du bras en écliarpe, avec un peu d'ouate autour du membre ; et, de fait, il est de règle que de la sorte les choses s'arrangent d'elles-mêmes au bout de trois à quatre jours, jamais plus d'un septénaire, affirmait Chassaignac. C'est à la même opinion que se rangent des auteurs modernes, tels que Brunon (de Rouen), Bézy (de Toulouse), F^iéchaud (de Bordeaux), ces deux derniers dans des articles classiques que vous avez tous entre les mains. Or, je m'élève de toutes mes forces contre cette opinion, moins dans l'intérêt de l'enfant qui, en effet, guérit toujours tout seul, en quelques jours, que dans le vôtre : voyez ce qu'une famille pensera de vous si, après que vous aurez conclu à Fabstention, un autre médecin, mieux instruit, rend séance tenante au bras impotent, douloureux, une indolence parfaile et des mouvements complets. C'est justement ce qui a lieu quand on sait s'y prendre ; la guérison est instantanée, et je vous en donne tout de suite la preuve, car sans en avoir eu l'air, tout en explorant l'enfant devant vous, j'ai pratiqué les manœuvres nécessaires à la cure : le bras vous semble encore inerte, mais en réalité il est guéri et n'est plus immobilisé que par le souvenir de la douleur.

Tenez, regardez plutôt.

Je présente un bonbon à la fillette, et tout de suite elle avance la main droite. Mais j'arrête cette main, et j'insiste pour l'emploi de la gauche: voici quelques secondes d'hésitation, quelques petits mouvements de poignet. Tiens! Pas de douleur! Et la main gauche, enhardie, se porte en avant puis en haut, pour saisir le bonbon et le mettre dans la bouche. Maintenant tout est fini, les deux membres sont identiques et il n'y a plus aucune douleur à la pression au niveau de la tête radiale.

Pour obtenir ce résultat, saisissant le poignet de la main gauche, j'ai mis l'avant-bras dans l'extension, je lui ai imprimé un brusque

334 LA PRONAÏION DOULOUREUSE

mouvement de supination, puis je l'ai fléchi, tandis que, du pouce droit, j'appuyais d'avant en arrière sur la tête radiale. A un moment donné, j'ai senti un obstacle à la supination complète, mais non pas, malgré l'expression de Saint-Germain, un obstacle « opiniâtre », car il m'a suffi de forcer un peu pour terminer le mouvement ; à ce moment j'ai sejiti un claquement spécial, non pas une crépitation comme on dit parfois, rien qui ressemble h la crépitation d'une fracture, mais un claquement sourd, identique à celui qu'on perçoit en réduisant une luxation.

Ce claquement, qu'il appelle craquement, avait dès le début frappé Malgaigne, et avant lui Monteggia : en sorte queMalgaigne a d'abord admis, comme Monteggia, une fracture du col du radius. 11 n'a pas tardé à renoncer à cette hypothèse, en présence du fait auquel vous venez d'assister : la cessation instantanée des symptômes après réduction.

Il y a eu réduction de quelque chose, le claquement en est l'indice. Mais de quoi ? Ici on discute.

Dans un mémoire récent, Denucé a soutenu qu'il s'agit d'un pincement de la synoviale produit par le mécanisme suivant :

Lorsque l'on imprime à l'avant-bras des mouvements alternatifs de pronation et de supination, on constate que le ligament carré de Denucé père, lame horizontale allant du col radial au bord inférieur de la petite sigmoïde cubitale, s'enroule autour du col en arrière dans la pronation, en avant dans la supination. Dans la pronation avec extension, abduction et abaissement par traction, son bord antérieur descend en outre un peu au-dessous du bord inférieur correspondant du ligament annulaire et si, chez un enfant, on a insufflé la synoviale, on la voit faire hernie dans ce jour entre les deux ligaments, juste en dedans du radius. Denucé croit que les choses se passent de même chez le vivant ; si la pronation cesse brusquement, la partie herniée de la syno-

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