‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 25 sur 317 · GOMMÉMORATIFS DE LA SYPHILIS MATERNELLE · texte numérisé non relu

GOMMÉMORATIFS DE LA SYPHILIS MATERNELLE

noïdes, comme chez les sujets non syphilitiques. Il est exact seulement que la vérole prédispose aux inflammations de ce tissu lymphoïde.

La lésion osseuse a donc les caractères propres à la vérole. Sur le reste du corps on trouve des tares syphilitiques peu nombreuses, mais incontestables. Est-ce de la syphilis héréditaire ou de la syphilis acquise en bas âge? La première hypothèse est rendue de beaucoup la plus probable par la constatation des troubles dystrophiques parmi lesquels se range la dent d'Hutchinson. Cependant, la syphilis des nourrissons peut, quoique à un degré moindre, troubler, elle aussi, la nutrition générale, et, en particulier, celle des germes des dents permanentes. Mais le prétendu « eczéma » périlabial a été constaté très peu de jours après la naissance. Et surtout la mère ne fait aucune difficulté pour nous apprendre qu'elle a eu des accidents syphilitiques indéniables.

Mariée le 10 janvier 1884, elle a été atteinte dès les premiers jours de mai d'un « bouton » à la lèvre inférieure, puis bientôt d'une éruption sur le ventre ; et pour cela elle a séjourné pendant trois mois à l'hôpital Saint-Antoine, où on lui a fait prendre de la liqueur de Yan Svvieten.

Après quoi, elle s'est affranchie de tout traitement, et son histoire obstétricale a été celle des syphilitiques non soignées. Un premier enfant est né avant terme, à huit mois, puis est mort à quatre mois. Ensuite ont eu lieu trois fausses couches, à des âges mal précisés. Enfin, la diathèse s'étant un peu atténuée avec le temps, l'enfant que vous avez sous les yeux est venu au monde à terme, et relativement peu infecté puisqu'il a vécu jusqu'à treize ans sans avoir été traité et sans avoir présenté de lésions très graves, sauf « l'eczéma » déjà signalé qui fut très précoce et vers l'âge de deux mois était généralisé. Ce n'était d'ailleurs sûrement pas un eczéma, dermatose superficielle qui ne laisse pas de cicatrices après elle. L'enfance s'est assez bien passée : élevé au sein, le sujet a eu sa première dent à cinq mois, a marché à qua-

torze mois, a souffert à seize mois d'un abcès à la cuisse rapidement guéri, peu de temps après s'est fait au fémur une fracture vite consolidée; à trois ans il a subi la scarlatine et la diphtérie. Et de tout cela il s'est remis, de même que, plus tard, d'une bronchite et d'un ictère. Mais l'hérédité syphilitique, dont la part dans ce passé est assez médiocre, sommeillait; elle se réveille vers Fàge de la puberté, ainsi qu'il est loin d'être rare.

Je vous ai déjà parlé, il y a près de quatre mois, de l'enfant que je vous présente de nouveau aujourd'hui, guéri, prêt à quitter mon service. 11 a été admis, je vous le rappelle, le 5 janvier dernier, pour une lésion syphilitique ulcérée du tibia dont je vous ai donné, lors de l'entrée, une description très complète.

Peut-être trouverez-vous anormal qu'il ait fallu si longtemps pour amener à guérison une lésion syphilitique, et cette lenteur de cure jette peut-être dans votre esprit un doute sur l'exactitude du diagnostic. En réalité, le syphilome tibial a guéri vite, et la prolongation de séjour est due à une cause qui mérite de vous être signalée.

Huit jours ont suffi pour que, la douleur ayant cessé, l'eschare bourbillonneuse tombât, pour que la collection fluctuante s'affaissât de façon que tout danger de rupture et d'ulcération fût écarté. Puis la résorption s'est complétée en trois semaines environ, et à la fm de janvier il restait une insignifiante plaie granuleuse, superficielle et rose, dont la cicatrisation n'était plus qu'une question de jours, lorsque les yeux ont été pris d'une lésion intense et prolongée dans laquelle vous avez pu reconnaître les caractères de la kératite phlycténulaire.

