‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 250 sur 317 · DISTINCTION DES VARIETES · texte numérisé non relu

DISTINCTION DES VARIETES

« L'abcès rétro-pharyngien est encore souvent désigné par les autenrs sous les noms « d'angine phlegmonense » (Gautier, 1869), (( d'adénite suppurée rétro-pharyngienne » (Roustan 1869), « de (( phlegmon circonscrit péri-pharyngien », et « d'adéno-phlegmon (c rétro et latéro pharyngien » (Ruault, 1892). »

C'est là une erreur, car les deux groupes ganglionnaires que je viens de signaler sont fort éloignés l'un de l'autre, affectent avec des organes importants des rapports fort différents, et surtout ne dépendent pas des mêmes territoires lymphatiques. Supprimons, si vous le voulez, les mots rétro et latéro-pharyngiens, puisqu'ils ont prêté à confusion. Mais retenez qu'aux ganglions pré-vertébraux aboutissent, en première étape, les lymphatiques de la muqueuse pituitaire et du naso-pharynx, tandis qu'aux ganglions carotidiens supérieurs se rendent ceux de la paroi latérale du pharynx buccal, du voile et de ses piliers, de l'amygdale, de la base de la langue; les premiers dépendent des voies aériennes supérieures, et les seconds des voies digestives supérieures.

D'oii une première différence d'ordre étiologique, la cause habituelle des abcès rétro-pharyngiens étant un coryza ou un catarrhe naso-pharyngien, tandis que les abcès latéraux sont d'ordinaire la complication d'une angine. Avec un peu de précision dans l'interrogatoire, vous mettez la plupart du temps en évidence cette lésion originelle, tout en sachant que, parfois, l'évolution est trop aiguë pour laisser aux parents, même attentifs, la liberté de faire ces constatations chez un enfant presque toujours très jeune.

Cette porte d'entrée habituelle par la muqueuse aérienne supérieure est le motif pour lequel ces abcès rétro-pharyngiens s'observent quelquefois (mais on a exagéré) à la suite des diverses maladies infectieuses dont on sait la tendance, chez l'enfant surtout, à se compliquer de catarrhe nasal et naso-pharygien ; cela nous explique encore la prédisposition créée par les végétations adénoïdes du naso-pharynx. C'est pour cela aussi que la syphilis héréditaire précoce, en raison du coryza dont elle s'accom^ pagne, prédispose à l'abcès rétro-pharyngien, sans que celui-ci soit de nature spécifique.

506 ABCES RETRO-PHARYNGIENS

Lorsque, dans une région quelconque, se forme un abcès ganglionnaire, il est de règle qu'un certain laps de temps s'écoule entre l'infection initiale de la porte d'entrée et l'adéno-phlegmon. Avec une étape intermédiaire, constituée parla lymphangite et l'adénite, cette dernière pouvant, d'ailleurs, s'arrêter avant la phase de suppuration.

Quelc|uefois, pour l'abcès rétro-pharyngien, on observe ce stade, sur lequel a insisté Bokaï, et cela correspond à ce que Gautier (de Genève) a appelé « la période angineuse », pendant laquelle, après une symptomatologie atténuée, la résolution est encore possible. Mais vous comprenez que, chez des nourrissons incapables d'attirer l'attention sur ce qu'ils ressentent, cet état passe presque toujours inaperçu; car on n'a pas coutume de mettre le doigt dans la gorge de tout nourrisson enchiffrené. Or, le toucher pharyngien permet seul de vérifier si, la paroi postérieure bombant, une adéno-lymphite complique le coryza.

Il est même fréquent que ce coryza initial soit d'abord sinon inaperçu, au moins négligé, et qu'on ne détermine pas avec précision ses rapports avec l'adéno-phlegmon constitué. Pourtant, depuis que l'on connaît bien la nature anatomique et les causes des abcès rétro-pharyngiens, l'inflammation nasale préalable échappe moins souvent. Chez une fille que vous avez eue récemment sous les yeux, cette période fut à la fois longue et bien observée : la mère nous a raconté que, vers le 18 janvier, elle remarqua une certaine gêne de la respiration, qu'elle attribua à un rhume de cerveau. L'enfant ronflait la nuit, et de temps en temps un peu de liquide séreux lui coulait du nez; rien d'inquiétant, d'ailleurs, car l'allaitement se faisait bien, et il n'y avait rien d'anormal du côté des fonctions digestives. Brusquement, l'aspect changea le 28 janvier, soit au bout de dix jours : la complication ganglionnaire entrait enjeu, avec ses caractères cliniques habituels.

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