‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 169 sur 317 · THÉORIES DIVERSES · texte numérisé non relu

THÉORIES DIVERSES

viale se trouve pincée dans la boutonnière, entre les deux ligaments. De là une douleur à chaque essai de mouvement, et par conséquent l'impotence du membre ; de là aussi, au bout d'un ou deux jours, une réaction inflammatoire de la synoviale et un léger gonflement secondaire de la région.

Cette hypothèse de mon ami Denucé est fort élégante, et s'appuie sur des faits anatomiques exacts. Mais elle ne me séduit pas beaucoup, pour plusieurs motifs.

D'abord, le gonflement notable des cas un peu anciens, élant un signe d'irritation légère de la synoviale, pourrait se comprendre aussi bien en cas de subluxation qu'en cas de pincement. En second lieu, est-il bien exact qu'il n'y ait rien primitivement et que le gonflement soit toujours exclusivement secondaire et inflammatoire? Je vais vous dire que ce n'est pas certain. Enfin, et surtout, dans cette hypothèse, que serait le claquement (\{XQ toujours i' ni perçu au moment de la réduction, au moment précis où se produisait un ressaut sous le pouce qui appuyait d'avant en arrière sur la région radio-humérale ? Cela éveille invinciblement dans mon esprit l'idée d'un déplacement osseux que l'on réduit : quant à la nature exacte de ce déplacement, deux théories restent en présence, l'accrochement de la tubérosité bicipitale et la subluxation de la tête radiale.

Bourguet (d'Aix), dans son mémoire établi sur 17 observations, s'est rallié à une théorie émise par Gardner, par Rendu : par pronation extrême, la tubérosité bicipitale passe en arrière du bord externe du cubitus et ne peut revenir sans efl"ort, d'oi^i le claquement observé à la réduction parce qu'entre les deux os s'interposent des fibres du court supinateur, enroulées par la pronation autour du radius. Ce mécanisme est bon à spécifier, car vous pourriez lire, dans une leçon de M. de Saint-Germain, que Bourguet incriminait un diastasis de l'articulation radio-cubitale supérieure, ce qui n'a rien à voir avec la question.

L'opinion de Bourguet est en quelques points très défendable. Je lui objecterai cependant le siège de la douleur localisée sur l'interligne radio-huméral ; le claquement, bien plus en rapport avec une coaptation articulaire qu'avec le dégagement d'une tubéro-

330 LA PRONATION DOULOUREUSE

site bicipitale capitonnée par mi mnscle ; Taiigmentation parfois constatée du diamètre antéro-postérieur du coude en dehors ; l'absence de preuve qu'une pronation forcée ait eu lieu lors de l'accident. Je remarquerai enfin que Bourguet lui-même est un des rares auteurs qui aient observé l'augmentation possible du diamètre antéro-postérieur du coude.

Cette constatation anatomique rend peu probable la subluxation de la tête radiale par élongation dont parlait Duverney à la fin du xviu* siècle : en tirant sur le radius, on l'écarterait du condyle, et la tête resterait déplacée parce qu'elle aurait dégainé, au moins partiellement, du ligament annulaire.

Le plus vraisemblable, à mon sens, c'est la subluxation du radius, possible en avant par traction avec pronation, en arrière par traction avec supination, ce dernier cas étant dans l'espèce douteux ou tout au moins rare. Mais nous devons reconnaître que nous n'avons pas de certitude. Pour trancher la difficulté j'ai, au début de son emploi, songé à la radiographie, et je n'en ai rien obtenu: chose qui m'a paru toute naturelle, quand j'ai vu, chez ces enfants en bas âge, quelle épaisseur considérable avait sur le cliché la région transparente, en raison de la structure cartilagineuse du condyle humerai et de la cupule radiale.

Comme, d'autre part, il n'y a pas et il n'y aura jamais d'autopsie probante, nous en restons à l'hypothèse, et celle d'une subluxation radiale est à mon sens la plus vraisemblable parce que cela seul cadre avec l'augmentation, quelquefois constatée immédiatement, du diamètre antéro-postérieur. Chassaignac objecte qu'il n'y a pas d'ecchymose ; y en a-t-il dans la luxation en avant de la mâchoire supérieure ? On ne peut sentir avec précision l'os déplacé en avant : est-ce étonnant pour une petite saillie cartilagineuse et mousse cachée sous des muscles épais ? Et par conire j'ai la notion très nette que quelque chose file d'avant en arrière sous mon pouce qui appuie, quand, à un moment donné de la supination que je provoque, je perçois le claquement caratéristique de la réduction.

Mais quelle cause maintient le déplacement partiel de cette cupule cartilagineuse sur la sphère lisse du condyle ? Le mieux

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