C'est le 26 janvier que la photophobie, la rougeur de la conjonctive, le larmoiement ont attiré l'attention. Sur l'œil gauche d'abord, puis bientôt sur le droit, j'ai vu plusieurs petites taches grisâtres, les classiques phlyctènes, siégeant à la jonction de la conjonctive et de la cornée; la conjonctive tout entière était rouge, mais sur-

KEllATlTE PHLYCTÉNLLAIRE ET KÉRATITE SYPHILITIQUE 53

tout des triangles de vaisseaux injecte's, périkératiques, avaient leur sommet vers la cornée à chacune des plilycténules. Cet état ne m'a pas surpris, car je vous rappelle qu'à une poussée antérieure semblable et non à une kératite syphilitique j'avais attribué les quelques opacités cornéennes, légères et discrètes, constatées au moment de l'admission du malade, et tout le monde sait que la kérato-conjonctivite phlycténulaire est assez sujette à la récidive.

Mon opinion, pourtant, eût sans doute été discutée par certains auteurs qui ne peuvent pas voir, chez un syphilitique héréditaire, une lésion cornéenne quelconque sans conclure, comme je vous l'ai dit, à la kératite interstitielle spécifique, dite de Hutchinson. Yoilà pourquoi j'insiste devant vous sur l'ophtalmie dont vous avez pu suivre les phases depuis le début jusqu'à la fin.

Les signes et symptômes que vous avez observés ont été, en effet, tout à fait classiques, et graves, d'ailleurs. Les phlyctènes ont été très rebelles; malgré le traitement, vite institué, par la pommade à l'oxyde jaune de mercure, puis par les compresses chaudes devant les yeux et le collyre à l'atropine, quand est venue une forte photophobie, elles ont envahi largement la cornée, qui, en presque totalité, s'est dépolie et troublée, sous l'apparence classique du pannus scrofuleux. A plusieurs reprises, à la fois pour vérifier le diagnostic et pour diriger le traitement, j'ai fait appel à l'obligeance d'un oculiste, M. Terrien, qui a confirmé noire diagnostic sur la nature du mal; et enfin nous avons obtenu la rétrocession qui a commencé seulement au bout de six semaines et a mis à peu près autant à se compléter. Et l'enfant va quitter notre service dans deux ou trois jours, complètement guéri; c'est à peine si les opacités cornéennes dont il était porteur ont augmenté de nombre, et elles ont conservé leur caractère de petits néphélions grisâtres, arrondis. L'iris n'a rien et n'a jamais rien eu.

Je crois impossible d'admettre, dans ce cas, qu'il se soit agi d'une lésion syphilitique de l'œil, d'une poussée aiguë de kératite spécifique. D'abord, il est peu vraisemblable que cette lésion, profonde et grave, ait débuté juste au moment oi^i l'enfant, jusque-là abandonné à lui-même , venait précisément d'être traité au mercure et

à l'iodiire depuis un mois, et l'état de la lésion osseuse démontrait que le traitement avait eu activement prise sur la vérole. Ensuite et surtout, les signes objectifs ne prêtaient à l'erreur.

La kératite interstitielle syphilitique, nous ditYalude, — je cite exprès la description d'un spécialiste, — débute, sans grandes doulburs, par une infiltration profonde de la cornée, sous forme de taches grises diffuses, confluentes, d'ordinaire périphériques, avec un cercle très rouge d'injection périkératique de la sclérotique. Ces vaisseaux gagnent peu à peu vers le centre de la cornée qui, à la période d'état, est presque tout entière vascularisée, sauf le centre qui reste grisâtre. Dans les atteintes graves, la cornée s'atrophie, s'aplatit et la cécité est complète. La plupart du temps, elle s'éclaircit peu à peu, de la périphérie au centre, au niveau duquel persiste souvent une légère opacité ; mais il faut compter sur six mois d'évolution dans les cas légers, sur dix-huit mois et même plus dans les cas graves. Douleurs, photophobie, larmoiement dépendent du retentissement de la lésion sur l'iris, — parfois très sérieusement compromis, — et non des lésions cornéennes.

Ces caractères, vous le voyez, sont fort différents de ceux que vous avez observés chez notre malade, tandis que, tous les jours, vous étudiez à notre consultation des kératites phlycténulaires, avec photophobie, identiques à la sienne. En sorte que ce malade, que vous avez pu suivre pendant quatre mois, démontre bien ce que je vous ai dit dès notre premier examen : que l'on aurait tort de voir partout la triade dite d'Hulchinson, même quand les sujets sont atteints de syphilis héréditaire incontestable, et portent des lésions oculaires ou auriculaires ou dentaires, parmi lesquelles des distinctions cliniques s'imposent.

Etant donnée une lésion épiphysaire semblable, certainement profonde et diffuse, l'intégrité complète de l'articulation mérite d'être signalée; à aucun moment il n'y a eu même le plus léger

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