CAUSES. SYMPTOMES. GRAVE DYSPNEE
, Cette enfant, vous l'avez vue à la visite du matin, quelques heures après l'incision et déjà considérablement soulagée, en sorte que vous n'avez pas pu vous rendre compte par vous-mêmes de ce fait que les troubles respiratoires dominaient, et de beaucoup, les troubles de la déglutition. Mais, en interrogeant la mère, vous obteniez des renseignements très précis sur ce point : dès le début des accidents se manifesta de la dyspnée, surtout aggravée pendant la nuit, avec de véritables accès de suffocation sitôt commencé le sommeil; et il fallait secouer l'enfant pour qu'elle se reprît à respirer. C'est il y a trois jours seulement qu'a débuté la complication, et vous voyez avec quelle rapidité elle est devenue menaçante : dès la première nuit l'état était grave, dès le lendemain il était inquiétant. Et cependant cette enfant, qui respirait avec peine en tirant et en cornant, qui ne pouvait pas dormir en raison d'accès de suffocation greffés sur la dyspnée, continuait à prendre volontiers le sein sans vomir, en avalant et en digérant bien. La voix était sourde et nasillarde.
Quelquefois, lorsque l'obstruction nasale est complète, on observe un phénomène sur lequel la mère, n'attire pas ici notre attention : l'enfant a faim et comme, d'autre part, il n'a pas souvenir d'une douleur bien vive à la déglutition, il se jette avidement sur le sein ou sur le biberon. Mais dès qu'il s'est ainsi bouché l'orifice buccal, c'est-à-dire sa dernière voie respiratoire, il étouffe et se rejette en arrière en criant, mais tente vite de revenir au sein.
On dit d'ordinaire — et cela est en partie exact — que la douleur à la déglutition est la cause de ce symptôme; pour ma part, quoiqu'il y a quelques années j'aie adopté l'opinion classique, il me semble aujourd'hui que l'impossibilité de respirer en est, pour les abcès rétro-pharyngiens, la cause principale.
La dyspnée est quelquefois telle, qu'on songe à elle seule, et de là des erreurs de diagnostic qui paraissent bizarres, avec la laryngite striduleuse, le croup, les corps étrangers des voies aériennes, en sorte que certains enfants ont été trachéotomisés d'urgence, sans plus ample informé : pratique inadmissible, puisque l'incision de l'abcès est plus simple, plus rapide et plus efficace et
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qu'en aucun cas on ne peut l'éviter; erreurs inexcusables, car l'examen du pharynx par la vue et au besoin par le toucher, s'impose chez tout enfant qui a de la fièvre et respire mal.
Quant au diagnostic entre les adéno-phlegmons et les abcès froids rétro-pharyngiens par mal de Pott cervical, je ne vous en parle pas : il s'agit ici d'une affection aiguë fébrile, et, par contre, tous les signes classiques du mal de Polt, la raideur, le torticolis, l'empâtement de la nuque font défaut.
Le tableau n'est pas le même, pas plus au début qu'à la fm, pour les adéno-phlegmons latéro-pharyngiens, dont je puis vous dire quelques mots en vous racontant l'histoire de deux malades que je viens d'opérer en ville, chez des sujets du sexe masculin, âgés l'un de deux ans et l'autre de soixante-quinze ans.
Voilà déjà des âges qui ne cadrent pas avec ce que nous savons sur le vrai phlegmon rétro-pharyngien : celui-là frappe presque exclusivement les nourrissons au-dessous d'un an; à partir de deux ans il est rare, et je n'en ai jamais vu chez l'adulte. A cet âge, et même chez le vieillard, on en a décrit et il en existe, mais sûrement, dans bien des cas, on a commis des confusions, selon la doctrine classique, avec des adéno-phlegmons latéro pharyngiens. Je crois que, dans un article publié, il y a quelques jours, par la Revue de médecine, mon élève et ami Deguy n'a pas échappé à cette erreur quand il a écrit que les abcès rétio-pharyngiens de la deuxième enfance sont le plus souvent consécutifs à une angine ; c'est d'abcès latéro-pharyngiens qu'il s'agit presque toujours alors.
Quel fut exactement, au début, l'état de la gorge chez l'enfant de deux ans que récemment j'ai opéré? C'est difficile à préciser chez un malade si jeune, dont les renseignements sont personu'^llement nuls ou à peu près. Mais les parents m'ont dit que, trois semaines avant mon entrée en jeu, l'enfant avait commencé à